Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Naples (royaume de) (suite)

Sûr de la fidélité des grands officiers, tous français depuis 1269, veillant à une bonne administration de la justice et à la mise en place d’une fiscalité efficace, Charles Ier d’Anjou facilite l’expansion économique du royaume : mise en valeur des terres par des colons franco-provençaux ; mise en œuvre d’une politique mercantiliste dans le prolongement de celle de ses prédécesseurs normands et souabes, qui ont institué de nombreux monopoles (extraction des minerais, importation des métaux, de la poix, du sel) ; encouragement donné à l’industrie privée, qui exploite les mines de Reggio en 1274, multiplie les forges, produit draps de laine et de soie ; développement de l’infrastructure routière et portuaire (achèvement du port de Manfredonia, création de celui de Villanova, essor de celui de Barletta) ; recours aux étrangers, notamment aux marchands italiens du Nord, pour stimuler ce commerce.


Puissance et faiblesse du royaume angevin

Le royaume de Naples est la base territoriale essentielle de la politique méditerranéenne de Charles Ier d’Anjou ; il reste menacé par les Aragonais, qui occupent la Calabre, et une partie de la Basilicate et les îles du golfe de Naples. De 1284 à 1288, ceux-ci tiennent prisonnier le fils de Charles Ier, Charles II. Soutenu par la papauté et aidé par l’expédition en Sicile de Charles de Valois, Charles II (1285-1309) impose à Frédéric II d’Aragon la limitation de sa royauté à l’île de Sicile avec promesse de retour aux Angevins à sa mort (traité de Caltabellotta, 31 août 1302). Charles II, renouant alors avec la politique expansionniste de son père, fait reconnaître par le pape son petit-fils Charles Robert comme roi de Hongrie*, le 31 mai 1303 (il sera solennellement reconnu comme tel en 1308) ; en même temps, il entreprend de réaffirmer les droits de sa famille en Achaïe et en Épire, et de restaurer son domaine en Piémont.

Robert d’Anjou (1309-1343) défend avec succès l’Italie contre les prétentions de Henri VII de Luxembourg entre 1310 et 1313. Il fait du royaume de Naples la puissance politique dominante de la péninsule et en assure la prospérité économique d’abord grâce à Venise, qui absorbe le blé d’Apulie, puis grâce à Florence, dont les hommes d’affaires dominent le marché napolitain, où ils introduisent l’art de la soie et où ils multiplient les investissements en biens-fonds.

Mais, en refusant, en 1342, de soutenir Florence contre Pise, lors de la guerre de Lucques, Robert d’Anjou incite la seigneurie à s’allier aux gibelins de l’Italie du Nord. Inquiets, les Napolitains retirent leurs capitaux placés dans les banques florentines, dont ils provoquent ainsi la faillite, se privant par contrecoup de leurs investissements. Affaibli par ailleurs par l’arrêt de la colonisation franco-provençale, arrêt provoqué par la guerre de Cent* Ans, puis par la peste noire de 1348 et par ses récurrences, le royaume est victime de nombreuses difficultés internes. Les uns sont de caractère socio-économique : rivalités entre factions nobiliaires ; mécontentement d’une paysannerie nombreuse et hostile à l’extension des latifundia ; insuffisance du réseau urbain et donc des possibilités d’emploi. Les autres sont de caractère politique : prétentions dynastiques des Angevins de Hongrie, de Durazzo et de Tarente à la couronne de Naples, aboutissant en 1382 à l’assassinat de la petite fille de Robert, Jeanne Ire d’Anjou (1343-1382), par son cousin Charles de Durazzo, mécontent de l’adoption de Louis Ier, duc d’Anjou, par la souveraine en juin 1380 ; conflit entre les Durazzo et la 3e maison d’Anjou, la première conservant le trône sous les règnes successifs de Charles III (1382-1386), Ladislas (1386-1414) et Jeanne II (1414-1435), la seconde l’acquérant temporairement grâce à l’adoption par cette dernière souveraine de Louis III d’Anjou, d’abord en 1423, puis en 1433. En fait, en adoptant entre-temps, à deux reprises, en 1421 et en 1432, Alphonse V, roi d’Aragon et de Sicile, Jeanne II déclenche une guerre de succession dont ce dernier sort victorieux en 1442. Défait, le frère et successeur de Louis III, le roi René Ier d’Anjou (1434-1480), ne peut dès lors que transmettre à son neveu Charles du Maine (1480-81), puis à son cousin le roi de France, Louis XI, ses droits à la couronne de Naples : les germes des guerres d’Italie* sont semés.


Le royaume aragonais (1442-1504)

Alphonse V (1442-1458), rétablit l’unité des « Deux-Siciles », dont il devient roi sous le nom d’Alphonse Ier. Il fait de la terre ferme le cœur d’un vaste empire maritime englobant l’Aragon et la Catalogne à l’ouest, la Sardaigne au centre, la Sicile à l’est. Vendant du blé apulien aux Byzantins, du sucre sicilien aux Flamands — auxquels il achète notamment des tapisseries —, il stimule les échanges du royaume de Naples, qu’il s’efforce, par ailleurs, de doter d’institutions efficaces : création du Sacro Real Consiglio, juridiction suprême d’appel de type espagnol ; levée d’une contribution destinée à l’entretien de 1 000 lances ; facilités accordées à l’immigration espagnole afin d’améliorer l’encadrement administratif du royaume. Cependant, l’avènement de Ferdinand Ier (ou Ferrante) [1458-1494], fils bâtard d’Alphonse Ier, qui ne règne plus que sur la seule terre ferme, provoque la révolte des paysans de Calabre (1458-1463) et l’intervention du fils du roi René, le prince Jean de Calabre, qui est vaincu à Troia en 1462. Restaurant en partie le domaine royal, limitant l’accaparement des revenus de la terre par les féodaux, réformant le système fiscal, ranimant les industries de la soie et de la laine ainsi que l’université, mettant fin à la guerre qui l’oppose à Florence à la suite de la conspiration des Pazzi (1478-1480), chassant les Turcs qui occupent temporairement Otrante (1480-81), refusant de payer le tribut au pape Innocent VIII en 1485, Ferdinand Ier surmonte l’opposition des barons napolitains en les attirant au Castel Nuovo le 13 août 1486 dans un guet-apens, suivi de nombreuses exécutions. Mais, par là même, il jette les survivants, ainsi que le pape, dans le camp de Charles VIII*. Ses successeurs, Alphonse II (1494-95), Ferdinand II (1495-96) et Frédéric Ier (1496-1501), sont les victimes de cette politique qui fait du roi de France, en 1495, puis de son successeur Louis XII, entre 1501 et 1503, les souverains temporaires du royaume de Naples, le second en vertu du traité secret franco-aragonais de Grenade du 11 novembre 1500. Mais, réoccupé par Gonzalve de Cordoue en 1503, le royaume de Naples est rattaché aux biens de la couronne d’Aragon en 1504.