Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
N

Nantes et Saint-Nazaire (suite)

Au xiie s., Nantes, comme le reste de la Bretagne, devient l’objet de la convoitise des Capétiens et des Plantagenêts : la victoire capétienne est assurée par le mariage d’Alix, héritière du duché de Bretagne avec Pierre Ier Mauclerc (1213-1237), l’arrière-petit-fils de Louis VI le Gros, qui défend la ville contre les Anglais en 1214. À partir de cette époque, le comté de Nantes se fond dans le duché de Bretagne, dont il va partager le sort. La cité fait figure de seconde capitale des ducs, qui y établissent leur Cour des comptes, y tiennent leurs états et, à partir du xve s., y résident.

Louis XI ne réussit pas à s’emparer du duché, mais à la mort du dernier duc, François II (1488), la fille de celui-ci, Anne, par son mariage avec Charles VIII (1491), puis avec Louis XII (1499), apporte Nantes et le duché à la couronne de France.

Fief catholique, Nantes, durant les guerres de Religion, se donne à la Ligue sous l’influence du gouverneur de la Bretagne, le duc de Mercœur. À la fin de la guerre, le duc remet la ville à Henri IV, qui promulgue, le 13 avril 1598, le fameux édit accordant aux protestants la liberté de pratiquer leur religion.

La situation de Nantes a fait de la ville, depuis le xve s., un important centre commercial (sel, toiles), mais ce sont les xviie et xviiie s. qui voient l’apogée de sa prospérité, favorisée par l’établissement de colonies aux Antilles. Au xviiie s. surtout, lorsque le commerce avec les Antilles devient libre (en 1726, la Compagnie des Indes rend leur liberté aux armateurs), le commerce triangulaire avec la traite des Noirs, celui du sucre, du tabac, du rhum, des bois précieux et de l’indigo font la fortune des grandes familles d’armateurs et de commerçants nantais, qui subventionnent l’établissement de distilleries, de raffineries et de chantiers de construction navale. L’embellissement de la ville au xviiie s. est la conséquence de cette richesse. À la fin du xviiie s., Nantes sera le premier port de France, avec 2 500 navires et barques.

Durant la Révolution, Nantes, chef-lieu du département de Loire-Inférieure (1790), embrasse les idées nouvelles et elle s’oppose énergiquement aux vendéens, dont elle repousse les attaques. Ce zèle n’empêche pas le Comité de salut public d’y envoyer un de ses plus sévères commissaires, Jean-Baptiste Carrier (1756-1794). C’est à Nantes que Charette est fusillé en 1796.

P. P.


L’évolution de Nantes depuis le début du xixe s.

Nantes connaît au xixe s. une crise grave. Les guerres de l’Empire la coupent, par le Blocus* continental et la perte de Saint-Domingue, de ses sources d’approvisionnement coloniales, livrant à la betterave le marché sucrier. L’abolition de la traite par la Révolution, celle de l’esclavage en 1848 mettent fin au commerce triangulaire. L’accroissement du tonnage des navires rend l’accès du port de plus en plus malaisé à la navigation. Le chemin de fer, arrivé à Nantes en 1851, à Saint-Nazaire en 1857, tue la batellerie en Loire. Nantes vit alors des moments difficiles.

Elle s’est ressaisie depuis. Pour vaincre ses handicaps, elle confie aux chantiers de Paimbœuf la construction de ses premiers vapeurs en 1828 et décide dix ans plus tard, sur un avis déjà exprimé en 1808 par l’architecte Mathurin Crucy, la construction d’un avant-port en eau profonde à Saint-Nazaire (bassin de Saint-Nazaire, 1856, 10 ha ; bassin de Penhoët, 1881, 22 ha). Sentant lui échapper le trafic, intercepté par cette annexe vite devenue pour elle une rivale (le mouvement des voyageurs vers l’Amérique centrale était tombé au tiers de celui de Saint-Nazaire, et le trafic des marchandises à moins de 400 000 t), elle creuse le long de l’estuaire, en 1881-1892, pour le ramener à ses quais, le canal maritime de la Martinière entre Le Pellerin et Paimbœuf (15 km, 6 m de tirant d’eau). Pressentant l’insuffisance d’une réalisation qui sera effectivement un échec, elle revient en 1911 à l’estuaire, ouvrant par dragages un chenal progressivement porté à 8,30 m. Nantes adopte enfin, pour rendre vie à son port, une politique d’industrialisation. Ce choix va être décisif. De 350 000 t en 1890, son trafic est remonté à 2 Mt en 1913. La ville double sa population en moins d’un siècle (103 000 hab. en 1851, 195 185 en 1936). Le pari est gagné.

Le succès ne va pas sans contreparties. L’approfondissement du lit mine les quais, la division de la Loire en quatre bras et le passage du chemin de fer de Saint-Nazaire et Quimper de plain-pied sur le quai de rive droite bloquent l’extension de la ville vers le sud. D’importants travaux y remédient. En 1925 est entrepris le comblement des deux bras nord, dits « de la Bourse » et « de l’Hôpital », qui rattache à la ville les îles Feydeau et Gloriette, tandis que l’Erdre, détournée de son lit (cours des Cinquante-Otages), rejoint directement, sous les cours Saint-André et Saint-Pierre, le canal Saint-Félix, fermé par une écluse. Si Nantes perd, avec la suppression de seize ponts, son titre de « Venise de l’Ouest », elle gagne en commodités de circulation. Le chemin de fer est lui-même enfoui dans les remblais du bras de l’Hôpital (1955). Les efforts consentis par Nantes ont largement contribué à son développement moderne.


Les fonctions

Nantes et Saint-Nazaire comptaient, en 1968, 206 200 emplois, dont 6 600 dans le secteur primaire (3 p. 100), 92 000 dans l’industrie (45 p. 100), 107 600 dans les activités tertiaires (52 p. 100).


L’agriculture

La place du secteur primaire est, en dépit des chiffres, loin d’être négligeable. Une riche agriculture spécialisée, jouissant de conditions thermiques très douces, d’équipements modernes (serres, châssis, arrosage), de marchés proches, livre en abondance, autour de Nantes surtout (80 p. 100 de la production), primeurs (salades, céleris, petits pois, haricots verts, flageolets), fruits (fraises), fleurs (glaïeuls, œillets, dahlias, muguet du 1er mai), arbustes de pépinière. Aux portes de Nantes, un vignoble réputé, né de l’ensoleillement de la région, des débouchés offerts par le port, du placement de capitaux bourgeois, donne le muscadet et le gros plant. La pêche n’emploie que 500 personnes, mais elle anime la côte jusqu’à la Vilaine : thon à Saint-Nazaire, sardine au Croisic, à La Turballe, à Piriac, crustacés, moules, pour un total de prises de 8 000 à 10 000 t par an.