Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
M

mythe et mythologie (suite)

Définition de quelques termes

conte, récit imaginaire que sa forme littéraire destine à un public particulier.

évhémérisme, hypothèse suivant laquelle les personnes d’un mythe sont des personnages politiques réels qui ont été divinisés après leur mort.

fable, récit imaginaire, généralement court, mettant en scène de préférence des animaux.

folklore, ensemble des légendes, des chansons, des croyances et des coutumes d’une région. (V. l’article.)

légende, récit imaginaire mettant en scène des personnages qui peuvent avoir existé.

mythe, récit imaginaire mettant en scène des êtres imaginaires.

mythographe, spécialiste de l’histoire de la mythologie. (Le rôle du mythographe peut être simple ou double : 1o recueillir, collationner, ordonner et transcrire les mythes ; 2o les analyser, les comparer, les expliquer.)

syncrétisme, tendance par laquelle des croyances, des mythes, des légendes d’origines différentes fusionnent ou se combinent dans un ensemble unique.


Limites de la mythologie

La création de mythes, de légendes, etc., comme ensembles linguistiques parlés ou écrits, paraît être le propre de civilisations humaines à un stade précédant l’industrialisation : les peuples de l’Antiquité (Sumériens, Égyptiens, Grecs, populations de l’Inde védique et brahmanique), certains peuples contemporains, mais en dehors de notre civilisation (Australiens, Amérindiens, Océaniens, peuples du Caucase et de la Sibérie), connaissent une mythologie très riche.

Il existe des « mythes » au sein du monde moderne. C’est ce que pense, par exemple, Roland Barthes (Mythologies, 1957). On dit ainsi que « Tarzan », la « femme fatale », la « modernité » constituent des mythes de notre société. Ce sont, en effet, des représentations collectives (peut-être comme l’étaient les héros des aventures mythiques pour les Grecs) chargées d’une force émotionnelle motivant de façon subconsciente notre comportement. Mais, même personnifiés (Charlot, Tarzan), ils ne sont pas considérés préférentiellement comme les personnages d’aventures particularisées, qu’elles soient parlées, écrites, filmées, imagées en bandes dessinées. Ce sont des figures non narratives. Les mythes modernes sont donc exclus de cette étude : ils peuvent être envisagés dans le cadre d’une science générale des signes.

La disparition des mythologies dans le monde moderne avait frappé K. Marx. L’explication qu’il en donne repose sur la conception qu’il se fait de la mythologie même. Pour lui, la mythologie et l’art qui en tire sa substance reposent sur l’histoire des représentations collectives et les rapports sociaux qui les sous-tendent. « L’idée de la nature et des rapports sociaux qui alimente l’imagination grecque, et donc la mythologie grecque, est-elle compatible avec les métiers à filer automatiques, les locomotives [...] ? Qu’est-ce que Jupiter auprès du paratonnerre, Hermès à côté du Crédit mobilier ? Toute mythologie dompte, domine, façonne les forces de la nature dans l’imagination et par l’imagination ; elle disparaît donc, au moment où ces forces sont dominées réellement » (Introduction générale à la critique de l’économie politique, inédit de 1857 publié en 1903). Mao Zedong (Mao Tsö-tong), commentant ce texte, précise les rapports du mythe et de la réalité dans l’optique du matérialisme dialectique : « La mythologie peut nous enchanter en nous montrant, entre autres, les forces de la nature dominées par l’homme [...] ; mais les mythes n’ont pas été formés à partir de situations déterminées par des contradictions concrètes ; ils ne sont donc pas le reflet scientifique de la réalité. Dans les mythes, les aspects constituant une réalité n’ont pas une identité réelle, mais une identité imaginaire. » (À propos de la contradiction, 1937.) La représentation des contradictions entre forces de la nature et effort de l’homme (Marx) se complète chez Mao Zedong par le concept d’identification « impossible ».


Quelques problèmes classiques


Existe-t-il un auteur pour chaque mythe ?

Ce problème fut, au xixe s., l’objet de controverses passionnées, notamment à la suite des travaux du philologue allemand F. A. Wolf sur l’Iliade et l’Odyssée. Il faut admettre, par définition, qu’un mythe est compris par un groupe social ayant géographiquement et historiquement des liens culturels étroits (notamment linguistiques), que le mythe évolue (se complète, se modifie), mais qu’aucun créateur précis ne peut être repéré, bien que rien n’empêche d’admettre que les initiatives prises puissent l’être par des individus.


Existe-t-il une source valable pour les mythes en général ?

Certains mythes amérindiens ont été recueillis au xviie s. par des jésuites, qui les assortissaient souvent de commentaires du genre : « Tout cela est absurde. » D’autres le sont encore aujourd’hui au moyen de magnétophones.

Rien ne permet d’affirmer à coup sûr que : a) si ceux qui ont été recueillis au xviie s. l’ont été exactement, objectivement et scientifiquement, malgré la différence des moyens mis en œuvre, ils soient plus « purs », moins surchargés d’ajouts, moins altérés par des modifications que ceux qui le sont encore aujourd’hui par des moyens que nous contrôlons ; b) si ceux qui ont été recueillis au xviie s. ont été modifiés par la passion partisane et apologétique (pure hypothèse), voire créés de toutes pièces par les missionnaires, ils soient d’une nature hétérogène à ceux que nous recueillons aujourd’hui scientifiquement et doivent être rejetés. Il faut donc admettre la validité des sources en bloc.


Un mythe est-il plus valable dans une version ancienne ?

La mythologie grecque (v. Grèce) est connue pour être l’une des rares où la grande majorité des sources soient des œuvres littéraires datées (théâtre, poésie savante). On constate, dès lors, que certains mythes sont constitués très tôt, que d’autres, au contraire, s’enrichissent au cours des temps, que certains, apparemment étrangers, se regroupent et fusionnent (syncrétisme). Il y a donc une histoire du mythe. Mais celle-ci serait-elle décelable à coup sûr sans de solides critères extérieurs ? Et surtout pour quelles raisons faudrait-il privilégier dans le choix des sources un moment de l’histoire plus qu’un autre ? Le choix de la version ne repose pas sur une définition du mythe, qui aurait tendance à admettre toutes les versions, mais sur une optique particulière du mythographe.