Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
M

Mussolini (Benito) (suite)

Dans la vie de Mussolini, le meurtre de Matteotti tient la place de celui de Britannicus par la volonté de Néron. Jusque-là, celui-ci a hésité entre le vice et la vertu, les leçons de ses précepteurs et ses instincts méchants. Après l’assassinat de Britannicus, il n’hésite plus, il devient l’esclave de ses démons. L’incendie de Rome clora une série de crimes comme la dévastation de l’Italie en conséquence de l’alliance avec Hitler.

Il est inutile de chercher à Mussolini des circonstances atténuantes et de laisser croire qu’il n’a pas directement voulu le meurtre de Matteotti : il en a assez dit pour faire comprendre qu’il le souhaitait. Seuls les détails de l’exécution ont été laissés à l’initiative des tueurs.

On sait que l’émotion produite par ce crime sur l’opinion fut telle qu’en un instant les fascistes perdirent toute foi en leur pouvoir, désertèrent même les ministères comme le palais Chigi, où ils détenaient tous les postes, dissimulèrent leurs insignes et se terrèrent. Mussolini se vit isolé, vaincu par un coup du sort imprévisible.

Il avait laissé à la presse jusqu’alors une liberté à peu près complète. Les plus importants journaux s’étaient prononcés contre lui, le Corriere della Sera, La Stampa, Il Mondo de l’ancien ministre libéral Giovanni Amendola et aussi Il Popolo, que créa alors Sturzo, et où le jeune démo-chrétien Giuseppe Donati mènera contre le régime une campagne implacable. C’est ainsi que put être publié le mémoire terriblement accusateur de Cesare Rossi, l’un des sous-ordres limogés par le Duce, dont le roi en décembre 1924 refusa de prendre connaissance, alors que des monarchistes notoires l’en pressaient, sous prétexte qu’il n’y avait pas eu de crise parlementaire lui permettant de nommer un autre Premier ministre. Il faudra attendre juillet 1943 pour qu’il s’y résolve ; mais il sera alors trop tard. Ébranlée le 30 octobre 1922 lorsqu’elle confie à Mussolini le pouvoir, la monarchie s’écroulera le 2 juin 1946, quand la majorité du peuple italien choisira la république.

Au Sénat, où l’opposition au fascisme a fini par grouper une trentaine de sénateurs, Mussolini a osé déclarer qu’il obéirait si le roi lui demandait sa démission : gageure bien inutile, car il pressentait bien que le souverain ne le ferait pas. Le 3 janvier 1925, il revendique à la Chambre « tout le pouvoir pour tout le fascisme » et inaugure la vraie dictature. (Pour la période postérieure, v. fascisme et Italie.)

M. V.

➙ Fascisme / Guerre mondiale (Seconde) / Italie.

 G. Salvemini, Mussolini diplomate (Grasset, 1932). / I. de Begnac, Vita di Mussolini (Milan, 1936-1940 ; 3 vol.). / M. Vaussard, Histoire de l’Italie contemporaine, 1870-1946 (Hachette, 1950 ; nouv. éd., Histoire de l’Italie moderne, t. II : 1870-1970. De l’Unité au libéralisme, 1972) ; De Pétrarque à Mussolini. Évolution du sentiment nationaliste italien (A. Colin, 1961) ; la Conjuration du Grand Conseil fasciste contre Mussolini (Del Duca, 1966) ; Avènement d’une dictature : l’Italie entre la guerre et le fascisme, 1915-1925 (Hachette, 1971). / G. Pini et D. Susmel, Mussolini. L’uomo e l’opera (Turin, 1953-1955 ; 4 vol.). / R. Mussolini, Benito mio uomo (Milan, 1958 ; trad. fr. le Duce, mon mari, Fasquelle, 1958). / Georges-Roux, Mussolini (Fayard, 1960). / M. Gallo, l’Italie de Mussolini (Perrin, 1964 ; nouv. éd., Gérard, Verviers, 1966). / I. Kirkpatrick, Mussolini, Study of a Demagogue (Londres, 1964 ; trad. fr. Mussolini, portrait d’un démagogue, Éd. de Trévise, 1967). / R. de Felice, Mussolini, il revoluzionario (Turin, 1965) ; Mussolini, il fascista (Turin, 1966-1969 ; 3 vol.). / P. Guichonnet, Mussolini et le fascisme (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1966 ; 3e éd., 1971). / D. Biondi, Viva il Duce : Comment se fait un dictateur (trad. de l’ital., Laffont, 1969). / J. Matrat, Mussolini. Du gauchisme au fascisme (Structures nouvelles, 1969). / P. Whittle, One Afternoon at Mezzegra (Englewood Cliffs, N. J., 1970 ; trad. fr. Un après-midi à Mezzegra, Fayard, 1971).

Jalons biographiques

1883

29 juillet : naissance à Predappio (Romagne) de Benito Mussolini.

1902-1904

Séjour en Suisse.

1908-1909

Séjour dans le Trentin.

1912

Mussolini directeur de l’Avanti !

1914

Il fonde Il Popolo d’Italia.

1915

Mariage avec Rachele Guidi.

1917

Février : blessé sur le front du Carso.

1919

23 mars : fondation des Faisceaux de combat.

1921

Député de Milan.

1922

Mussolini, après la « marche sur Rome » (28 oct.), chef du ministère (29 oct.), reçoit les pleins pouvoirs (25 nov.).

1924

Triomphe des fascistes aux élections du 6 avril ; meurtre de Matteotti (10 juin).

1925

3 janvier : Mussolini s’attribue des pouvoirs dictatoriaux.

1929

11 février : accords du Latran avec l’Église.

1933

7 juin : pacte à quatre (Italie, France, Grande-Bretagne, Allemagne).

1934

Entrevue à Venise avec Hitler (13-14 juin) ; le Duce mobilise sur le Brenner après l’assassinat de Dollfuss (25 juill.).

1935

Accord franco-italien (janv.) ; entrevue de Stresa (avr.) ; début de la campagne d’Éthiopie (3 oct.).

1936

Achèvement de la conquête de l’Éthiopie (mai) ; Galeazzo Ciano (1903-1944), gendre de Mussolini, ministre des Affaires étrangères (juin) ; Axe Rome-Berlin (1er nov.).

1938

Mussolini laisse opérer l’Anschluss (11 mars) et abandonne la Tchécoslovaquie à Munich (sept.).

1939

Annexion de l’Albanie (avr.) ; pacte d’Acier (22 mai). Seconde Guerre mondiale (sept.) : Mussolini n’intervient pas.

1940

Offensive contre la France accablée (10-24 juin) ; désastre italien en Grèce (oct.).

1941-1942

L’Italie, alliée de l’Allemagne, perd ses colonies.

1943

Mussolini arrêté par ordre du roi (25 juill.) ; il est délivré par le major Otto Skorzeny (12 sept.) quelques jours après l’armistice italien (8 sept.) ; installation, autour de Salo (lac de Garde), de la République sociale italienne.

1944

Exécution de Ciano et de ses amis (11 janv.).

1945

Fuite de Mussolini, qui est arrêté à Dongo (27 avr.) par les partisans, qui l’exécutent (28 avr.).

1957

Son corps est ramené à Predappio.