Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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multiplication végétative (suite)

Les Bryophytes ont des propagules qui forment parfois une masse arrondie. On en remarque de véritables bouquets au sommet des tiges où à l’aisselle de feuilles ; des portions de soie de sporophyte sont même capables de se développer pour donner une plante feuillée à 2 n chromosomes, ce qui est insolite dans cet embranchement. La plus grande variété d’appareils spécialisés existe dans le groupe des Angiospermes. Chacun connaît les stolons du Fraisier, longues tiges qui se développent au ras du sol et « coulent » assez loin ; le bourgeon terminal se fixe en formant des racines, les feuilles apparaissent, et, souvent avant même que l’attache à la plante mère ne soit rompue ou desséchée, un nouveau coulant part de ce jeune pied et le phénomène recommence un peu plus loin. On peut ainsi trouver toute une chaîne de plants, liés entre eux, et de taille décroissante lorsqu’on s’éloigne du pied d’origine. Il existe un procédé analogue chez les Ronces, les Bugles, les Épervières... C’est exceptionnellement à partir de bourgeons portés par des racines traçantes que se produisent de telles formations. Ces pousses d’origine souterraine portent le nom de drageons ; on en connaît chez le Peuplier, les Acacias, certains arbres fruitiers. Ils prélèvent sur la plante mère leur nourriture avant de s’en séparer ; parfois, on utilise ce procédé pour la multiplication de l’espèce ; souvent, on les détruit pour éviter l’épuisement de la plante mère.

Les tubercules sont connus chez de nombreuses plantes qui en produisent un assez grand nombre, chacun d’entre eux étant capable de redonner au moins un nouveau pied ; c’est ce qui se passe chez le Dahlia, la Pomme de terre, le Topinambour.

Certains végétaux forment également de petits massifs cellulaires qui ne sont autres que des bourgeons axillaires capables de se séparer de la plante. Après une période plus ou moins longue de vie ralentie, ils peuvent se développer comme une plantule de graine, en formant des racines, puis un pied indépendant ; on en trouve sur le collet, au ras du sol (Saxifrages), sous terre (Ficaire), à l’intérieur des bulbes (Lis blanc, Tulipe), sur les tiges, à l’aisselle des feuilles (Dentaires), sur le limbe lui-même (Bryophyllum, Cystopteris, Asplenium — une espèce de ce genre de Fougères voit ses bulbilles commencer leur développement avant même de se détacher), dans les inflorescences (Allium, dont les fleurs sont remplacées par des bulbilles rosâtres) ; chez les Agaves, les racines apparaissent avant la chute de la bulbille.

Le marcottage naturel est la formation de racines au point où un rameau touche le sol ; elles se forment à l’aisselle des feuilles, à la hauteur d’un nœud. Après implantation, il peut y avoir mort du rameau entre la souche et le point de fixation, et ainsi la nouvelle plante devient indépendante.


Signification génétique

Lors de la multiplication végétative, aucun phénomène de méiose et de fécondation n’intervient comme dans la multiplication sexuée. Par conséquent, le patrimoine génétique porté par la chromatine du noyau, semblable dans toutes les cellules de l’individu, ne va subir aucune modification, et c’est ce patrimoine qui sera transmis intégralement à tous les drageons, bulbilles, etc. Chaque nouvel individu sera donc génétiquement identique à l’individu souche et aussi à tous les autres ayant même origine que lui. On donne à cet ensemble de plants de nom de clone : à eux tous, ils ne forment qu’un même être fragmenté et ils portent exactement les mêmes caractères. Ainsi, tous les « Peupliers d’Italie », mutation brusque apparue dans les cultures et n’affectant que les individus mâles, constituent un clone, et c’est uniquement par multiplication végétative que l’on obtient de nouveaux plants. D’origine très ancienne en Orient, cet arbre ne fut introduit en France qu’au xviiie s. après avoir été importé en Italie.


La multiplication végétative et l’Homme

L’Homme utilise la multiplication végétative en agriculture et en horticulture ; il y trouve des avantages. Tout d’abord, la stabilité génétique du clone lui permet de multiplier indéfiniment une variété portant des caractères que la méiose et la fécondation auraient vite fait de disjoindre. D’autre part, certaines espèces fort appréciées ne forment que peu de graines, ou même pas du tout (fruit parthénocarpique), et la multiplication végétative est un moyen de suppléer à cette déficience en gardant une variété intéressante au point de vue alimentaire, économique ou industriel. Enfin, les pieds obtenus par multiplication végétative sont plus rapidement productifs que ceux qui proviennent d’une fécondation : quatre ans dans ce dernier cas chez la Pomme de terre au lieu d’une seule année dans la multiplication par tubercules. Aussi les cultivateurs utilisent-ils les diverses possibilités offertes par les espèces. On peut se livrer à l’éclatement : tout simplement division artificielle des souches mères telle qu’on la pratique chez l’Iris (rupture du rhizome, dont chaque élément doit posséder au moins un bourgeon, ou œil) ; il en va de même pour les Dahlias ou les griffes d’Asperges, les Pivoines ou les Roses de Noël. L’utilisation du blanc de champignon pour l’ensemencement des meules s’apparente à l’éclatement. C’est chez la Pomme de terre que ce procédé atteint un développement de type industriel : chaque tubercule, ou même parfois une partie pourvue d’un œil, est apte à redonner un pied. On peut également provoquer la formation de marcottes chez les végétaux qui s’y prêtent naturellement. On couche un rameau flexible sur le sol, on l’y maintient et on attend la formation d’un système radiculaire assez développé pour couper l’attache à la plante mère. On peut obtenir le même résultat en maintenant autour d’un nœud un bandage contenant de la mousse humide par exemple, sans courber la tige.

Un autre procédé consiste à utiliser la propriété qu’ont de nombreuses espèces de pousser de nouvelles racines à partir de la tige, des feuilles, et même parfois de former des bourgeons sur des racines lorsque ces organes sont placés dans un milieu convenable, riche en humidité. Le cas le plus fréquent est celui de tiges jeunes qui sont séparées et constituent des boutures. De très nombreuses plantes peuvent ainsi être multipliées : œillets, géraniums, saules, peupliers, et en particulier des variétés horticoles. Le bouturage peut se faire en utilisant des tiges à l’état de repos portant des bourgeons dormants ou des rameaux en activité ; mais alors on se débarrasse de tous les organes qui consommeraient des réserves.

Ce sont des feuilles, même coupées en morceaux, qui sont utilisées chez les Bégonias ; il en est ainsi chez les Echeveria, Peperomia et Jacinthes. Chez les Anémones, les racines peuvent suffire. Ces possibilités sont augmentées par l’utilisation d’hormones de croissance (v. auxine).