Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
M

Muḥammad V ou Mohammed V (suite)

Le roi du Maroc indépendant

Muḥammad V doit alors faire face aux problèmes que pose la construction du Maroc indépendant. Il commence d’abord par étendre son autorité sur la zone espagnole et la ville de Tanger, qui perd pour un temps son statut international.

Mais le plus difficile est de concilier les deux courants, le moderne et le traditionnel, qui se partagent le pays. Muḥammad V compte sur l’enseignement, auquel il accorde un intérêt particulier, pour transformer les structures mentales de la population et l’engager progressivement, mais pacifiquement dans la voie du modernisme. En attendant, il se pose comme arbitre entre les divers courants et essaie, avec beaucoup de tact et de prudence, de concilier l’existence du Maroc traditionnel avec les exigences du monde moderne. Le code du statut civil, par exemple, promulgué à la fin de 1957, protège la femme marocaine des excès du droit musulman en matière matrimoniale, sans pour autant mettre en cause cette législation.

De la même façon, Muḥammad V rompt avec les traditions théocratiques attachées à la monarchie ‘alawīte, sans s’engager franchement dans la voie constitutionnelle. En 1956, il institue une assemblée dont les membres, désignés par lui, ont un pouvoir purement consultatif. Proclamé roi en 1957, il prend même la direction du gouvernement, auquel il associera son fils, le prince héritier, comme vice-président. En matière économique et sociale, il admet le principe d’une planification de l’activité du pays sans, pour autant, se réclamer du socialisme. Le plan biennal (1958-1959) et le plan quinquennal (1960-1964) ne touchent pas à la propriété privée. Ils visent à la modernisation de l’économie, à l’augmentation du revenu national et à la création d’emplois pour faire face à un taux de croissance démographique de l’ordre de 3 p. 100.

Pour atteindre ces résultats, Muḥammad V fait appel à l’aide de la France. Mais, malgré le respect des intérêts français au Maroc, l’affaire algérienne a, pour un temps, envenimé les rapports franco-marocains. À la fin de 1956, les relations diplomatiques sont même coupées entre les deux pays. Toutefois, l’année suivante, le roi parvient à apaiser la situation et signe avec l’ancienne métropole des conventions de coopération technique, culturelle et judiciaire. En 1960, il peut même obtenir l’évacuation totale des troupes françaises du Maroc. Mais l’affaire mauritanienne, soulevée la même année, refroidit quelque peu ses rapports avec la France.

Pour sortir le Maroc de son isolement, Muḥammad V établit des rapports diplomatiques et commerciaux avec des pays communistes et s’engage dans une politique arabe et africaine. En 1958, il donne son adhésion à la Ligue arabe. La même année, il participe à la conférence d’Accra et noue des relations étroites avec certains pays africains. À sa mort, survenue subitement en 1961, les problèmes du Maroc sont loin d’être résolus. Mais le pays connaît une certaine cohésion, qui repose essentiellement sur l’attachement de la population à la personne de ce souverain « bien aimé ».

M. A.

➙ Maroc.

Mulhouse

Ch.-l. d’arrond. du Haut-Rhin ; 119 326 hab. (Mulhousiens). L’agglomération compte 220 000 habitants.


La ville est née autour d’un moulin sur les bords de l’Ill. Pendant tout le Moyen Âge, elle joue un rôle insignifiant, essayant de préserver son autonomie face aux évêques de Strasbourg et de Bâle ainsi qu’aux Habsbourg. Devant le danger bourguignon, elle cherche à se rapprocher des cantons suisses. En 1515, elle s’associe à ces derniers. Alors que l’Alsace devient française en 1648 (Strasbourg en 1681), elle n’intègre la communauté française qu’en 1798.

C’est au cours de la période « suisse » qu’a été introduit dans la ville le travail du coton : filature, tissage, impression sur tissus (indiennage). Mulhouse comptait en 1787 vingt-six fabricants de coton, dont dix-neuf imprimeurs sur tissus. Les indiennages nécessitaient l’emploi d’eau en quantité considérable. En plus, il fallait de vastes prés pour assurer le blanchiment des tissus. Aussi la grande majorité des établissements s’installèrent-ils à proximité des petits ruisseaux coulant à l’ouest de la ville. La toponymie urbaine enregistra ces transformations. L’essor des manufactures entraîna une immigration de travailleurs qui permit à Mulhouse de doubler sa population en l’espace d’un demi-siècle (1800-1850). Or, à cette époque, les limites de la ville restaient celles du xiiie s. Les fortifications enserraient deux quartiers distincts : la « ville haute », encore agricole, et la « ville basse », commerçante, dont l’axe était la rue du Sauvage. La cohabitation des ouvriers et du patronat était alors encore générale.

Mais la situation change à partir de 1807. C’est l’époque où l’on démantèle les portes et les fortifications pour permettre l’expansion urbaine. Celle-ci se fait vers le nord en direction de Soultz-Guebwiller, vers l’ouest en direction de Dornach et vers le sud-est en direction de Bâle. Le « Nouveau Quartier », construit dans le sud, marque l’avènement du nouvel urbanisme. La traversée par le canal du Rhône au Rhin (achevé en 1830) est réalisée dès 1812. Le canal, qui passe au sud de la ville, va devenir un pôle de développement industriel. Si le « Nouveau Quartier » marque le premier urbanisme industriel, la construction des « cités ouvrières » aura un retentissement européen. Pour la première fois, les ouvriers peuvent devenir propriétaires de leurs habitations, moyennant des remboursements étalés sur quinze ans. Développement industriel et urbanisme nouveau sont le fait d’une classe de patrons qui dirige la ville sur le plan économique et politique. Les plus importants, qui ont donné leur nom aux plus grandes entreprises, sont Kœchlin, Schlumberger, Thierry, Mieg, Dollfus, Hartman, Zuber. L’utilisation de la machine à vapeur dès le début du xixe s. amène une concentration des usines à Mulhouse, mais les besoins croissants en eau et en prés entraînent par la suite une dissémination dans les vallées alsaciennes des Vosges. La ville gardera toujours les ateliers d’apprêt et d’impression. Dès cette époque, elle se constitue « sa » région, où elle recrute sa main-d’œuvre et où ses entrepreneurs investissent leurs capitaux. Le moteur du capitalisme mulhousien est la « Société industrielle de Mulhouse », où se rencontrent les patrons. C’est d’elle que part l’initiative visant à la construction des premières cités ouvrières en France et l’aménagement d’un grand zoo qui doit être une « distraction honnête et instructive » pour les enfants et les ouvriers. Au moment de la signature du traité de Francfort (1871), Mulhouse compte 67 000 habitants. Les industriels mulhousiens, qui craignent de perdre une partie de leur marché français et savent le marché allemand déjà pris, implantent une partie de leurs usines sur le versant vosgien à partir de 1873. C’est un coup dur pour la ville, qui doit chercher d’autres activités. Ainsi se développent la construction de machines (textiles) et de locomotives ainsi que l’industrie chimique (fixateurs, colorants). Ces nouvelles activités vivent en symbiose avec le travail traditionnel du coton. Une école supérieure de chimie (toujours en activité) permet de former les spécialistes nécessaires.