Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Moyen Empire (suite)

L’Égypte et le monde extérieur

Dans ce domaine aussi, la monarchie du Moyen Empire a dû tirer la leçon des événements ; pour la première fois, les frontières naturelles du royaume d’Égypte n’ont pas arrêté l’invasion étrangère au nord-est. Il y faut remédier pour l’avenir, en même temps qu’accroître les ressources économiques du pays, ruiné par plus d’un siècle d’anarchie. Expéditions militaires et commerciales demandent la participation ou la « couverture » d’une armée permanente plus importante.

L’armée royale, recrutée essentiellement par conscription, se développe : une stèle du Caire nomme un fils royal « qui a été envoyé pour recruter un régiment de soldats et qui donna un homme sur 100 mâles à son seigneur » (proportion moyenne) ; il est vraisemblable aussi que les nomarques entretiennent encore quelques milices dans leurs provinces. Mais le roi est alors assez fort pour empêcher un usage trop personnel de ces éléments militaires locaux, parmi lesquels il prélève d’ailleurs des contingents (choisis parmi les recrues les mieux entraînées) qui s’acheminent aussi vers la cour de Licht. Peu de changements sont intervenus dans l’armement depuis l’Ancien Empire, bien que, sous la XIIe dynastie, on commence à substituer le bronze au cuivre. L’infanterie constitue encore l’essentiel de l’armée ; il y a quelques corps de mercenaires, notamment celui des archers nubiens.

Au nord-est, il fallait avant tout, d’une part, mettre le Delta à l’abri des incursions des Asiatiques — qui, après la VIe dynastie, avaient constitué un réel fléau — et, d’autre part, assurer la liberté du commerce pour les villes de Basse-Égypte. Il y avait donc deux voies essentielles à protéger.

1. La voie de terre. Amenemhat Ier fait construire sur la frontière orientale du Delta une série de forteresses, les « Murs du Prince » (dont nous connaissons l’existence par plusieurs textes, notamment les Aventures de Sinouhé), qui, pourvues de garnisons permanentes, devront protéger le royaume. Ce fait est sans doute à l’origine de la tradition, transmise par les Grecs, selon laquelle un souverain aurait construit une muraille ininterrompue depuis Péluse jusqu’à Héliopolis (!) : l’imagination populaire magnifia un système défensif de fortifications simple, mais certainement efficace, car l’infiltration étrangère fut arrêtée ; les immigrés déjà installés semblent avoir été réduits à la servitude sur les domaines des temples ou ceux des nobles. Dans l’arrière-pays, après une campagne militaire menée par Sésostris III jusqu’à Sichem (l’actuelle Naplouse), les chefs de tribus, tant en Syrie qu’en Palestine (ces noms actuels sont employés pour leur commodité d’usage, mais ne correspondent à aucune réalité politique à cette époque ; la Palestine ne sera créée que sous la XIXe dynastie, par les Philistins venus d’Asie Mineure), reconnaissent la suzeraineté du roi d’Égypte ; les inscriptions les désignent parfois du même titre que les grands de la cour de Licht : heqa, our. Plus au nord, il est vraisemblable que les Sésostris ont envoyé des missions, appuyées de garnisons militaires, pour contrôler certains grands centres, comme Megiddo (relais de caravanes), Ougarit (l’actuelle Ras Shamra) ; cela a été confirmé par la découverte récente, en Syrie septentrionale, d’un monument, contemporain de la XIIe dynastie, sur lequel est représenté un dieu pourvu des insignes royaux égyptiens.

2. La voie de mer. Elle est aussi soigneusement protégée ; pour cela, les monarques de la XIIe dynastie reprennent la politique déjà traditionnelle : imposer leur protection aux ports phéniciens, notamment Byblos, des tributs annuels témoignant de la suzeraineté ainsi reconnue ; à Tôd (Haute-Égypte) a été retrouvé le trésor adressé dans ce dessein par Byblos à Amenemhat II : coffres de bronze contenant des bijoux et des objets d’orfèvrerie, des lingots d’or et d’argent, des perles, des lapis-lazuli, etc. Mais le roi ne participe pas aux opérations commerciales ; il pourvoit seulement à la sécurité de ses marchands. Il en va de même dans les relations maritimes avec Chypre et la Crète, qui se développent alors. Cette influence prédominante que la XIIe dynastie sait exercer sur Byblos et la Syrie donne également à l’Égypte le contrôle des routes caravanières de l’Asie, particulièrement importantes à ce moment, où Babylone connaît une grande prospérité commerciale.

L’ensemble de ces rapports dénote une politique relativement pacifique, non point de conquête, mais de protection des frontières et de sauvegarde intelligente des intérêts économiques.

Vers le sud, il en va autrement. Mentouhotep Ier a dû reconquérir la Nubie, qui a profité des troubles pour s’ériger en royaume indépendant. Dans ces régions, on se heurte à une civilisation indigène peu avancée ; les expéditions en quête d’or, d’ivoire, d’ébène sont longues, coûteuses, dangereuses aussi et doivent donc être accompagnées d’une forte garde armée. Il ne peut s’agir que d’un commerce royal, d’État. Au Moyen Empire, une politique de pénétration en Nubie est menée systématiquement ; des expéditions sous le commandement du vizir s’enfoncent progressivement dans le Sud ; sous Sésostris Ier, elles atteignent la troisième cataracte du Nil ; Sésostris III, roi guerrier, pousse jusqu’à l’actuel Soudan. Le gouvernement égyptien établit en Nubie une véritable colonisation : les chefs de tribus sont soumis au paiement régulier d’impôts en nature, à l’envoi de troupes mercenaires. La construction d’une série de forteresses (assez rapprochées les unes des autres) a pour objet de maintenir le pays dans l’obédience du royaume d’Égypte : les plus importantes sont érigées à Bouhen et à Mirgissèh (au niveau de la deuxième cataracte), à Semnèh et à Koumma (Koummèh), plus au sud ; des garnisons les occupent en permanence, communiquant entre elles par signaux de fumée. Pour compléter cette protection avancée de l’Égypte, Sésostris III interdit aux bateaux nubiens descendant le Nil d’aller en aval de la deuxième cataracte.