Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Moscovie (suite)

Après les insurrections de 1547, le jeune tsar entreprend, sous l’influence du métropolite Macaire et du pope Silvestre, une série de réformes destinées à développer les nouvelles institutions, à accroître les pouvoirs de la nouvelle noblesse et à diminuer ceux des boyards. En 1549-50, il convoque le Zemski Sobor, assemblée de délégués du haut clergé et des boyards, ainsi que, semble-t-il, des villes de province, et fait décider la rédaction d’un nouveau code, celui de 1450, qui diminue le pouvoir des gouverneurs et augmente celui des prikazes (les bureaux centraux).

Une réforme administrative est mise en application qui restreint le rôle du kormlenie (ce système faisait vivre les gouverneurs sur le dos de leurs administrés) et donne des pouvoirs accrus à la noblesse de province. L’Église orthodoxe est réorganisée et son autorité accrue au profit du tsar.

Sur le plan extérieur, Ivan IV conquiert en 1552 le khānat de Kazan et domine le bassin de la moyenne Volga ; puis, en 1556, il annexe Astrakhan et toute la basse Volga. À l’ouest, il s’attaque à la Livonie, propriété de chevaliers germaniques, les Porte-Glaive, et détruit leur royaume en 1561, après avoir annexé Narva. Ainsi, la Moscovie se fraie un chemin vers la mer Baltique, mais elle se heurte aux États voisins — Lituanie, Suède, Pologne, Danemark, principautés allemandes —, qui craignent la puissance moscovite.

Des revers sérieux provoquent à Moscou une révolte des boyards, qu’Ivan IV réprime avec cruauté. En 1565, il crée l’opritchnina, qui constitue un appareil spécial de gouvernement et d’administration dépendant uniquement du tsar et destiné à éliminer les boyards ou à les soumettre. Les opritchnik reçoivent des pouvoirs étendus et des terres. Ils appartiennent à la petite et à la moyenne noblesse, mais on y trouve aussi des grands seigneurs dévoués au tsar. Quant à la paysannerie, elle est dès lors contrainte au servage, avec quatre siècles de retard sur l’Occident, et ne peut quitter la terre. En 1581, elle perd le droit de libre migration sur les terres des pomestie, mais le servage lui-même ne sera instauré officiellement qu’en 1649.

Les dernières années du règne d’Ivan IV sont difficiles en raison de la guerre contre les grandes puissances de l’Europe septentrionale. En 1581, Ivan IV doit rendre Narva à la Suède, et la Moscovie connaît une crise économique sérieuse.


Le temps des troubles
Les Romanov

Fédor Ier, un fils d’Ivan IV, règne de 1584 à 1598. C’est un simple d’esprit, mais c’est aussi le dernier descendant des Danilovitch, successeurs de Riourik et des princes de Kiev. Le véritable maître de la Russie, c’est Boris Godounov. Celui-ci remporte des succès à l’ouest contre les Suédois et à l’est, où il réussit à pénétrer dans le Caucase du Nord et organise plusieurs expéditions de Cosaques en Sibérie après celles des Cosaques de Iermak. En 1589, le patriarcat orthodoxe de Moscou est créé, ce qui marque la prépondérance moscovite dans le monde orthodoxe.

À la mort de Fédor en 1598, Boris Godounov est désigné comme tsar par le Zemski Sobor, mais il meurt dès 1605.

C’est le « temps des troubles » qui commence. Les puissances étrangères, la Pologne en premier lieu, et les boyards profitent des incertitudes dynastiques de la monarchie moscovite. Un faux tsar Dimitri (le vrai était mort en 1591) apparaît, qui soulève les paysans, les boyards et les gens des villes. Profitant de la mort de Boris Godounov, il conquiert Moscou en 1605, où il s’installe en même temps que de nombreux Polonais qui l’ont aidé dans son accession au trône.

Il semble que la Moscovie va disparaître, mais, après de nombreuses péripéties (mort du premier faux Dimitri [1606], apparition d’un deuxième faux Dimitri [1607], insurrections paysannes et urbaines, interventions polonaise et suédoise, mort du second faux Dimitri [1610]), une milice populaire s’organise en 1611 à Nijni-Novgorod sous la direction de Kouzma Minitch Minine († 1616) et de Dmitri Mikhaïlovitch Pojarski (1578 - v. 1642), qui libère Moscou en 1612. Les Polonais chassés de Moscou, un jeune boyard de seize ans, Mikhaïl Fedorovitch Romanov, est élu tsar au Zemski Sobor de 1613. Une nouvelle dynastie naît, qui va gouverner la Russie jusqu’à la révolution de 1917.

Michel (1613-1645) et Alexis (1645-1676) agrandissent de nouveau l’État moscovite. Ils s’appuient sur les Cosaques pour vaincre les Polonais, les Turcs et les Suédois. Après de nombreux combats, la Moscovie signe en 1667 la trêve d’Androussovo, qui lui reconnaît la possession de la région de Smolensk et une grande partie de l’Ukraine, dont Kiev. La progression moscovite se poursuit en Sibérie jusqu’à la rivière Aman ; malgré un schisme religieux, le raskol (1666-67), et l’insurrection paysanne de Stenka Razine (v. 1630-1671) en 1668, l’État moscovite devient toujours plus absolutiste en même temps que se développe la bureaucratie des prikazes.

À la mort d’Alexis, c’est déjà la Russie qui s’étend de l’Ukraine au Caucase, de Smolensk à la Sibérie. L’Église orthodoxe dirige les consciences et les maintient dans l’obéissance au « petit père des peuples de Russie », le tsar. Les paysans sont tous devenus serfs comme le reconnaît le code de 1649 ; les propriétaires fonciers, les pomechtchik, jouent un rôle économique déterminant et constituent les cadres d’une armée qui ne cesse de se renforcer.

Le premier livre russe n’a été imprimé qu’en 1564, un siècle après le premier livre imprimé en Occident. Sans doute, la civilisation russe, au xviie s., continue à briller des éclats des bulbes des églises et des icônes, mais la Russie doit combler un grand retard sur l’Occident, héritage de l’histoire de la Moscovie.

J. E.

➙ Kazan / Kiev / Mongols / Moscou / Novgorod / Russie.

 I. Grey, Ivan IV and the Unification of Russia (Londres, 1964). / The Testaments of the Grand Princes of Moscow, éd. et trad. par R. C. Howes (Ithaca, N. Y., 1967). / J. L. I. Fennell, The Emergence of Moscow, 1304-1359 (Londres, 1968).