Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
M

mort (suite)

Dans le coma, ou même dans des états moins graves, certaines fonctions vitales disparaissent, mais non toutes : respiration et circulation du sang subsistent, laissant parfois espérer un retour à la plénitude de la vie. De même, aux basses températures, les plantes vertes cessent toute activité de photosynthèse, mais continuent à respirer. Enfin, si la reproduction est considérée comme l’une des fonctions caractéristiques de la vie, les innombrables individus animaux et végétaux stériles prouvent qu’elle n’est point indispensable à l’existence individuelle, mais seulement à la pérennité de l’espèce.

En cas de gelure, gangrène ou amputation, une partie des tissus d’un être vivant subit une destruction semblable à celle que lui infligerait la mort de cet être, mais la mort n’atteint pas le reste de l’organisme. Loin d’être toujours accidentelle, cette « mort partielle » accompagne normalement la vie : que l’on songe aux feuilles mortes, aux mues des Insectes et des Serpents, à l’autotomie de la queue chez les Lézards, etc.


Mort accidentelle

Il est exceptionnel qu’un individu animal ou végétal survive jusqu’à l’âge adulte et puisse se reproduire. On remarquera en effet que, hormis les cas (extrêmement rares) de pullulation soudaine, chaque espèce est « en équilibre » avec son milieu, c’est-à-dire conserve une population constante ou cycliquement variable. Or, presque toutes les plantes produisent un nombre immense de spores ou de graines, et presque tous les animaux ont une ponte abondante ou de prolifiques portées. Si donc un ou deux individus seulement (parfois sur plus d’un million : Fougères arborescentes, Morue...) se reproduisent à chaque génération, c’est que les autres sont morts. Morts de faim le plus souvent, ou dévorés par d’autres, ou victimes du froid, de la sécheresse ou des maladies infectieuses.

Si l’état adulte est rare, l’état de vieillesse peut être inexistant dans les conditions naturelles, car dans de nombreuses espèces les reproducteurs meurent des mêmes causes que les jeunes, c’est-à-dire de causes purement extérieures qui les atteignent en pleine santé.


Peut-on mourir de vieillesse ?

Les expériences de culture de tissus animaux ou végétaux ont établi que la cellule, l’« atome de vie », était virtuellement immortelle. Transportée à intervalles réguliers sur un milieu neuf, une souche de fibroblastes de cœur de Poulet (A. Carrel) ou un méristème de racine d’Endive ne montrent aucun ralentissement de leur activité mitotique, quelle que soit la durée de l’expérience. Le vieillissement serait donc la rançon de l’organisation. De fait, un trop grand arbre a beaucoup de peine à s’alimenter en eau, et les artères d’un vieillard sont si fragiles que la rupture de l’une d’entre elles devient très probable à partir de 90 ou 100 ans. Mais a-t-on le droit d’affirmer que l’organisme est « fait pour » vivre un certain temps, et pas plus, et que la mort est inscrite dans le programme génétique ? La réponse à faire dépend de l’espèce considérée : avec leur trompe bouchée, les papillons de Bombyx mori (ver à soie) ne peuvent pas s’alimenter et sont littéralement construits pour mourir. Mais c’est là une situation exceptionnelle. Seule la recherche systématique des meilleures conditions de survie pour chaque animal ou pour chaque plante permettrait de fixer à la longévité spécifique une durée qui ne soit pas purement statistique.


La demi-vie

En attendant qu’un tel travail soit fait (s’il peut l’être), le plus simple est d’adopter le système des physiciens parlant de la désintégration des atomes radio-actifs, et de définir la « demi-vie », l’âge auquel la moitié seulement des individus de l’espèce survit encore. Chez de nombreuses espèces de petits Passereaux, cette demi-vie atteint 1 an, alors que la longévité maximale dépasse 20 ans : une demi-vie n’est pas la moitié d’une vie ! En fait, la mortalité la plus importante ne se situe pas au même point de l’existence chez tous les êtres : chez la Grenouille, par exemple, c’est à la métamorphose qu’ont lieu les hécatombes.


Rôle biologique de la mort

L’utilité pour chaque espèce de la disparition des bouches inutiles, c’est-à-dire des adultes qui se sont reproduits et ne peuvent plus le faire, est évidente. Nulle part ce fait n’est plus apparent que chez les Abeilles*, avec le massacre des mâles à l’automne et la longue vie de la reproductrice (reine), qui atteint 5 ans, alors que les ouvrières ne vivent que quelques mois. L’utilité des cadavres pour l’ensemble des autres espèces vivantes est encore plus évidente : c’est par milliers d’espèces que Bactéries, Insectes et parfois Vertébrés s’alimentent de cadavres, et, par le jeu des cycles biochimiques, les plantes vertes elles-mêmes bénéficient de l’azote et du phosphore des animaux morts. Paul Valéry, en écrivant : « Le don de vivre a passé dans les fleurs », s’est exprimé non seulement en poète, mais en scientifique averti.

H. F.


La mort en médecine légale

La mort est une situation irréversible qui termine la vie d’un être organisé par un arrêt définitif de toutes les fonctions physiologiques.

L’arrêt de ces fonctions — en particulier des plus importantes, que l’on appelle « fonctions vitales » et qui permettent l’arrivée de sang oxygéné aux tissus grâce à la respiration et à la circulation du sang — conduit à une désorganisation progressive de tous les éléments anatomiques : désorganisation d’abord peu apparente sur le cadavre en raison de la grande stabilité des tissus osseux, conjonctifs et de la peau, mais s’étendant progressivement à tous les viscères et à tous les tissus, pour ne laisser persister que les éléments minéraux du squelette, qui témoigneront au cours de très longues périodes de l’existence d’êtres organisés.

La mort ne peut donc être analysée à partir d’une définition simple, mais doit être étudiée selon des critères propres aux phénomènes que l’on cherche à étudier : soit évolution des symptômes graves définissant les troubles de la respiration, de la circulation, des fonctions cérébrales qui constituent traditionnellement la phase d’agonie ; soit évolution, à l’arrêt de ces fonctions, des tissus et de la forme générale du corps ; ou encore, et c’est le cas le plus fréquent, étude des questions posées par les magistrats lors de la découverte du cadavre, et développement par les experts médico-légaux des recherches sur les causes et les circonstances de la mort ainsi que les différents problèmes de droit (pénal et civil en particulier) qui s’y rattachent.