Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

aquatique (suite)

Les sciences des milieux aquatiques et de leurs constituants

L’étude de la vie aquatique relève de plusieurs disciplines scientifiques, qui peuvent être groupées en deux catégories : les disciplines qui s’occupent des organismes et celles qui s’occupent des milieux.

La biologie des organismes aquatiques, leur développement, leur croissance, les conditions de leur reproduction sont l’objet des préoccupations des hydrobiologistes.

L’écologie aquatique étudie les rapports existant entre ces organismes et leur milieu.

La biocœnotique étudie les groupements, en faisant intervenir non seulement les espèces, mais aussi les populations.

La recherche océanographique s’applique à développer notre connaissance du milieu océanique ; la recherche limnologique s’attache à mieux connaître les lacs* et leurs dépendances. Ont été de même distinguées une cryobiologie pour les milieux aquatiques gelés (neige, glaces), une potamologie pour les rivières et les fleuves, une biospéléologie aquatique pour les milieux cavernicoles, une hydrologie médicale pour les eaux de consommation généralement souterraines, etc.


Les dangers du milieu aquatique

Les modifications chimiques du milieu aquatique ne sont pas sans danger pour l’Homme (pollution industrielle). De nombreuses maladies humaines sont d’origine hydrique : la typhoïde, la poliomyélite, la colibacillose continuent à préoccuper les hygiénistes en pays tempérés. La bilharziose, l’onchocercose, l’amibiase sont des fléaux des pays tropicaux. D’autres parasites pour l’Homme (Cestodes, Trématodes, Nématodes [Filaires]), qui ont des hôtes intermédiaires aquatiques (Mollusques, Copépodes, Poissons), peuplent le milieu aquatique. Le paludisme est transmis par des Moustiques dont la larve est aquatique.


Intérêt du milieu aquatique

Source d’énergie en soi (houille blanche), l’eau est aussi un moyen de transport pour l’Homme (navigation) et pour certains matériaux qu’il utilise : sables lavés des rivières, argiles et gadoues. Par hydroclassement, il sort des sédiments aquatiques des métaux (or) et des pierres précieuses (zircon, topaze, tourmaline, etc.). Par évaporation, il en sort des éléments minéraux : sel marin (chlorure de sodium), natron (carbonate de sodium), borates, etc.

Du point de vue agricole, le milieu aquatique est au moins aussi économiquement rentable. La pêche et l’aquiculture sont des industries dans de nombreux pays, aussi bien en mer qu’en eau douce. Elles permettent d’extraire du milieu aquatique des Crustacés, des Mollusques, des Poissons, des Mammifères (Cétacés). La récolte d’Algues y est également organisée (Agar-Agar, Fucus), et des produits importants en sont tirés (gélatines, iode, etc.). Le plancton végétal y est parfois récolté, notamment en eaux continentales (Spirulines), et sert à l’alimentation humaine (Tchad) comme à celle des animaux domestiques (Canards en Thaïlande).

Le plancton animal, séché, fait aussi l’objet de commerce : Daphnies des aquariophiles, Vers de vase (en réalité larves d’Insectes) des pécheurs, etc. De nombreux autres animaux aquatiques servent d’aliments : Notonectes, Crevettes, Oursins, Céphalopodes, etc.

L’industrie à base d’organismes aquatiques est prospère. Des farines de Poissons aux huiles, en passant par le Terk Trey cambodgien (Nuoc-mâm vietnamien), les peaux de Crocodiles et autres écailles (Tortues), un commerce intense est établi de longue date dans les pays qui ont appris à exploiter le milieu aquatique intérieur et marin (tout particulièrement le Sud-Est asiatique, où le riz est la base de la nourriture avec le Poisson, consommé, lui, à raison de 21,5 kg par habitant et par an au Cambodge). En Roumanie, les roseaux et les scirpes sont exploités industriellement, et le papyrus égyptien est une ressource naturelle aquatique employés de longue date.

La connaissance et la protection du milieu aquatique sont ainsi des objectifs d’autant plus prioritaires que l’Homme a plus besoin que jamais d’eau naturelle.

B. D.

➙ Eau / Fleuve / Lac / Océan.

 L. Germain, la Faune des lacs, des étangs et des marais de l’Europe occidentale (Lechevalier, 1925 ; 2e éd. revue par E. Seguy, 1958). / C. Wesenberg-Lund, Biologie der Süsswassertiere (trad. du danois, Berlin-Vienne, 1939). / G. E. Hutchinson, A Treatise on Limnology (New York, 1957-1967 ; 2 vol.). / V. I. Chadine et S. V. Gerd, Rivières, lacs et réservoirs de l’U. R. S. S., leur faune et leur flore (en russe, Moscou, 1961). / T. T. Macan, Freshwater Ecology (Londres, 1963). / F. Ruttner, Fundamentals of Limnology (Toronto, 1963). / B. Dussart, Limnologie. L’étude des eaux continentales (Gauthier-Villars, 1966). / H. L. Golterman et R. S. Clymo (sous la dir. de), Chemical Environment in the Aquatic Habitat. Proceedings of an I. B. P. Symposium Held in Amsterdam and Nieuwersluis 10-16 October 1966 (Amsterdam, 1967).


Les spécialistes du milieu aquatique


André Delebecque,

limnologue français (Paris 1861 - Genève 1947). Ingénieur des Ponts et Chaussées à Thonon-les-Bains de 1887 à 1912, il entreprend l’étude hydrographique des lacs d’Annecy et du Bourget, puis de la partie française du Léman. Il étend ses investigations à de nombreux autres lacs (plus de 330) et s’attelle à leur étude géochimique. Il publie successivement un Atlas des lacs français et un ouvrage d’ensemble, les Lacs français (1898). Il termine sa carrière scientifique par des travaux de glaciologie.


François Alphonse Forel,

limnologue suisse (Morges 1841 -id. 1912). Fondateur de la limnologie, il est à la fois géophysicien, zoologiste, physiologiste et archéologue. Ses observations sur la faune profonde des lacs l’amènent à concevoir l’étude d’un lac comme un ensemble intégré de recherches. Il découvre alors et étudie les seiches en lacs ; il coordonne les données de la climatologie et de l’hydrologie pour aborder l’histoire du Léman, et il rédige de 1892 à 1904 son célèbre traité sur le Léman, monographie limnologique. Il introduit ainsi dans les sciences naturelles un concept nouveau, celui de l’étude d’un milieu caractéristique considéré comme un tout indissociable et qui justifie donc la science nouvelle qu’il a créée. Ayant entraîné dans son sillage bon nombre de ses collègues biologistes, chimistes et physiciens, alors qu’il est professeur de zoologie à l’université de Lausanne, il a fait du Léman un des lacs les mieux et les plus connus du monde.


August Thienemann,