Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
M

Monténégro (suite)

En 1912, le Monténégro signe un traité avec la Bulgarie, puis avec la Serbie et la Grèce en prévision de la lutte contre la Turquie. Lorsque des troubles ont lieu en Macédoine, il attaque, conformément aux accords, les Turcs en septembre 1912 ; il est suivi par les autres États balkaniques ; les Monténégrins entrent dans la région de Kosovo, prennent Shkodra au sud, mais doivent évacuer la ville à la suite d’une intervention autrichienne (mai 1913). Au traité de Londres, puis à celui de Bucarest (août 1913), le Monténégro se voit accorder un agrandissement territorial, en particulier une partie du sandjak de Novi Pazar, qui lui donne une frontière commune avec la Serbie.

À l’intérieur, le pouvoir demeure très concentré dans les mains du prince, qui, en 1910, prend le titre de roi. Un code de propriété est adopté en 1888 ; des lois définissent les organismes étatiques (Nikoljdanski zakoni), et, en 1910, une constitution est octroyée, mais qui ne crée pas de parlementarisme ; cependant, une opposition se développe, en particulier autour du parti populaire (les Klubaši), tandis que les Pravaši soutiennent la Cour et le roi. Plusieurs affaires mettent en cause les Klubaši, accusés de vouloir renverser le roi avec l’aide de la Serbie : affaire des bombes, dans laquelle des Monténégrins sont accusés d’avoir voulu attenter à la vie du prince avec une bombe fabriquée en Serbie (juin 1908) [des condamnations à mort sont prononcées] ; affaire de Kolašin, qui fomente parmi diverses tribus un complot contre le prince. Par ailleurs, la situation économique et sociale reste très difficile dans cette région peu favorisée par les conditions physiques ; l’économie n’a connu qu’un faible développement, la crise financière est permanente, et l’émigration vers l’étranger, temporaire ou définitive, est très importante. Lors de la Première Guerre mondiale, Nicolas Ier se range du côté de la Serbie, dont il couvre la retraite avec succès en 1915 (victoire de Mojkovac de décembre 1915 contre les Autrichiens). Cependant, les Autrichiens sont finalement les plus forts, et le roi fuit à l’étranger, tandis qu’un de ses fils austrophile reste dans le pays. Établi à Bordeaux, le roi nomme un gouvernement, mais entre en opposition avec son chef au sujet de négociations avec les Serbes pour une union des États, négociations à propos desquelles il entend garder le rôle principal. Un comité monténégrin pour l’union est alors formé par le chef du gouvernement démissionnaire (Radović). Le Monténégro est libéré en octobre 1918, et un comité central exécutif, réuni à Andrijevica à la fin de 1918, prépare les élections à une assemblée populaire. Celle-ci, convoquée le 26 novembre 1918 à Podgorica, vote la destitution du roi, la confiscation de ses propriétés et le rattachement à la Serbie. Dans l’immédiat après-guerre, le Monténégro est une des régions où les votes communistes sont les plus nombreux lors de l’élection de l’Assemblée constituante de 1920. Après la défaite d’avril 1941, il est occupé par les Italiens. Des séparatistes prennent position pour la formation d’un État indépendant, et demandent au roi d’Italie de nommer un régent. Mais, d’autre part, la lutte contre l’occupant commence le 13 juillet 1941 à l’initiative du parti communiste ; en novembre 1943, un conseil régional antifasciste de libération nationale du Monténégro et des bouches de Kotor est créé à Kolašin ; les combats des partisans seront nombreux et durs dans cette région. Le 6 janvier 1945, le Monténégro est totalement libéré. Dans la Yougoslavie socialiste, il devient une des six républiques de la fédération ; la nationalité monténégrine se justifie, malgré l’origine commune des Monténégrins avec les Serbes, par la tradition d’État indépendant.

M. P. C.

➙ Balkans / Serbie / Yougoslavie.

 Histoire du Crna Gora (en serbo-croate, Titograd, 1967).

Monterrey

V. du Mexique ; 1 213 000 hab. (pour l’agglomération).


À 530 m d’altitude, au débouché d’une passe de la Sierre Madre orientale, capitale de l’État de Nuevo León, Monterrey est le second pôle industriel et la troisième ville du pays (après Mexico et Guadalajara).

Fondée au xvie s., la ville est connue à partir de 1596 sous le nom de « Ciudad metropolitana de Nuestra Señora de Monterrey ». C’est un relais sur la route du Texas, un centre de colonisation pour les agriculteurs, les éleveurs et les mineurs, le point de départ d’expéditions contre les Indiens nomades du Coahuila et du Tamaulipas. Mais le climat, semi-aride, confine l’agriculture aux vallées et au piémont de la Sierra. Le peuplement marque le pas : 6 412 habitants seulement en 1803.

Après l’indépendance du Mexique, Monterrey commerce avec les ports importateurs de Matamoros et de Tampico ainsi qu’avec la grande foire de San Juan de los Lagos. La défaite de 1848 porte la frontière avec les États-Unis sur le rio Grande, à 160 km de Monterrey, qui s’enrichit dans la contrebande et, pendant la guerre de Sécession, dans le commerce du coton sudiste, qui contourne, par le Mexique, le blocus du Nord.

De 1882 à 1905, le chemin de fer relie Monterrey à Laredo, Tampico, Matamoros, Torreón et Mexico, lui donne accès aux États-Unis, au marché national et aux ressources régionales : mines de charbon, de fer, de plomb du Coahuila. Monterrey devient une métropole industrielle. La brasserie, la sidérurgie, la verrerie s’implantent. La ville passe de 36 000 à 78 528 habitants de 1890 à 1910. Les années 1920-1940 sont une phase d’intégration industrielle et bancaire, de création d’infrastructures de l’énergie (gazoducs) et des transports (routes modernes). La ville profite de l’expansion mexicaine d’après 1940 et de la Seconde Guerre mondiale, qui limite la concurrence étrangère. En 1969, elle compte 1 800 entreprises importantes, concentre 10 p. 100 de la production industrielle du Mexique (40 p. 100 de celle d’acier). En tête viennent la sidérurgie, puis la chimie du verre, des acides et des fibres synthétiques, le secteur automobile, le matériel électrique ; les industries lourdes et nouvelles l’emportent sur le secteur traditionnel (alimentation, boissons, textile). L’industrie emploie 130 000 personnes.