Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Monténégro (suite)

Après la mort de l’empereur serbe Étienne IX Uroš IV Dušan en 1355, on voit réapparaître dans la région de Zeta une dynastie locale, celle des Balšides, qui règne jusqu’en 1421. Mais, déjà vers 1385, la Zeta doit reconnaître la suzeraineté des Turcs. Des territoires sont cédés aux Vénitiens, tandis qu’à l’intérieur lés Balšides luttent contre le pouvoir de la tribu des Crnojević. Pendant une brève période, la Zeta est de nouveau incluse dans la principauté serbe (sous Étienne Lazarević [1421-1427]). Puis les Crnojević prennent la tête de la région, dont le centre devient Žabljak, tantôt s’appuyant sur Venise, tantôt luttant contre elle, tandis que les Turcs deviennent de plus en plus menaçants et s’installent à Shkodra (Albanie) en 1479, puis à Žabljak. Après la conclusion d’un accord entre Venise et les Turcs, Ivan Crnojević s’enfuit, mais il revient à la suite d’un affaiblissement momentané de la pression turque ; il se replie dans la région de Cetinje, où il crée un monastère (1484) et surtout la première imprimerie en cyrillique. De 1499 à 1514, la région est rattachée au sandjak de Shkodra, mais ensuite elle a pour quelque temps un statut particulier plus autonome, avec à sa tête le fils d’Ivan Crnojević, Skanderbeg ; mais, après la mort de ce dernier, elle est de nouveau rattachée au sandjak de Shkodra. Cependant, la partie montagneuse du Monténégro, en particulier autour de Cetinje, ne sera jamais complètement conquise par les Turcs, qui, toutefois, s’emparent de Cetinje à plusieurs reprises. Les Monténégrins défendent farouchement leur territoire et, au début du xviiie s., organisent le massacre de la population turque ou turcisée (« Vêpres monténégrines »).

Un système particulier de gouvernement s’est établi, une « théocratie », avec comme chef un évêque élu de 1516 à 1697, puis, à partir de cette date, un membre de la famille des Petrović ; l’évêque est assisté d’un gouverneur laïque. Sur le plan extérieur, dès le xviiie s., le Monténégro prend contact avec les Russes, mais l’Autriche n’est pas sans influence, en particulier sur le guvernadur. La « dynastie » des Petrović Njegoš commence avec Petrović Njegoš Danilo (1697-1735), à qui succède Sava (1735-1781) ; à cette époque, un Russe se présentant comme l’empereur Pierre III (Šćepan Mali) prend une certaine autorité dans la région et fait certaines réformes ; mais suscitant la méfiance des grandes puissances (Turcs, Vénétiens, Russes), il est tué en 1773.


La formation de l’État

À la fin du xviiie s., un État commence à apparaître ; sous Pierre Ier (1782-1830), un code des coutumes est établi (1798), et le territoire est agrandi vers le nord-ouest à la suite d’une guerre russo-turque. Le Monténégro essaie toujours de s’implanter dans les bouches de Kotor, mais celles-ci, passées de Venise à l’Autriche au traité de Campoformio en 1797, sont occupées par la France en 1807. Le Monténégro essaie de les arracher aux Français, sans succès, et, en 1813, elles reviennent à l’Autriche, qui les gardera jusqu’en 1918. Sous Pierre II (1830-1851), philosophe et poète, auteur de la Couronne de la montagne, l’organisation de l’État se développe (création d’un Sénat) ; la fonction de guvernadur est supprimée, le tenant de la fonction (Radonjić) étant très austrophile. La lutte contre les Turcs est fréquente, souvent à propos de pâturages (1832). Avec le successeur de Pierre II, Danilo Ier (1851-1860), le pays a pour la première fois un chef civil, Danilo refusant l’épiscopat et devenant prince laïque. L’armée se développe, tandis qu’est établi un système administratif à la place de l’organisation tribale ; en 1855, un nouveau code est adopté, qui, en particulier, s’efforce de lutter contre la vengeance par le sang. Mais ces réformes suscitent des oppositions parmi les tribus et le prince Danilo est tué. Le Monténégro était resté neutre pendant la guerre de Crimée ; à la conférence de Paris, son cas avait été abordé, mais, en raison de l’opposition turque, les grandes puissances avaient seulement accordé leur protection à la principauté, malgré le mémorandum du Monténégro, réclamant indépendance et extension territoriale. Des liens assez étroits s’étaient établis avec la France de Napoléon III, en particulier par l’intermédiaire de l’ambassadeur en Albanie, devenu le premier représentant français à Cetinje (1855). Les Monténégrins continuaient des luttes frontalières avec la Turquie, aidant en particulier les soulèvements dans les régions voisines : ainsi en Herzégovine ; en 1858 les Turcs furent vaincus à Grahovo.

À Danilo Ier succède son neveu Nicolas, qui aura un long règne (1860-1918). La lutte contre les Turcs continue ; l’offensive de Ömer Pacha aboutit à un succès, mais le Monténégro développe une alliance avec la Serbie (en 1866, un traité prévoit pour le prince Nicolas Ier des droits sur la Serbie si le prince serbe Michel III Obrenović mourait sans héritiers). En 1876, lors du soulèvement de la Bosnie-Herzégovine contre la Turquie, il déclare la guerre à cette dernière, suivie par la Serbie ; des victoires sont remportées, et la mer est atteinte ; après la défaite turque devant les Russes, qui s’étaient engagés dans le conflit, les Monténégrins obtiennent au traité de San Stefano (1878) leur indépendance et un agrandissement de territoire vers le nord, avec, en particulier, une partie du sandjak de Novi Pazar ; au congrès de Berlin, au cours duquel les grandes puissances révisent le traité, l’indépendance du Monténégro est confirmée ; on restreint son extension territoriale (le sandjak reste aux Turcs), qui demeure cependant importante (le Monténégro double sa superficie, et sa population augmente de 116 000 hab.). Le prince Nicolas Ier essaie de maintenir de bons rapports avec les grandes puissances européennes, dont il attend souvent une aide financière ; il marie d’ailleurs ses filles et petites-filles avec divers souverains (tsar de Russie, prince de Serbie), ce qui lui vaut d’être appelé le « grand-père » de l’Europe.