Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Monténégro (suite)

L’importance économique de la république reste assez faible. Bien que l’indice de production industrielle ait plus que quintuplé depuis 1952, la production d’électricité n’atteint pas 1 TWh (dont les trois quarts d’origine hydraulique) ; celle de charbon et de lignite ne dépasse pas le million de tonnes. En revanche, les minerais non ferreux sont plus répandus : plus de 300 000 t de bauxite et 170 000 t de plomb et de zinc. Un tiers de la population active est employé dans l’industrie, et un autre tiers dans le commerce et les communications ; quelques milliers d’habitants s’occupent encore d’élevage, d’exploitation forestière et d’agriculture.

Le territoire se partage en deux parties. La montagne représente l’une des régions les plus élevées, les plus massives, les plus isolées de toutes les chaînes dinariques : le Maglić s’élève à 2 400 m, les Komovi à 2 483 m, le Durmitor à 2 522 m, et les Prokletije (formant la frontière albano-yougoslave) avoisinent 2 700 m. C’est la région des hautes surfaces, des pics et des crêtes d’allures pyrénéennes surplombant des cirques glaciaires occupés par des lacs, des profonds cañons enfoncés dans les calcaires. La guerre a ravagé ces hautes montagnes. La vie pastorale, autrefois active sur les katun (cantons d’altitude à la limite supérieure de la forêt), a décliné ; quelques mouvements de transhumance subsistent. La forêt a été dégradée. Le tourisme se développe difficilement, malgré les efforts pour faire de la localité de Žabljak un centre de sports d’hiver. Au nord, dans l’ancien sandjak, en rapport par les vallées avec la Bosnie et le Stari Vlah, quelques villes rassemblent la population. Šuplja Stijena est le centre de l’extraction du plomb et du zinc. La centrale de Muroševića Rijeka fournit la majeure partie du courant de la république.

L’ensemble formé par la vallée de la Zeta, la plaine du lac de Skadar et le littoral constitue le secteur vital. La Zeta, ancien foyer d’un État serbe, est l’axe de développement industriel. Aux entreprises traitant le bois se sont ajoutées l’exploitation de la bauxite, une centrale hydraulique et une aciérie. Les cultures fruitières montent jusqu’à 500 m. Nikšić, au centre d’un poljé karstique, rassemble la population descendue de la haute montagne.

Titograd s’élève non loin des bords du lac, peu profond, asséché, où ont été essayées des cultures de riz et de coton. La majeure partie de la ville a été construite depuis 1945, à proximité de Podgorica, ville médiévale qui avait succédé à une cité romaine. Centre administratif, intellectuel (siège de facultés et de grandes écoles), industriel (tabac, industries alimentaires, mécanique), elle a puisé sa population nouvelle dans toute la république.

La côte, ou Primorje monténégrin, offre au tourisme la douceur du climat typiquement méditerranéen, la beauté des bouches de Kotor, dominées par les hauts sommets karstiques, des plages échelonnées entre celles-ci et la frontière albanaise. Ulcinj et Bar ainsi que Kotor sont équipées pour un tourisme familial et de passage. Un demi-million de visiteurs ont été dénombrés en 1970, parmi lesquels seulement 30 p. 100 d’étrangers, pourcentage qui devrait s’accroître.

L’avenir économique du littoral comme de l’ensemble de la république dépend de l’achèvement de la voie ferrée Bar-Belgrade, très difficilement percée à travers les montagnes dinariques sur près de 500 km. Bar pourrait ainsi devenir un débouché de la Serbie et concurrencer d’autres ports adriatiques.

A. B.


L’histoire


Les origines

Dans l’Antiquité, la région du Monténégro est peuplée de tribus illyriennes, en particulier les Labeati, puis plus tard les Docleati, dont une famille, les Ardiei, crée dans la seconde moitié du iiie s. av. J.-C. un État illyrien, avec le roi Agron, puis sa veuve la reine Teuta ; s’occupant souvent de piraterie, ces tribus entrent en conflit avec les colonies grecques établies sur le littoral dalmate, mais peu sur la côte monténégrine même ; Rome, venue au secours des colonies grecques, soumettra la région, qui sera incluse au iie s. av. J.-C. dans la province de Dalmatie. Au iiie s. apr. J.-C., la division administrative de cette région sous l’empereur Dioclétien entraîne une séparation des bouches de Kotor, au nord, qui restent dans la province de Dalmatie, du sud du Monténégro qui entre dans la province de Prévalitane : cette division aura des répercussions du point de vue ecclésiastique, l’Église, dans le Nord, dépendant du centre de Salone, en Dalmatie, tandis que le Sud sera rattaché à l’Église de Salonique ; le « partage » de l’Empire romain entre « Est » et « Ouest », en 395, suit cette ligne traversant le Monténégro.

Au vie s., la région est soumise par l’empereur byzantin Justinien. À cette époque, les invasions barbares troublent la région ; mais les Slaves viennent aussi s’y établir. Jusqu’au xe s., l’histoire de la région, qui porte toujours le nom de Dioclée, est peu connue ; celle-ci a sans doute été incluse dans l’État du prince serbe Časlav au xe s. ; à la fin du xe s., on mentionne un prince Vladimir (970-1016), vassal de Byzance ; vers 998, la région est envahie par l’empereur macédonien Samuel, qui marie sa fille au prince Vladimir ; après la chute de Samuel, Byzance rétablit sa tutelle. Cependant, on voit se développer au xie s. un État dit de Zeta, dont le prince Stefan Vojislav (1031-1051) lutte contre Byzance ; ce dernier étend sa principauté vers le nord, vers la Serbie (Raška), mais c’est son fils Mihailo (1050-1082) qui reçoit le titre de roi du pape Grégoire VII (1077). Mihailo maintient ces contacts avec Byzance, tout en aidant une révolte en Macédoine (1072) ; en 1089, le pape accepte que l’évêché de Bar devienne archevêché. Le fils de Mihailo, Bodin (1092-1101), étend le royaume de Zeta surtout vers la Bosnie, mais, après sa mort, des querelles dynastiques affaiblissent le royaume de Zeta, dont le souverain ne porte plus, au milieu du xiie s., que le titre de prince ; la principauté, dont le dernier chef est Mihailo, est rattachée vers 1189 à l’État serbe du Moyen Âge, qui commence à s’édifier (Raška). Étienne Nemanja, prince de Serbie, donne la région de Zeta en administration à son fils Vuk ; pendant le Moyen Âge, la Zeta sera ainsi toujours confiée à un membre de la famille royale serbe (un des fils du roi en général), qui, jusqu’en 1242, aura le titre de roi, puis de prince ; en particulier, après l’abdication de son mari, le roi serbe Étienne IV Uroš Ier le Grand, la reine Hélène gouvernera la Zeta pendant trente ans (1276-1306), y fondant de nombreux monastères (bénédictins, franciscains). Sur la côte même, en effet, c’est l’Église latine qui prédomine, avec souvent des chefs d’origine étrangère, dont le plus célèbre est Jean du Plan Carpin (archevêque de Bar [1248-1252]). Les membres de la noblesse des villes de la côte, d’influence latine, auront d’ailleurs un grand rôle dans la diplomatie du royaume serbe du Moyen Âge ; c’est de la Zeta aussi que partiront diverses révoltes conduites par les fils des rois contre leurs pères (Étienne Dečanski contre Étienne VI Uroš II Milutin en 1314, Étienne Dušan contre Étienne VIII Uroš III Dečanski en 1330, puis en 1331).