Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
M

monnaie

Marchandise d’une certaine valeur propre sous un petit volume, relativement homogène, facile à diviser sans perdre de sa valeur, facile à identifier, et destinée à servir d’échange contre toutes autres marchandises, et, par suite, à servir d’étalon et d’unité pour chiffrer la valeur de ces autres marchandises.



Généralités

Depuis les temps les plus reculés, dans les sociétés humaines, le pouvoir politique s’est réservé la fabrication et l’émission de la monnaie.

Les métaux sont particulièrement aptes à constituer cette marchandise de référence, sous forme de pièces de diverses valeurs, aisément identifiables et difficilement imitables. Pendant des millénaires, dans les sociétés évoluées, on a utilisé des alliages cuivreux de métaux précieux, l’or et l’argent, ainsi que des alliages à base de cuivre dénommés bronze. L’époque moderne a vu s’ajouter à cette liste d’autres métaux communs ou alliages de métaux communs, tels que le cupro-aluminium, dit « bronze d’aluminium », le nickel, le cupro-nickel, l’acier doux, l’acier inoxydable et, comme actuellement en France, le cupro-nickel recouvert, par plaquage, de nickel pur ; en des temps de pénurie, on a dû recourir au zinc et à l’aluminium. La désignation monnaie de billon, qui s’appliquait autrefois aux monnaies de cuivre ou de bronze, désigne aujourd’hui la monnaie autre que celle qui est à base d’or ou d’argent.

Le titre d’une monnaie d’or ou d’argent est la proportion de métal précieux entrant dans l’alliage. Exprimé autrefois en carats, le carat valant 1/24, il est donné aujourd’hui en millièmes ou en centièmes, comme sont aussi fixées les compositions des alliages de métaux communs.

Le poids d’une pièce de monnaie est généralement défini en valeur absolue, exprimé en unités de poids du pays émetteur. Autrefois, on notait le poids légal d’une pièce par le nombre de pièces à la livre, c’était la taille de la pièce ; on disait par exemple : « Pièce taillée à tant à la livre. »

La loi fixe pour chaque type de pièce, outre le diamètre :
— le poids légal, ou poids droit, et les tolérances de poids, en plus et en moins, exprimées soit en valeur absolue, soit en millièmes ou en centièmes du poids droit ;
— le titre légal, ou titre droit, pour les pièces en or ou en argent, et la composition normale pour les pièces en alliages de métaux communs, ainsi que les tolérances de titre ou de composition en plus ou en moins.

Le jeu des tolérances conduit à définir, pour chaque type de pièces, le poids fort et le poids faible et, pour les pièces d’or et d’argent, le titre fort et le titre faible, qui fixent les limites dans lesquelles doivent se situer les poids et les titres réels. L’intervalle entre le poids fort et le poids faible est le remède. Quelquefois, à l’occasion de l’émission d’un nouveau type, on fabrique en petit nombre des pièces d’une épaisseur sensiblement double de l’épaisseur normale. Ce sont les pieds-forts, ou piéforts, qui sont offerts aux personnalités et sont très recherchés par les numismates.

Sur chaque face d’une pièce de monnaie, on trouve, en relief sur un plan général appelé champ, les motifs artistiques, effigies, inscriptions, exergues, indications de valeur, millésimes, etc., qui la caractérisent. La face principale est l’avers, l’autre est le revers. (On dit aussi face et pile.) Suivant un usage observé par la plupart des États, les motifs de l’avers et du revers sont d’orientations apposées, contrairement à l’usage adopté pour les médailles, dont les sens haut et bas se correspondent.

Le contour des pièces est le plus souvent circulaire, et sur chaque face il est bordé d’une sorte de bourrelet appelé listel, dont la saillie sur le champ est, en principe, supérieure à celle des motifs : cette disposition est conçue pour protéger ces reliefs contre l’usure par frottement et permettre un empilage ainsi qu’une mise en rouleau faciles. Le listel est parfois orné intérieurement par un grènetis.

La tranche des pièces à contour circulaire est soit lisse, c’est-à-dire exactement cylindrique, soit crénelée (on dit aussi cannelée ou dentelée), ou encore lisse avec une inscription en relief ou en creux. Ces dispositions sont destinées d’une part à donner aux pièces un aspect plus satisfaisant, d’autre part à empêcher le rognage, activité frauduleuse qui consistait à limer les pièces sur la tranche, pour tirer bénéfice de la limaille. Enfin, il a été émis des pièces à contour polygonal, à nombreux pans, des pièces carrées avec angles arrondis et des pièces à trou central carré ou rond.

Les différents sont les petits signes qui apparaissent en relief sur les pièces. Insculpés en creux sur les coins, ils possèdent une signification particulière : c’est ainsi que la corne d’abondance et le flambeau caractérisent respectivement l’atelier monétaire de Paris et le graveur général de cet atelier.

Enfin, le frai est la perte de poids subie par une pièce de monnaie par usure due au frottement dans la circulation.


Fabrication ancienne des monnaies

• On a peu de détails sur les méthodes employées dans l’Antiquité, mais il est vraisemblable que, hormis les cas où on aurait opéré par fusion et coulée directe dans des moules, les procédés de fabrication des monnaies, exclusivement manuels, sont restés sensiblement les mêmes jusqu’au xve s.

• Au Moyen Âge, la fusion s’effectuait au four, dans des creusets en terre pour l’or, en fer ou en fonte pour l’argent et le bronze. Après brassage au moyen de brassoirs, on coulait en lames, ou plateaux, dans des moules, ou lingotières. Ces plateaux étaient amincis à chaud sur enclume et au marteau : c’était battre la chaude. Puis on découpait en morceaux carrés : c’était couper carreaux. Après recuit, on traitait de nouveau sur l’enclume, pour régulariser l’épaisseur, à l’aide d’un marteau spécial appelé flatoir. Les carreaux passaient ensuite à l’ajustage, où des ouvriers, dits « ajusteurs », travaillant à la cisaille à main, approchaient carreaux, c’est-à-dire leur donnaient le poids requis et une forme aussi ronde que possible, qu’on améliorait en frappant sur la tranche pour abattre les pointes laissées par la cisaille de l’ajusteur. On obtenait ainsi les flans (que l’on orthographiait autrefois flaons). Après un recuit et un traitement de surface, les flans étaient prêts pour la frappe, ou mieux, suivant l’expression en usage, prêts pour être battus, d’où l’expression toujours en vigueur : battre monnaie.