Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
M

mode (suite)

Dès 1930, la photographie coexista avec la gravure, avant de la supplanter. Au début, elle ne joua pas vraiment le rôle de document pour la mode : elle s’inspirait de la peinture, et la personnalité photographiée comptait autant que la toilette. La photo de mode acquit un style propre sous l’influence du cinéma et grâce à des photographes tels qu’Edward Steichen, Irving Penn, Man Ray et Richard Avedon (Vogue, édition américaine), David Bailey et Clive Arrowsmith (Vogue, édition anglaise), Hiro (Harper’s Bazaar). Après la Seconde Guerre mondiale, à la photo de style mondain un peu figée, allait succéder, avec l’avènement de la cover-girl, une photo pleine de dynamisme, colorée et vivante, où le décor en extérieur servait de faire-valoir au modèle.

Ainsi conditionnée par tous les moyens au service de la consommation, la femme des années 70 se voit offrir — comme dans un miroir — une multitude d’images toutes plus séduisantes les unes que les autres ; ce n’est plus une robe par jour qu’on lui propose, mais une robe par heure : robe d’hôtesse, de piscine, de terrasse, etc. Selon R. Barthes, « l’effet de nouveauté de la mode reste le produit du pouvoir de consommation ». Placardée sur les murs en affiche, projetée sur les écrans, photographiée dans les journaux, la femme devient elle-même objet de publicité, femme-objet que s’approprie l’industrie de la mode à des fins d’expansion économique.

S. L.

➙ Costume / Habillement.

 H. Vanier, la Mode et ses métiers. Frivolités et lutte des classes, 1830-1870 (A. Colin, 1960). / R. Barthes, Système de la mode (Éd. du Seuil, 1967). / C. Cézan, la Mode, phénomène humain (Privat, Toulouse, 1967). / R. König, Kleider und Leute. Zur Soziologie der Mode (Francfort, 1967 ; trad. fr. Sociologie de la mode, Payot, 1969). / Encyclopédie illustrée de la mode (Gründ, 1970). / B. Du Roselle, la Crise de la mode (Fayard, 1972).

modèle

Système dynamique dont l’évolution, dans une perspective préalablement définie, représente celle de certains aspects d’un autre système considéré comme « objet de connaissance ». (C’est l’équivalent de la connaissance analogique.)


Le premier, André Couffignal a attiré l’attention sur la méthode des modèles en distinguant les simulateurs des modèles et, dans ceux-ci, les modèles dialectiques et les modèles physiques. L’application de la méthode des modèles prise dans une acception large conduit à isoler parmi les innombrables propriétés d’un système trois domaines bien précis : celui des performances, celui de la logique et celui de la technologie. On ne peut établir de relation de sujet à modèle entre deux systèmes que s’il y a au moins une intersection entre leurs propriétés dans le domaine des performances. Cela ne veut évidemment pas signifier qu’ils doivent avoir tous les deux les mêmes performances, c’est-à-dire les mêmes possibilités d’action sur le monde qui les entoure, mais qu’en un point, au moins, ils ont des actions comparables. Dans l’immense majorité des cas, cette comparaison ne sera possible qu’après interprétation de l’une de ces actions par un transducteur. Un modèle de comportement économique d’une population en ce qui concerne une certaine catégorie d’achats ne sera reconnu comme tel que parce que les achats réels correspondront au même nombre comptable que celui qui est obtenu à partir du groupe de fonctions mathématiques constituant ce modèle économique. Quand il existe une fonction modèle entre deux systèmes, elle est réciproque, et c’est l’observateur qui décide du système sujet et du système modèle.

Entre deux systèmes, il peut exister quatre modes d’intersection.

• Les simulateurs purs. Ils ne concernent que les performances. Un link-trainer d’entraînement au pilotage appartient à ce groupe.

• Les modèles vrais. Outre certaines performances, les deux systèmes ont en commun une certaine logique interne, comme dans le cas d’une chaîne de calcul analogique, d’une cuve rhéographique.

• Les substituts. Les intersections intéressent les domaines des performances et de la technologie : par exemple la substitution d’un ordinateur à un calculateur analogique.

• Les répliques. Il y a intersection dans les trois domaines : un meuble construit à une autre échelle, tout faux, artistique ou autre. À la limite il y a la quasi-identité : les pièces de monnaie.

En physique théorique, on distingue volontiers, d’une part, les théories formelles, dont seule la performance est prise en considération et qui n’ont absolument aucune prétention représentative, et, d’autre part, les théories modélistes ou structurelles, qui prétendent à l’approche du réel. La notion de boîte noire correspond au concept de substitut. Le domaine des modèles est celui de l’homomorphie.

Outre cette distinction des modèles en quatre types, il existe trois genres de modèles non exclusifs les uns des autres. Cela mène à cent huit familles théoriques de modèles. D’une part, il existe des modèles physiques et des modèles dialectiques. Si un phénomène aérodynamique constitue le système sujet, une cuve rhéographique en sera un modèle physique, et une équation de Laplace un modèle dialectique. On donne le qualificatif de dialectique à tout modèle constitué par un discours soit en langage naturel, soit en langage scientifique ou mathématique. D’autre part, on établit une différence entre les modèles analogiques et les modèles à opérateurs. Les modèles analogiques fonctionnent spontanément en vertu des propriétés physiques des matériaux qui les constituent (calculatrices analogiques, modèles réduits, etc.). Les modèles à opérateurs n’évoluent que sous l’influence d’agents qui sont extérieurs au modèle élaboré (programme d’une calculatrice digitale).

Enfin, les modèles discursifs et les modèles formels reflètent la différence fondamentale qui existe entre un langage naturel ou une sémiotique et un langage de type mathématique. Le modèle constitué par un discours, c’est-à-dire la représentation d’un événement, d’un fait de la réalité dans un langage introduit à la fois l’imprécision et l’extrême richesse de celui-ci. Les modèles mathématiques introduisent de nouveau la précision dans la modélisation, mais une précision appliquée non au réel, mais à un mythe que l’observateur a cru être la représentation correcte du réel et aussi l’ensemble des représentations importantes vraiment significatives du réel. Dès que le système sujet est suffisamment complexe, le modèle est rapidement infidèle. Mais ces modèles mathématiques, lorsqu’ils sont corrects, ont une vertu généralisante remarquable et sont, de ce fait, des facteurs puissants de connaissance objective, d’imagination et d’invention.