Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Mithra

Divinité indo-aryenne qui apparaît dès le xive s. av. J.-C. dans les textes mitanniens et qu’on retrouve dans le Veda, où elle occupe une place importante, qu’elle perdra au cours de l’évolution de la religion indienne vers le brahmanisme. (Son nom sanskrit signifie « traité ».)


Dans l’Avesta, livre religieux des anciens Perses, Mithra apparaît associé à Varuna et à Ahura-Mazdâ (Ormuzd), la divinité suprême. Il y est lié à la lumière et au Soleil, qui est son « œil », et au taureau, le sacrifice du taureau — principe fécondateur de la terre — par Mithra se retrouvant dans les Veda.

Mithra a dégagé sa personnalité du panthéon indo-aryen primitif, et il semble, selon Franz Cumont, que ce soient les « mages hellénisés » (prêtres persans du mazdéisme*) qui ont créé en Asie Mineure le culte à mystère de Mithra. On offrait alors à celui-ci des sacrifices, et, lors de ces Mithrakana, le 2 octobre au début de l’hiver, le roi exécutait des danses et s’enivrait en l’honneur du dieu.

Ce culte, répandu dans toute l’Asie Mineure, était particulièrement cher aux pirates de la Cilicie, qui, selon l’historien grec Appien, auraient été initiés à ses mystères par les fugitifs de l’armée de Mithridate* VI Eupator, roi du Pont, vaincu par les Romains en 87-86 av. J.-C. C’est au cours des expéditions que Pompée mena contre eux (66 av. J.-C.) que les Romains connurent le culte de Mithra.

Bien que ce fait historique soit rapporté par Plutarque dans sa vie de Pompée, ce n’est qu’à la fin du ier s. de notre ère qu’apparaissent les premiers témoignages d’un culte de Mithra en Italie. C’est aussi vers cette époque que les cultes orientaux vont pénétrer dans l’Occident romain. Pendant le iie s., le mithraïsme, colporté à travers tout l’Empire romain par les marchands et les soldats, se développe et gagne même les empereurs. Au début du siècle suivant, sous le règne de Septime Sévère*, un mithraeum est construit sur l’Aventin, dans ce qui fut la villa de Trajan. Pendant encore près de deux siècles, le mithraïsme continue de s’affirmer, soutenu par les empereurs, notamment Aurélien*, puis Julien* l’Apostat, qui identifie Mithra au Soleil et à Apollon, et cherche à en faire le dieu de l’Empire. Cependant, le christianisme* reste le vainqueur dans la lutte menée contre cette puissante religion, et les lois promulguées par Théodose* Ier en 391-92 interdisent tous les cultes païens, dont celui de Mithra.

Le culte avait lieu dans des chapelles, qu’on préférait si possible à demi souterraines pour imiter les grottes où était originellement vénéré le dieu. Le sanctuaire était en général précédé d’un « pronaos » où l’on conservait les objets du culte et où l’on revêtait les habits rituels ; il était lui-même constitué par un couloir central et deux banquettes latérales. Au fond, contre la paroi ou dans une niche était placé le relief du dieu, coiffé du bonnet phrygien, égorgeant le taureau. Les cérémonies du culte se déroulaient dans le couloir central, et les fidèles étaient couchés sur des coussins disposés sur les banquettes. Des peintures pouvaient orner les parois latérales et le plafond. De nombreux sanctuaires ont été retrouvés à Londres, à Mérida, à Deutsch-Altenburg (Autriche), dans les Balkans et surtout dans les ports, comme Ostie, et à Rome.

Le dieu est représenté entouré d’autres divinités (le Soleil, la Lune, les « Cautès » — personnifiant l’aurore et le lever du Soleil —, les « Cautopatès » — personnifiant le crépuscule et le coucher du Soleil —, Saturne, Éon [l’Éternité]) et d’objets ou d’animaux symboliques (torches, arcs et flèches, coqs, lions, chiens, taureaux...).

Le secret du mystère laisse pour nous dans l’ombre de nombreux aspects des cérémonies et de l’enseignement. Comme tous les cultes à mystère, l’initiation assurait aux fidèles la vie éternelle après une régénérescence.

Il y avait une période de noviciat, pendant laquelle on enseignait quelques éléments du culte, puis venait l’initiation, qui comprenait diverses épreuves et le taurobole, sacrifice du taureau au-dessus de l’initié, qui recevait le baptême du sang régénérateur. « Tu nous sauvas en répandant le sang donneur d’éternité », dit une inscription du mithraeum de Sainte-Prisque à Rome. Il y avait ensuite sept degrés d’initiation : on était Corbeau (Corax), Épousé (Nymphus), Soldat (Miles), Lion (Léo), Perse (Perses), Héliodrome (« Courrier du Soleil ») [Heliodromos], Père (Pater).

On connaît assez mal les divers rites, mais nous savons qu’on faisait des offrandes au dieu et qu’on participait à des banquets rituels. Les initiés étaient en général des hommes, mais il semble que certaines communautés aient accepté des femmes.

On a accusé les mithraïstes de pratiquer des sacrifices humains, mais il est démontré qu’il n’en fut rien et que cette religion présentait sans nul doute une haute tenue morale.

G. R.

 F. Cumont, les Mystères de Mithra (Lamertin, Bruxelles, 1900) ; les Religions orientales dans le paganisme romain (Leroux, 1906) ; Mithra et l’orphisme (Leroux, 1934). / C. Autran, Mithra, Zoroastre et la préhistoire aryenne du christianisme (Payot, 1935). / Corpus inscriptionum et monumentorum religionis Mithriacae (La Haye, 1956-1960 ; 2 vol.). / M. Vermaseren, Mithra, ce dieu mystérieux (trad. du néerl., Sequoia, 1960). / H. Brandenburg, Studien zur Mithra (Munster, 1966). / L. A. Campbell, Mithraic Iconography and Ideology (Leyde, 1968).

Mithridate VI Eupator, dit le Grand

(v. 132 - Panticapée 63 av. J.-C.), roi du Pont (111-63), descendant du fondateur du royaume par une lignée de souverains dont la plupart portèrent le même nom.


À la mort de son père, assassiné, il avait onze ans. Proclamé roi, il fut évincé par sa mère, Laodice, qui essaya même de le faire mourir. Il s’enfuit et vécut dans les monts Paryadrês, en homme traqué et en pleine sauvagerie, ce qui devait le marquer pour sa vie entière. Vers 112, il réapparut à Sinope, y provoqua une révolte, fit jeter sa mère en prison et périr son frère Chrestos. Maître du Pont, il ambitionna de conquérir l’univers. Il eut bientôt l’occasion de mettre sous son protectorat les colonies grecques de Chersonèse Taurique et du Bosphore cimmérien, qui avaient imploré son secours contre les Scythes (110-107). Il s’acquit une renommée de sauveur des Grecs. Il conquit ensuite la Colchide, qui lui fournit du bois, du lin et du chanvre pour ses vaisseaux, puis la Petite Arménie, une partie de la Paphlagonie et de la Galatie ainsi que la Cappadoce, qu’il donna en royaume à son fils, qui prit le titre d’Ariarathês VIII. Rome, inquiète de ces progrès, intrigua, incita la Cappadoce à se libérer, et Mithridate dut s’incliner devant la volonté du sénat. Mais, hostile de longue date aux Romains, il se prépara à leur faire la guerre. Un conflit avec son ancien complice et voisin Nicomède III de Bithynie précipita les choses, et la guerre éclata en 88. Les Romains furent battus, et les cités d’Asie accueillirent Mithridate comme un libérateur. Celui-ci fit massacrer les ressortissants romains, qui, un peu partout, fonctionnaires ou commerçants, pillaient le pays conquis. Son ordre fut exécuté avec ponctualité et fit 80 000 victimes. Les villes et le roi se partagèrent leurs richesses. La Grèce d’Europe se déclara en faveur de Mithridate et l’accueillit, sans se soucier du proconsul de Macédoine, aux prises avec les Thraces. Athéniens et Pontiques débarquèrent à Délos, où ils massacrèrent encore des milliers d’Italiens. L’emprise de Rome était anéantie. À Pergame, Mithridate data ses monnaies d’une ère nouvelle. Mais, au printemps 87, le Romain Sulla* débarqua en Épire avec ses légions, assiégea et prit Athènes (87-86), puis battit les armées de Mithridate à Chéronée et à Orchomène. Le roi de Pont se trouva lâché par les villes d’Asie, qui se plaignaient d’avoir seulement changé de maître, et sa tentative de s’y multiplier des alliés en y affranchissant les esclaves avait échoué. Il dut restituer ses conquêtes et payer 2 000 talents (paix de Dardanos, 85).