Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
M

missions (suite)

Depuis quelques années, les progrès de ce que l’on appelle la « sécularisation de la pensée religieuse » ont modifié la notion traditionnelle des « pays de mission » en l’étendant à des portions parfois considérables de régions ou de couches sociales dites « postchrétiennes ». À l’occasion d’une conférence internationale missionnaire tenue à Lyon en novembre 1972, le pape Paul VI a donné une réponse ferme et précise aux incertitudes causées par des théories nouvelles sur la nature essentielle de la mission dans l’Église catholique : « La mission connaît aujourd’hui des difficultés sérieuses. Elle est bloquée en certaines régions pour des causes extérieures à l’Église, qui n’y connaît pas la liberté qu’elle serait en droit d’attendre. Elle manque aussi d’ouvriers et de ressources. Mais ce qui serait plus redoutable, ce serait l’affaiblissement de la conscience missionnaire du peuple chrétien, lui-même aggravé par une incertitude, voire par un criticisme exacerbé. »

Après avoir sommairement résumé les accusations qui « ne sont pas toujours totalement dénuées de fondement et méritent examen », mais qui « ne sont pas non plus sans ambiguïté, parfois même sans injustice », le pape rappelle que « l’Église est missionnaire par mandat de son Seigneur, et par sa nature même, comme sacrement universel de salut [...] dans l’humilité et le respect de la liberté religieuse bien comprise ; elle n’est ni contrainte ni propagande indiscrète ; elle est témoignage actif. Elle vise à susciter la foi, à rassembler les croyants en communautés chrétiennes, les invitant à leur tour à témoigner, bref à enraciner l’Église dans tous les milieux. »

Actuellement, un nouveau problème se pose de manière aiguë, celui du développement économique, technique et culturel. « Il serait aussi périlleux de confondre évangélisation et développement que de les opposer. Toutes les valeurs de justice, de paix, de respect des personnes et des minorités, d’harmonisation des diversités culturelles et raciales, que les chrétiens doivent reconnaître, admirer, promouvoir avec les autres, sont susceptibles de conduire à leur véritable source qui est Dieu. » Mais limiter volontairement l’action missionnaire à ces seuls aspects serait manquer gravement non seulement à la vocation de l’apôtre, mais aussi à l’aspiration qui surgit des profondeurs du cœur humain, et en définitive mener l’homme vers une impasse.

H. B.-M.

 Bibliotheca missionum (Fribourg-en-Brisgau, 1916-1971 ; 28 vol.). / Bibliographia missionaria (Rome, 1935-1972 ; 36 vol.). / P. Charles, les Dossiers de l’action missionnaire (Louvain, 1938). / H. de Lubac, le Fondement théologique des missions (Éd. du Seuil, 1946). / A. Rétif, Introduction à la doctrine pontificale des missions (Éd. du Seuil, 1953). / S. Delacroix (sous la dir. de), Histoire universelle des missions catholiques (Gründ, 1956-1959 ; 4 vol.). / A. M. Henry, Esquisse d’une théologie de la mission (Éd. du Cerf, 1959). / H. Kraemer, Theology of the Laity (Philadelphie, 1959 ; trad. fr. Théologie du laïcat, Labor et Fidès, Genève, 1966). / G. de Vaumas, l’Éveil missionnaire de la France au xviie siècle (Bloud et Gay, 1959). / Vers une Église pour les autres (Labor et Fidès, Genève, 1966). / P. J. de Menasce, Permanence et transformation de la mission (Éd. du Cerf, 1967).

Mississippi (le)

Fleuve d’Amérique du Nord.


Son bassin, presque totalement compris aux États-Unis, couvre 3 220 000 km2, le tiers de la superficie de ce pays. Le Mississippi lui-même n’a que 3 780 km de longueur, mais son principal affluent, le Missouri, constitue avec le Mississippi inférieur, en aval de la confluence, une artère fluviale de 6 210 km. La pente moyenne du fleuve, dont la tête est à 450 m d’altitude, est très faible ; en aval de la confluence du Missouri, elle est même si faible que la montée printanière des eaux met plus d’un mois pour parcourir les derniers 1 500 km.

Le régime du Mississippi comporte de hautes eaux en avril (fonte des neiges et pluies) et en juin (pluies de climat continental). L’apport du Missouri ne le modifie pas, mais double le débit moyen, porté à 6 000 m3/s. L’Ohio, rivière de 2 000 km, grossie par les eaux du Tennessee, doit à des pluies généreuses (1,5 m à plus de 2 m dans les Appalaches) et à des pentes fortes un écoulement abondant et rapide. Son débit, près de 8 000 m3/s, dépasse celui du fleuve, qu’il repousse jusqu’à 90 km vers l’amont lors de ses puissantes crues. Il impose son régime au Mississippi : des hautes eaux de saison froide décalées vers le printemps (neige), un étiage en octobre et en novembre. Après avoir reçu l’Arkansas (2 350 km ; 1 800 m3/s) et divers affluents venus du plateau Ozark, le fleuve entre dans le delta avec un débit de près de 20 000 m3/s environ dix fois le Rhône à Beaucaire) ; les hautes eaux sont en avril et surtout en mai (arrivée du flot d’amont) ; le minimum a lieu de septembre à décembre.

Le Mississippi est célèbre par ses crues puissantes et catastrophiques étalées dans une large vallée alluviale. Des pluies prolongées et extensives, elles que les flots de crues se conjuguent, sont la cause de ces désastres. Le principal responsable en est l’Ohio, quoique son affluent majeur, le Tennessee, soit maîtrisé par une série d’ouvrages importants.

Dans son cours inférieur, le fleuve décrit de nombreux méandres divagants (ils triplent sa longueur), souvent recoupés ou déplacés par les crues ou simplement les hautes eaux. Des bayous (affluents empruntant souvent leurs eaux à la nappe alluviale alimentée par le fleuve lui-même) forment entre eux et avec ce dernier un réseau enchevêtré. Le delta est un domaine amphibie, parcouru également par des bayous, dont certains sont d’anciens bras deltaïques. En période de crue, les eaux fluviales sont visibles jusqu’à 40 km en mer.

De tout temps, on s’est protégé des inondations du Mississippi en construisant des digues. On a corrigé des tracés, coupé des méandres pour faciliter la navigation. Jusqu’à la construction des voies ferrées qui ont orienté les échanges économiques dans le sens est-ouest, le Mississippi et ses affluents ont joué un grand rôle comme voie de communication pour les régions riveraines de l’Ohio et les États en formation à l’ouest du fleuve.