Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
M

missile (suite)

Pour remplacer ces missiles élaborés un peu hâtivement face au missile gap, se poursuivait la mise au point d’un nouveau missile, engin strictement militaire, le « Minuteman », de trois étages à propergols solides, tiré à partir d’un silo. De même le « Polaris 1 », puis le « Polaris 2 » et le « Polaris 3 » sont en voie d’être remplacés par les « Poséidon », qui nécessitent un aménagement spécial du sous-marin. Le nombre de missiles stratégiques américains a atteint un plafond dès 1967 avec 1 054 « ICBM » (dont 1 000 « Minuteman ») et 656 « SLBM » (sur 41 sous-marins). Simultanément, la précision et les aides à la pénétration se sont perfectionnées et ont été introduites les charges multiples permettant d’affecter à chaque missile plusieurs objectifs distincts avec les « MIRV » (Multiple Independently targetable Reentry Vehicle). Ceux-ci dispersent sur une plus grande surface un certain nombre de charges qui, réunies sur un seul point, ne feraient que produire une « surdestruction ».

• Du côté soviétique, le secret le plus absolu couvre l’arsenal des missiles. L’O. T. A. N. a dû leur donner des noms de code. Seuls les deux défilés annuels de la place Rouge à Moscou permettent de connaître leurs caractéristiques apparentes et d’en évaluer leurs performances, à l’exception, toutefois, d’un missile homologue du « Minuteman », qui n’a jamais figuré dans les défilés, mais qui fut repéré par les satellites d’observation américains. En ce qui concerne l’évolution des missiles stratégiques, il est généralement admis qu’après avoir surclassé en portée les Américains, les Soviétiques ont été en retard en ce qui concerne les calculateurs et les propergols solides. Actuellement, la protection en silos et le lancement à partir de sous-marins en plongée ont presque partout remplacé le lancement à partir de plates-formes mobiles. Les portées des missiles intercontinentaux, connues par les essais dans le Pacifique, sont du même ordre de grandeur que celles des missiles américains. Alors que les Américains ont abandonné les missiles de portée moyenne et intermédiaire, les Soviétiques ont dû les conserver face à l’Europe et à la Chine.


Les missiles stratégiques français

La France est la troisième nation dotée de ses propres missiles stratégiques à tête nucléaire. Un programme de recherche et d’expérimentation a été poursuivi de 1960 à 1967 avec le moteur-fusée à propergols solides « Saphir » », dont le premier lancement d’essai a eu lieu en 1965. En 1963 était mis en route un programme de deux « IRBM », l’un sol-sol-balistique-stratégique (« SSBS »), lancé de silo, et l’autre mer-sol-balistique-stratégique (« MSBS »), lancé de sous-marin à propulsion nucléaire. Opérationnels dès 1971, ces « IRBM » arment respectivement en 1972 deux escadrons de neuf missiles en silos sur le plateau d’Albion et deux sous-marins (le Redoutable et le Terrible), porteurs chacun de seize missiles. Les « IRBM » français ont les caractéristiques suivantes :
— « SSBS » : 2 étages à poudre P 16 (16 t de poudre) et P 10, longueur 18 m, diamètre 1,50 m, poids 30 t, portée supérieure à 3 600 km ;
— « MSBS » : 2 étages à poudre P 10 (identique au deuxième étage du « SSBS ») et P 4, longueur 10 m, diamètre 1,50 m, poids 18 t, portée supérieure à 2 700 km. (Un modèle amélioré dit « M2 », dont la portée atteindrait 3 000 km, a été mis à l’étude en 1972.)

Leur guidage inertiel commande l’injection de fréon dans les tuyères. Leur charge nucléaire, respectivement d’une puissance de 500 kt pour le « SSBS » et de 150 kt pour le « MSBS », doit être ultérieurement remplacée par une charge thermonucléaire.


Les autres nations

La Grande-Bretagne possède quatre sous-marins à propulsion nucléaire lanceurs de missiles, mais ces derniers (« Polaris A-3 ») lui sont fournis par les États-Unis, à l’exclusion de la tête nucléaire, qui est de fabrication anglaise. En dehors de la Chine, qui, après avoir bénéficié jusqu’en 1959 de l’aide de l’U. R. S. S., met au point son propre programme, aucune autre nation ne préparait en 1973 la construction de missiles stratégiques.


Les missiles tactiques

En raison de la précision que leur confère le guidage, les missiles tendent, depuis 1960, à remplacer les roquettes comme projectiles de tir tactique dans les armées de terre, de mer et de l’air. Le nombre des modèles réalisés étant beaucoup plus important que celui des missiles stratégiques, il n’est possible d’évoquer brièvement ici que les principaux d’entre ceux qui existaient en 1973.

• Les missiles tactiques terrestres prolongent l’action de l’artillerie. Tirés de transporteurs-érecteurs chenilles, propulsés par propergols solides et dotés d’un guidage inertiel, les missiles « Sergeant » (1962), « Pershing » (1963) et « Lance » — qui, en 1971, a remplacé la roquette « Honest John » —, de portées maximales respectives de 135, 720 et 50 km, sont en service dans l’armée américaine (le « Sergeant » et le « Pershing » arment également les unités de la Bundeswehr).

Dans l’armée soviétique, qui a conservé les roquettes « Frog » (1957-1967) pour les faibles portées (120 km), le missile « Scud », de type B (portée de 700 à 800 km), à propergols liquides stockables, a figuré en 1965 à la parade de Moscou sur transporteur-érecteur à roues.

L’armement nucléaire français est complété depuis 1973 par le missile tactique « Pluton ». Transporté sur un châssis de char « AMX 30 », d’une longueur de 6,60 m, d’un diamètre de 0,60 m et d’un poids au lancement de 2,4 t, ce missile est à propergols solides et guidé par inertie. Sa portée s’étend de 12 à 130 km, et sa tête nucléaire serait de l’ordre de 10 à 15 kt.

• Les missiles antichars doivent leur efficacité à leur guidage, généralement commandé par fil, et surtout à leur système autodirecteur ; le « Shillelagh » américain est le premier missile à guidage laser. En service dans presque toutes les armées, ces missiles sont de construction nationale ou sont achetés au pays producteur. Ainsi, le « SS-11 » français (28 kg, portée 3 500 m) a été adopté par l’armée américaine ; le « Hot » et le « Milan », mis au point à partir de 1963, résultent de la coopération franco-allemande. Les troupes égyptiennes sont dotées du « Snapper » soviétique, et le « Vigilant » anglais équipe les forces finlandaises. L’Allemagne fédérale a réalisé son propre missile antichar « Cobra ».

• Les missiles des marines militaires arment aussi bien les bâtiments de surface que les sous-marins. La marine américaine est équipée depuis 1961 de l’« Asroc », lancé de bâtiments de surface, et depuis 1965 du « Subroc », lancé de sous-marins qui, en fin de parcours, se comportent en torpilles autoguidées.

L’U. R. S. S., de son côté, dispose du missile aérodynamique à longue portée (360 km) « Shaddock » et du missile à faible portée (36 km) « Styx », qui arme les vedettes du type « Komar » : c’est avec l’un de ces derniers que les Égyptiens ont coulé, le 21 octobre 1967, le destroyer israélien Eilath.

Quant à la marine française, elle est dotée depuis 1971 du missile mer-mer « Exocet », d’une portée de 36 km, et du missile anti-sous-marin « Malafon », d’une portée de 18 km.