Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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migrations animales (suite)

Quant à la longueur du trajet à parcourir, elle est réglée par la durée d’un « état physiologique de migration » déclenché et entretenu par un processus endocrinien contrôlé par l’hypophyse. Si l’Oiseau vole à une vitesse à peu près constante, la durée de cet état correspond à la distance qui sépare l’aire d’origine de l’aire de destination : l’impulsion migratoire tarit au moment où l’Oiseau arrive au but.

Lorsqu’ils survolent des régions hospitalières où ils peuvent se reposer et se nourrir à tout moment, le problème des ressources énergétiques ne se pose pas. Mais les longs vols soutenus que nécessite pour les Oiseaux terrestres la traversée des mers et des déserts impliquent d’importantes réserves, dont le stockage pose des problèmes pour de petits organismes qui ont avantage à être le plus légers possible. La traversée du Sahara au printemps par exemple nécessite des vols ininterrompus de 50 à 60 heures que d’aussi petits Oiseaux que les Fauvettes et les Gobe-Mouches effectuent régulièrement. L’énergie requise pour de telles performances est accumulée dans les tissus de l’Oiseau, juste avant la migration, sous forme de graisses (jusqu’à 50 p. 100 du poids total de l’Oiseau). Connaissant les taux métaboliques des Oiseaux migrateurs et les équivalents caloriques de ces lipides, on a pu calculer qu’un Oiseau de 20 g ayant 10 g de graisses dans ses tissus pouvait parcourir d’une traite 3 000 km si son taux métabolique au cours de ce vol est deux fois le taux de maintenance.


Les mobiles de la migration et les grandes zones d’hivernage des Oiseaux

Quelle que soit l’ampleur dans l’espace et dans le temps des mouvements migratoires chez les Oiseaux, leur cause première est toujours la variation saisonnière des ressources offertes aux animaux par le milieu. L’Oiseau sera obligé de migrer chaque fois qu’il ne sera pas assez souple pour modifier son régime alimentaire en fonction des disponibilités du moment, ou quand la seule nourriture à laquelle il est adapté disparaît complètement. Les migrations ne sont donc pas un luxe ou une quelconque fantaisie de la nature ; elles sont une impérieuse nécessité pour la survie des espèces. Ne migrent que les Oiseaux à qui ce comportement procure une réelle diminution du taux de mortalité ou de meilleures conditions de reproduction.

Quant au déclenchement proprement dit de la migration, il est provoqué par un ensemble complexe de facteurs dont certains sont exogènes (diminution de la durée des jours, baisse de la température), d’autres endogènes (état endocrinien de l’Oiseau). Leur conjonction déclenche l’état physiologique de migration, qui stimule tout d’abord l’Oiseau à accumuler des réserves par un comportement d’hyperphagie, prélude au grand voyage.


Les migrations d’Oiseaux dans l’Ancien Monde

Pendant l’hiver boréal, les Oiseaux eurasiatiques se dispersent, en fonction de leurs caractéristiques écologiques et éthologiques, depuis l’Europe occidentale jusqu’aux régions intertropicales et même australes de l’Afrique. En règle générale, les Oiseaux sont d’autant plus migrateurs qu’ils ont besoin d’une nourriture plus active et immédiatement disponible : plancton aérien pour les Hirondelles, Insectes actifs du feuillage pour les Gobe-Mouches.

Les trois grandes régions réceptrices que sont la façade atlantique de l’Europe, le bassin méditerranéen et l’Afrique tropicale hébergeront en hiver des espèces différentes.

L’Asie tropicale étant inhospitalière pour la plupart des espèces paléarctiques, l’Afrique est le refuge nécessaire de la plupart des migrateurs au long cours, et nombre d’entre eux viennent d’aussi loin que la Sibérie. Vu globalement, le phénomène se présente, tel le flux et le reflux d’une immense marée, comme une compression des avifaunes dans les régions chaudes en hiver, suivie d’une dilatation dans les régions tempérées et froides en été. Les migrations transcontinentales d’Oiseaux ne signifient pas échanges périodiques d’avifaunes entre deux régions, mais accumulation en certains secteurs tandis que d’autres se vident plus ou moins complètement. Cela provoquerait évidemment une sérieuse compétition entre espèces migratrices et espèces indigènes si, par l’effet d’ingénieux mécanismes écologiques, les différentes avifaunes en présence, loin d’être compétitives, n’étaient complémentaires dans l’utilisation des ressources. Les Oiseaux migrateurs constituent donc un immense peuplement « flottant » oscillant au rythme des saisons d’un continent à l’autre. La variété de l’avifaune d’un milieu est de ce fait tributaire de la présence lointaine d’autres habitats où les ressources s’élargissent en d’autres saisons.


Évolution des migrations à l’échelle géologique

Il est hautement probable que les migrations sont aussi anciennes que les Oiseaux eux-mêmes. Toutefois, les grands bouleversements climatiques du Quaternaire ont considérablement transformé le système des migrations dans l’Ancien Monde, et ce sont eux qui ont façonné son visage actuel. Outre les nombreuses extinctions qu’elles ont provoquées, les vicissitudes climatiques ont raccourci les migrations des Oiseaux paléarctiques lorsque les conditions arctiques de l’Europe eurent refoulé les faunes dans des refuges plus méridionaux (l’actuel Sahara). Inversement, le réchauffement survenant pendant les périodes interglaciaires a permis une lente reconquête des territoires perdus à partir des refuges africains, tandis que l’assèchement progressif et récent du Sahara contraignait les Oiseaux migrateurs à parcourir des distances de plus en plus grandes. Les conditions géographiques et climatiques actuelles sont probablement les plus exigeantes que les Oiseaux modernes aient connues, sous le rapport des trajets à parcourir.

Les vicissitudes climatiques du Quaternaire ne représentent guère pourtant qu’un centième de la durée de vie de la classe des Oiseaux. Les climats et par conséquent les milieux et les animaux étant en constante évolution, le comportement migratoire apparaît, disparaît ou évolue au gré des pressions de sélection, sous l’effet desquelles les animaux s’adaptent à leur milieu pour survivre s’ils y parviennent.

J. B.