Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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migration (suite)

Sous ce nouvel éclairage, l’exode rural prend une autre signification. Les paysans ont pendant des siècles joué le rôle de protecteurs spontanés de l’environnement. Ils ont respecté et utilisé une multitude de micromécanismes écologiques qui assuraient une certaine régulation du rapport de l’homme avec la nature. L’agriculture industrialisée a prétendu ignorer toutes ces lois. On en voit déjà les conséquences avec la dégradation des terres nord-américaines. Là où il a fallu des siècles pour constituer un sol riche, il faut quelques dizaines d’années pour que rendement et commercialisation désertifient des régions entières. Le transfert vers les villes au rythme où il se fait actuellement prépare inéluctablement un désagréable réveil écologique.


Migrations et aggravations des déséquilibres

Pour la région de départ, comme pour le pays fournisseur de migrants, les conséquences démographiques sont le déséquilibre dans la répartition des sexes, la baisse de la natalité, le vieillissement de la population. D’où une diminution de l’esprit d’entreprise avec ses conséquences socio-économiques. Comme les « meilleurs » partent, la sélection entre migrants et sédentaires va dans un sens défavorable à la région. Quand l’augmentation de la surface cultivable permet à chacun une amélioration de son revenu, il y a certainement gain. Mais, en contrepartie, les paysans rentrent dans le circuit de la commercialisation avec priorité au rendement et à la production en quantité plus qu’en qualité. Dans notre société, où les liens d’interdépendance sont plus puissants que jamais, les protestations des associations de consommateurs contre la dégradation de la qualité des produits alimentaires renvoient finalement au statut de l’agriculture et au problème des modalités actuelles de l’exode rural. Non seulement il existe un seuil de population au-dessous duquel une région meurt, car on ne peut plus y maintenir des écoles, une infrastructure et des équipements, mais une contrée vide dissuade les immigrants citadins ou ruraux de s’y installer.

La France de demain sera-t-elle une grande masse urbaine enserrant des zones d’agriculture industrialisée vouées au rendement et à la loi quantitative de l’offre et de la demande ? Si c’était le cas, les maigres parcs nationaux encore préservés n’empêcheraient pas que nous subissions les conséquences du dérèglement écologique où nous conduisent l’urbanisation incontrôlée et l’exploitation outrancière de ce qui reste de nature. De même, au niveau international, le développement de la migration économique des pays pauvres, qui accentue leur retard, contribue à aggraver une série de déséquilibres démographiques, socio-économiques et finalement culturels et politiques. Le cumul de ces déséquilibres rend la situation actuelle extrêmement fragile, malgré les apparences de bonne santé de notre société de consommation. À l’heure où nous devenons tous migrants par la mobilité professionnelle ou résidentielle, la problématique des migrations ne peut que nous renvoyer à cette interrogation fondamentale sur l’orientation de la société elle-même.

B. G.

 B. Granotier, les Travailleurs immigrés en France (Maspero, 1970 ; nouv. éd., 1976). / P. Merlin, l’Exode rural (P. U. F., 1971). / A. Zehraoui, les Travailleurs algériens en France (Maspero, 1971). / P. et P. Calame, les Travailleurs étrangers en France (Éd. ouvrières, 1972). / J. Pitié, Exode rural et migrations inférieures en France. L’exemple de la Vienne et du Poitou-Charentes (Klincksieck, 1972). / P. Aydalot et J.-P. Gaudemar, les Migrations (Gauthier-Villars, 1973). / J. Minces, les Travailleurs étrangers en France, enquête (Éd. du Seuil, 1973). / P. George, les Migrations internationales (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1976).
On peut également consulter la revue Population, publiée par l’Institut national d’études démographiques, et la revue Économie et statistique, publiée par l’I. N. S. E. E.

migrations animales

Déplacements cycliques effectués, selon un rythme annuel, entre deux aires de subsistance saisonnières, par divers animaux.



Fonction biologique

On réserve le nom de migration aux mouvements présentant une périodicité constante, généralement réglée sur celle des saisons, et suivis d’un retour, par les mêmes itinéraires ou non, au lieu d’origine, contrairement aux phénomènes d’erratisme, d’émigration, d’invasion ou de dispersion. La fonction biologique des migrations est d’assurer aux animaux les moyens de survivre ou de croître dans un ensemble de milieux dont chacun présente des caractéristiques écologiques complémentaires de celles des autres. Chez les Poissons, les migrations se déroulent souvent entre des aires de ponte et des aires de croissance. Les Mammifères et les Oiseaux migrent pour éviter les risques de disette pendant les périodes les plus défavorables du cycle annuel (hiver, sécheresse prolongée). Dans les régions marquées par une alternance prononcée des saisons, la fuite sous des climats plus cléments à l’approche de la saison cruciale n’a pu apparaître au cours de l’évolution que chez les animaux doués de moyens de locomotion suffisamment rapides pour qu’ils puissent couvrir de vastes espaces en peu de temps et moyennant des dépenses énergétiques modestes. Dans les milieux terrestres, les vraies migrations sont surtout répandues chez les Vertébrés supérieurs à sang chaud, qui supportent particulièrement mal l’excès de froid ou de chaleur et un manque temporaire de nourriture. Mis à part les Poissons marins, dont certaines espèces entreprennent des migrations considérables, les vraies migrations sont rares chez les animaux à sang froid, qui, sauf quelques familles de Lépidoptères et de Diptères, ont résolu le problème de la survie hivernale par l’hibernation, l’engourdissement et la mise au point de différentes formes de résistance. C’est donc chez les Vertébrés à sang chaud, Mammifères et surtout Oiseaux, que les vraies migrations sont les plus répandues.