Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
M

migraine (suite)

À ces troubles visuels caractéristiques peuvent s’associer d’autres signes annonciateurs de la crise : des troubles sensitifs (modification de la sensibilité tactile des extrémités ou de la face) ; des troubles aphasiques (difficultés transitoires de la prononciation) ; des troubles sensoriels (surdité d’un côté, hallucinations touchant l’audition ou l’olfaction). Ces troubles divers sont évidemment variables selon les malades, mais leur groupement est assez constant pour un même malade, qui sait ainsi parfaitement reconnaître les signes annonciateurs de la crise.

Au bout de dix à vingt minutes, ces prodromes s’estompent et font place à la seconde phase, douloureuse. Le mal de tête est d’abord susorbitaire, puis s’étend à une moitié du crâne. Parfois, il gagne le côté opposé. Cette céphalée est intense, pulsatile, prolongée, et s’accompagne de troubles digestifs évoquant le mal de mer. À ce stade, on peut observer quelques signes discrets : pâleur du visage, à laquelle succède une rougeur et parfois même un œdème (gonflement) des paupières. Il peut exister d’autres perturbations qui attestent de l’importance des manifestations neurovégétatives : troubles de la sudation, écoulement nasal, larmoiement...

La crise évolue vers la disparition des signes en quelques heures sans aucune séquelle, mais la survenue de récidives est très habituelle.

Tels sont les caractères de la crise typique et complète de migraine, mais il existe des formes moins suggestives. Certaines ne possèdent que quelques-uns des prodromes. Ailleurs, la crise ne dépasse pas le stade des prodromes, et la douleur n’apparaît pas. Dans d’autres cas enfin, la céphalée peut faire son apparition d’emblée, sans être précédée de la phase sensorielle précédemment décrite.

C’est surtout dans ces formes moins typiques qu’il faudra, avant de retenir le diagnostic de migraine, s’assurer qu’il ne peut s’agir de maux de tête d’origine oculaire (troubles de réfraction mal corrigés, glaucome, etc.), dentaire, sinusienne, rachidienne, d’une névralgie faciale, d’une tumeur cérébrale, etc.


Mécanisme

Le mécanisme même de la migraine reste encore discuté. La fréquence des troubles digestifs associés (vomissements bilieux notamment), le déclenchement possible par certains aliments réputés pour leur action sur la vésicule biliaire (œufs, chocolat) ont fait envisager le rôle possible de l’arbre biliaire dans le déclenchement de la migraine.

Il est exact que la lithiase* biliaire est plus fréquente chez les migrainaux que dans la population courante. Par contre, la survenue des migraines précède habituellement de nombreuses années la découverte des calculs vésiculaires, et l’ablation chirurgicale de la vésicule biliaire n’empêche pas la réapparition des accès de migraine.

Il est certain aussi que la mise en tension provoquée des voies biliaires par certains médicaments déclenche chez de nombreux migraineux la survenue d’une crise. Par contre, les médicaments qui relâchent la tension des voies biliaires n’interrompent pas la migraine. Quand celle-ci est déclenchée, elle poursuit invariablement son évolution pour son propre compte. Puisqu’on ne trouvait pas de relation de cause à effet évidente entre troubles biliaires et migraine, on a proposé de les considérer comme simultanés et dus tous deux à des perturbations vaso-motrices particulières. On a en effet pu observer chez les migraineux une phase de décoloration des selles dans les jours précédant la crise, cette décoloration étant due à une diminution du flux biliaire. Inversement, il y a souvent, au cours de l’accès de migraine, une brusque décharge de bile, abondante et concentrée, qui peut faciliter les vomissements bilieux.

Restent à expliquer les raisons de cet « orage » vaso-moteur touchant le territoire céphalique et le territoire hépato-biliaire : l’hypothèse d’une libération successive de catécholamines (v. neurovégétatif) et de sérotonine n’est pas prouvée. Le rôle des hormones génitales féminines est probable (attesté par les migraines survenant régulièrement au moment des phases menstruelles), mais tantôt les hormones œstro-progestatives espacent les crises, tantôt elles semblent les provoquer. Seule la notion d’un terrain migraineux particulier paraît unanimement reconnue.

C’est en tenant compte de ces différents facteurs possibles que le médecin peut aider au traitement des migraines, dont l’objectif principal est surtout la prévention des récidives. Il n’y a donc pas un traitement de la migraine, mais des traitements adaptés à chaque cas du terrain migraineux.

J. C. Le P.

 C. Dubost, les Migraines (Doin, 1958). / O. W. Sacks, Migraine, the Evolution of a Common Disorder (Berkeley, 1970). / P. Bakouche, la Migraine et les maux de tête (Laffont, 1975).

migration

Mouvement de population.



Le renversement des courants migratoires au xxe siècle

De 1815 à 1914, plus de 35 millions d’Européens s’expatrient en Amérique du Nord : successivement, Anglais, Irlandais, Allemands, Scandinaves, Polonais et Italiens quittent leur pays, victimes des bouleversements apportés par l’industrialisation, et vont fournir une force de travail abondante à l’économie américaine en expansion rapide.

Au travers des deux guerres mondiales et de la crise de 1929, les flux se réorientent, et, depuis 1950, le courant séculaire d’est en ouest cède nettement le pas à un nouveau courant qui conduit les migrants du sud (bassin méditerranéen, pays africains) vers le nord (Europe de l’Ouest et du Nord). Les causes de ce mouvement sont les déséquilibres du développement économique entre pays capitalistes avancés et zones semi- ou sous-développées. Le facteur démographique intervient en second lieu. Le tableau I résume la situation actuelle au niveau européen.

Par ailleurs, le courant transocéanique du xixe s. subsiste, mais il a tendance à changer de caractère et à devenir qualitatif : les départs d’intellectuels ou de techniciens constituent une véritable fuite des cerveaux (brain drain), due aux inégalités de développement scientifique et technique et qui tend à les renforcer.