Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Mexique (suite)

Le blé, très secondaire par rapport au maïs dans la consommation nationale, s’est pourtant introduit en assolement avec le maïs dans les petites exploitations : c’est une culture de saison sèche, alors que le maïs, associé au haricot, pousse pendant la saison des pluies ; c’est aussi une source d’argent frais, le petit agriculteur commercialisant la totalité de sa production de blé. Toutefois, la plus grande part de la production nationale vient des zones irriguées du Nord, où le blé fait l’objet d’une monoculture intensive.


Les cultures d’exportation

Les trois principaux produits agricoles exportés sont des produits tropicaux. Le coton est cultivé dans le Nord et dans les terres chaudes de la région centrale (Michoacán, Colima) ; 70 p. 100 de la production sont exportés, constituant la principale vente du pays. Le développement de l’industrie textile nationale, accroissant la consommation intérieure, doit diminuer la dépendance par rapport aux marchés extérieurs.

La canne à sucre est surtout cultivée sur la côte véracruzaine (55 p. 100 de la production) et dans l’État de Morelos. La très forte consommation intérieure ne laisse que le quart de la production pour l’exportation, qui, depuis une dizaine d’années, trouve un débouché assuré sur le marché nord-américain.

La culture du café est localisée dans la région de Veracruz et sur le versant pacifique des Chiapas. La moitié de la production est exportée. Grâce au développement de l’irrigation et à l’achèvement récent du réseau routier, le Mexique peut, désormais, exporter des fruits et des légumes vers les États-Unis.

La réforme agraire

Elle est née de la révolte, en 1910, des masses paysannes, exploitées par une minorité de grands propriétaires. Les trois quarts des communautés villageoises étaient privées de terres, alors que 1 p. 100 de la population possédait 97 p. 100 du territoire. Grandes propriétés d’origine coloniale, les haciendas étaient en général installées dans les zones fortement peuplées ; elles y bénéficiaient de l’abondance de la main-d’œuvre, de la richesse des sols et pouvaient pratiquer des cultures commerciales. Un système social de type féodal prévalait dans ces grands domaines ; les péons étaient de véritables serfs, le plus souvent rémunérés en nature.

Le principe de la réforme fut tant de détruire les haciendas et de récupérer les terres usurpées que de revenir à la vieille institution de l’ejido : propriété collective combinée à un régime de production familiale. Le leader paysan Emiliano Zapata exprima sans équivoque dans le plan d’Ayala les objectifs des masses paysannes. Il catalysa un mouvement qui aboutit, de 1910 à 1917, à l’occupation spontanée de bon nombre de terres dans le Mexique central.

Devant l’ampleur du mouvement, le gouvernement fut contraint en 1915 de légaliser les faits. La loi agraire affirma le principe de la redistribution des terres sans rachat, mais exigea des communautés la justification de leurs droits sur les terres revendiquées. Une pesante bureaucratie s’instaura de 1920 à 1934 ; il y eut peu de distributions de terres pendant cette période. Cárdenas, président de 1934 à 1940, était décidé à en finir avec les haciendas. Il fixa la limite maximale de la propriété privée et fit des distributions massives et systématiques de terres sous forme d’ejidos. Un tiers des 57 millions d’hectares de terres ejidales distribuées à 2,5 millions de paysans avant 1965 l’ont été sous la présidence de Cárdenas. Les principales régions bénéficiaires ont été celles du centre du pays. Depuis 1965, un autre grand effort agraire a été réalisé, mais il concerne beaucoup plus les régions périphériques. Actuellement, la propriété privée occupe plus de la moitié des terres ; les deux tiers des propriétaires possèdent moins de 5 ha chacun. Les propriétés communales (terres des communautés villageoises) sont surtout composées de bois et de pâturages. Les ejidos occupent environ le quart de la superficie ; la terre est propriété de la nation ; l’usufruit est concédé à l’ejidatario, qui n’a pas le droit d’aliéner sa parcelle et est tenu de la cultiver. Les paysans sans terres représentent la moitié de la population active rurale ; ils ont peu de chances de recevoir un jour une parcelle, le potentiel de terres distribuables étant quasiment nul dans les régions très peuplées.

Les parcelles ejidales sont beaucoup trop petites dans le centre du pays, et le système ejidal connaît beaucoup d’entorses (location de parcelles, départ de bon nombre d’ejidatarios et cumul de parcelles par d’autres).

Si elle a en partie satisfait l’aspiration du paysan à la possession de la terre, la réforme agraire est inadaptée aux conditions actuelles. Agent de fixation de la population rurale jusque vers 1940, elle est actuellement un facteur d’émigration.


Mines et sidérurgie

L’extraction des minerais est toujours active. Le Mexique demeure parmi les premiers producteurs mondiaux d’argent (environ 1 200 t), extrait notamment à Pachuca de Soto (État d’Hidalgo) et à Hidalgo del Parral (Chihuahua). Il fournit encore des quantités notables de minerais : du plomb (170 000 t de métal contenu), du zinc (260 000 t) et aussi du fer (3 Mt). Celui-ci a favorisé l’implantation de la sidérurgie, dont les principaux centres sont aujourd’hui Monterrey et Monclova.


Les foyers de développement

Si l’agglomération de Mexico* est le grand centre de développement du pays, d’autres foyers d’inégale importance sont apparus depuis quelques décennies. La plupart d’entre eux sont dus soit au pétrole, soit à la colonisation agricole de terres vides ou faiblement peuplées ; d’autres, moins nombreux, sont des zones frontalières.

Le pétrole (auquel le gaz naturel, à l’apport énergétique presque équivalent, est, géographiquement, fréquemment associé) a provoqué le développement d’industries et de quelques centres urbains sur le golfe du Mexique. Dès le début du siècle, dans le nord du Veracruz, l’exploitation pétrolière, puis l’industrie du raffinage et celle du caoutchouc synthétique ont favorisé la croissance des villes de Tampico et de Ciudad Madero. Entre les deux guerres à Poza Rica de Hidalgo et à Tuxpan (ou Tuxpam), depuis 1945 à Minatitlán et à Coatzacoalcos, l’exploitation pétrolière a joué le même rôle. Avec les raffineries de Minatitlán et les industries pétrochimiques de Coatzacoalcos s’est créé un véritable complexe industriel, le plus grand centre d’industries chimiques du pays (ammoniac, soude, chlore). La construction de voies de communication pour le transport du pétrole vers l’intérieur du pays a désenclavé des zones agricoles, ouvertes dès lors à une économie de relations.

La politique de colonisation agricole entreprise à diverses périodes, sous l’impulsion de l’État ou à l’initiative de sociétés privées, a pour objet d’augmenter la production nationale, la superficie agricole utile, tout en créant de nouveaux noyaux de population.