Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Mexique (suite)

Croissance économique et stabilité politique

Le Mexique connaît depuis les années 40 une croissance économique plus importante et surtout plus régulière que celle des autres pays latino-américains : cette caractéristique est due à un afflux de capitaux étrangers qui ne s’explique que grâce à une stabilité politique marquée et à la proximité des États-Unis.

Le secteur public est important : la nationalisation des pétroles (1938) a été suivie notamment par celle de l’électricité (1960). Surtout, le financement public est organisé par une banque d’investissement (Nacionale Financiera S. A.) ; une banque du commerce extérieur agit sur les échanges avec l’étranger, tandis que la Compagnie nationale des subsistances populaires régularise les cours des produits agricoles de base (céréales).

L’incorporation de la population à la vie politique s’est accompagnée d’une intégration socio-culturelle massive, qui repousse dans le passé les cultures régionales ou locales, même si les groupes indigènes restent vivaces et nombreux. En effet, dans un pays où la masse des enfants d’âge scolaire s’est accrue nettement, une part élevée du budget permet d’améliorer progressivement le pourcentage de la jeunesse scolarisée ou des enfants qui atteignent les niveaux scolaires, secondaire ou technique. Le pays manque encore de cadres, surtout en province, où les équipements universitaires sont modestes dans de nombreuses villes, mais la population restant à l’écart de la vie socio-politique nationale est en diminution, et le nombre de ceux qui ne se satisfont plus d’une allégeance syndicale automatique va croissant. L’intégration nationale est accrue par le développement des moyens de communication de masse, essentiellement dépendants de la publicité : la presse quotidienne, diversifiée à Mexico, se réduit à peu de titres dans les villes de province, où souvent règne un journal sans attaches locales, appartenant à une chaîne nationale (« El Sol » est la chaîne la plus répandue). La radio et la télévision sont formées de chaînes privées, sauf exception, exclusivement alimentées par la publicité ; les émetteurs radio sont répandus jusque dans de petites villes ; la proportion des foyers dotés de la radio est très élevée (plus des trois quarts). Plus de 30 p. 100 possèdent la télévision.

La progression du produit national est plus rapide que l’augmentation de population, et le produit par tête a dépassé 500 dollars vers 1970. Mais la répartition de ce produit entre les couches sociales reste très inégale, et la consommation qui s’accroît le plus vite est celle des biens durables réservés aux classes moyennes et supérieures.

Le rythme de croissance rapide est lié à une importation soutenue, provenant surtout des États-Unis ; même si les vendeurs se sont un peu diversifiés, la dépendance technologique est étroite. Pendant les années 40 et 50 surtout, la politique de substitution d’importations a peu à peu éliminé les biens de consommation, fabriqués de plus en plus au Mexique et remplacés par les biens d’équipements, machines et semi-produits. Dans les années 60, ce sont des firmes multinationales qui ont assuré ce transfert, plus que des entreprises implantées seulement au Mexique. De plus en plus, le Mexique importe les moyens technologiques (brevets) ; mais la dimension restreinte du marché intérieur impose des limites aux fabrications nationales ou oblige à imposer des prix élevés aux consommateurs. Les importations ne sont couvertes qu’aux deux tiers par les exportations. Celles-ci concernent principalement des produits agricoles (sucre, coton, café, bétail) à côté d’un peu de pétrole et de produits fabriqués (en quantité croissante). La clientèle est relativement diversifiée, les pays caraïbes et surtout le Japon assurant des débouchés croissants, mais le marché des États-Unis reste prépondérant (60 p. 100 des exportations mexicaines) et les liens commerciaux avec ce pays sont très étroits.

Le déficit est comblé par le tourisme et l’apport des capitaux étrangers, dont l’importance résulte de la proximité des États-Unis et de la sécurité que garantit la stabilité politique du pays. Le tourisme est avant tout frontalier, mais il se diversifie vers l’intérieur, et aux Nord-Américains s’ajoutent des Européens.

Les investissements étrangers jouent un rôle fondamental dans la croissance. Ils s’effectuent dans un pays qui assure un taux de change stable depuis 1954 et une liberté totale des transferts de capitaux. L’investissement direct, essentiellement nord-américain, a d’abord assuré l’essentiel du financement extérieur de la croissance économique, surtout industrielle. Mais, à mesure que la masse augmentait, le gouvernement a freiné ce type d’investissement, et l’exportation des bénéfices est devenue supérieure aux apports. Les capitaux flottants, eux aussi, se portent vers le Mexique, attirés par un taux d’intérêt élevé et une faible fiscalité ; c’est une forme de financement fragile, et le gouvernement, depuis les années 60, a canalisé, surtout à travers la Nacionale Financiera S. A., les capitaux étrangers en plaçant des emprunts obligataires, surtout à New York, mais plus récemment en Europe, les fonds collectés servant à des investissements à long terme. Coûteuse elle aussi en intérêts exportés, cette politique a néanmoins assuré le maintien de la croissance dans le cadre d’une dépendance extérieure forte, mais en partie contrôlée.

Partiellement guidée par l’État, la politique de substitution d’importations a donc produit une industrialisation rapide, même si les brevets et certains équipements restent importés. Mexico puis les villes moyennes proches en ont profité massivement. Plus récemment, des usines de montage se sont notamment installées sur la frontière (maquiladoras), profitant d’une main-d’œuvre bon marché et exportant leur production vers les États-Unis. Les branches dont l’essor a été le plus marqué sont l’industrie automobile et, plus récemment, l’électronique. L’État a investi directement dans certains secteurs essentiels : pétrochimie liée aux pétroles nationalisés, matériel ferroviaire, acier, automobile (association avec Volkswagen, Renault). Plus généralement, le lieu d’implantation des usines, les autorisations d’importation de machines relèvent d’une réglementation complexe, à l’occasion de laquelle se nouent des liens étroits entre techniciens et entrepreneurs, d’une part, et personnel politique, d’autre part : cela explique la très forte concentration industrielle aux portes de la capitale fédérale.