Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Mexique (suite)

L’obéissance au roi d’Espagne prend fin à l’aube du xixe s. de manière soudaine, lorsque l’armée napoléonienne s’abat sur l’Espagne. Coupé de la métropole, le Mexique s’inquiète, les factions s’agitent, les « péninsulaires » prennent les devants en déposant le vice-roi. En 1810, créoles et péninsulaires se réconcilient face au péril populaire quand le curé Miguel Hidalgo y Costilla (1753-1811) marche sur Mexico. L’insurrection montée des profondeurs, rendue possible par la crise économique qui frappe les mines, charriant tous les groupes ethniques et sociaux, devient négation millénariste des principes de gouvernement et d’ordre. Rébellion contre les autorités, guerre à mort impitoyable, elle est parfaitement symbolisée par le cri de guerre des insurgés : « Vive la Vierge de Guadalupe ! Meurent les Espagnols ! » L’espérance millénariste, la soif de vengeance et les motivations agraires meuvent le peuple ; l’instinct de conservation rassemble Espagnols et créoles dans une solidarité quasi raciale, et cela explique l’épouvantable acharnement des deux camps, qui aboutit à la destruction du pays.

La guerre montre la supériorité des troupes régulières, peu nombreuses, mais disciplinées, sur les hordes d’Hidalgo, puis sur les guérillas du curé José María Morelos y Pavón (1765-1815). Le fait que la majorité des troupes et des officiers loyalistes est composée de Mexicains prouve que la guerre d’indépendance est une guerre civile entre Mexicains. L’indépendance, proclamée en 1821, est le fait du corps des officiers et de l’aristocratie, opposés à l’Espagne libérale de Rafael del Riego (1785-1823). Cela explique l’alliance paradoxale entre les derniers guérilleros, représentés par Vicente Guerrero (1783-1831), et leurs plus tenaces ennemis, représentés par Agustín de Iturbide (1783-1824), le vainqueur de Morelos. Iturbide est sacré empereur en 1822, l’Espagne ayant refusé de donner un prince au Mexique.

Les conséquences de l’indépendance sont très lourdes pour l’armée, donc pour la nation. La volte-face des cadres en 1821 a définitivement démoralisé le corps des officiers. En effet, on ne peut combattre onze ans des « bandits » au nom du roi d’Espagne et, impunément, du jour au lendemain, se tourner contre le roi en s’alliant aux « rebelles » de la veille. Reste l’intérêt du groupe professionnel : l’armée poursuit la défense de ses intérêts propres et devient un instrument de coup d’État. Dépouillée de ses principes éthiques, de sa tradition historique, livrée aux dilettantes et aux aventuriers, elle est prête pour la catastrophe de 1848, qui livrera aux États-Unis les deux tiers du pays.


Le temps des troubles : 1821-1867

Cette période est marquée par la lutte acharnée que se livrent conservateurs et libéraux, et par l’intervention étrangère. Les deux factions politiques sont socialement unies par leur condition commune de créoles, ce que prouve leur attitude face au problème indien. Comme le dit le libéral José María Luis Mora (1794-1850), « la nécessité la plus urgente doit être la répression des gens de couleur ; il faut toujours donner raison à la population blanche ». Pourtant, malgré les affinités, le conflit existe et va cristalliser sur les formes du gouvernement et la question de l’Église.

Pendant les trente premières années, le pays nouvellement indépendant, doté d’une Constitution fédéraliste depuis 1824, est gouverné par les conservateurs, avec un bref intermède libéral (1833-34). Élu président de la République en 1833, le général Antonio López de Santa Anna (v. 1795-1876), seigneur de la politique, démagogue de génie, est capable de survivre à la défaite et de revenir au pouvoir, en sauveur, après la désastreuse guerre avec les États-Unis (1846-1848). De 1823 à 1855, tantôt appelé par les conservateurs, tantôt par les libéraux, il se réserve le rôle d’arbitre jusqu’au moment où l’équilibre est rompu entre les factions.

Les libéraux, soutenus par les États-Unis, consolident leur force jusqu’à l’affrontement violent de 1858-1861. Cette « guerre des trois ans », dite aussi « guerre de la Réforme », éclate à propos de la Constitution libérale de 1857 et des articles supprimant les privilèges traditionnels de l’Église et de l’armée. Conservateurs et libéraux, qui ont été radicalisés par la défaite de 1848, estiment que de leur victoire dépend la survie du Mexique. Les deux camps n’hésitent pas à faire appel à l’étranger. Le pays est une proie tentante : bombardement français de Veracruz en 1838, perte du Texas (1836), annexions américaines de 1848. Lorsqu’en 1861 les libéraux l’emportent grâce à l’appui américain, les conservateurs obtiennent l’intervention européenne.

La Grande-Bretagne, l’Espagne et la France ne poursuivent pas les mêmes buts, et, rapidement, la France reste seule dans l’affaire ; Napoléon III rêve d’établir un Empire latin saint-simonien au Mexique pour stopper l’expansion américaine et contrôler le passage entre les deux océans. Maximilien d’Autriche (1832-1867), proposé par Napoléon III aux envoyés mexicains, perd la vie dans une aventure dont les conservateurs sortiront perdants. Appelé par ces derniers, Maximilien était libéral comme Benito Juárez (1806-1872), chef de ses adversaires, incarnation de la résistance. La victoire de l’Empire semble certaine à cause de la supériorité militaire française, de la popularité de Maximilien, empereur du Mexique de 1864 à 1867, et de l’absence des États-Unis, déchirés par la guerre civile. Les derniers libéraux doivent se réfugier aux États-Unis avant d’être sauvés par un retournement de la conjoncture internationale. La guerre de Sécession terminée, les États-Unis pressent la France de rembarquer des troupes que la menace prussienne rend par ailleurs nécessaires en Europe. Maximilien, sans argent, sans armes, sans parti, abandonné par Napoléon III, abandonné par Bazaine*, choisit de mourir romantiquement. Armés, financés par les Américains, les libéraux réalisent facilement la conquête du pays malgré le génie militaire du général Miguel Miramón (1832-1867). Maximilien est fusillé en 1867 à Querétaro, en compagnie des généraux Miramón et Tomás Mejía (1820-1867).