Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
M

Mexico (suite)

Mexico, ville d’art

En arrivant l’année 1519 dans la capitale aztèque*, Tenochtitlán, les conquérants espagnols furent émerveillés. Une grande cité lacustre reliée par des chaussées à la terre ferme se montrait à leurs yeux. Ils n’eurent d’autre idée que d’en faire leur propre centre de rayonnement. L’actuelle place de la Constitution (le Zócalo) se trouve exactement sur l’ancien centre cérémoniel et religieux indien.

Après avoir, en général, détruit les temples aztèques, les Espagnols, malgré leur désir de grandeur, durent se contenter de simples constructions de fortune : une cathédrale rudimentaire, des maisons pour les autorités. Pourtant, en 1573, une nouvelle cathédrale fut entreprise, s’inspirant des plans qu’Andrés de Vandelvira avait établis pour la cathédrale de Jaén en Espagne (1548). Devenu le maître d’œuvre de l’édifice en 1584, Claudio de Arciniega transforma le système primitif par l’adoption de petites coupoles sur les bas-côtés et d’une voûte en berceau à grandes pénétrations pour la nef principale. La cathédrale fut consacrée en 1656 et en 1667, mais plus de cent ans après l’architecte Manuel Tolsá travaillait encore aux parties hautes de la façade, aux tours et à la coupole.

En général, il ne reste plus rien de l’architecture du xvie s. à Mexico : l’instabilité du sol marécageux, la précarité des premières constructions, le changement volontaire des structures sont les raisons principales de cette quasi-disparition. Le xviie s. représente par contre le grand départ de la ville coloniale. Quantité de couvents masculins et féminins, d’églises (San Bernardo) et de chapelles sortent de terre. Les villages qui entouraient le lac prospèrent aussi vers cette époque : Coyoacán, San Angel deviendront avec le temps des quartiers privilégiés. L’architecture civile, qui n’avait presque pas d’importance au siècle précédent, connaît elle aussi un essor considérable. Les gens s’enrichissent et veulent à tout prix se doter de maisons luxueuses, voire de palais urbains à plusieurs étages. Les éléments de base de ces constructions sont presque toujours les mêmes. Sur des murs en tezontle — pierre volcanique d’un rouge très sombre —, on plaque des portails, des encadrements de fenêtres et des corniches en pierre ciselée d’une couleur plus claire. Les balcons ont des garde-fous en fer forgé avec de grosses boules aux angles. Le décor plaqué en pierre et en bois, le mobilier accusent un goût baroque assez lourd et sévère, qui contraste avec le cadre sec des façades, la sobriété géométrique des masses.

Présentant une plus grande unité, le xviiie s. est le moment des grandes compositions. À côté même de la cathédrale et pour la compléter, un homme de génie, Lorenzo Rodríguez (1704-1774), édifia entre 1749 et 1768 le Sagrario (où le saint sacrement est toujours exposé), bâtiment à plan carré dont la masse générale obéit à une forme pyramidale couronnée d’une coupole aplatie. Parmi les églises du début du siècle sont notamment à citer la basilique du sanctuaire de Guadalupe (1695-1709) et la Profesa (1714-1720), toutes deux par Pedro de Arrieta († 1738). La basilique de Guadalupe est surtout célèbre par la chapelle plus tardive du Pocito (1777-1791), édifice admirablement ouvragé, chef-d’œuvre de l’architecte Francisco Guerrero y Torres, qui est aussi l’auteur présumé de l’église de la Enseñanza (1772-1778), une des plus belles dans le style décoratif « délirant » de l’époque. Parmi les caractéristiques principales de ce baroque tardif figure l’estípite, sorte de trapèze allongé et pointé vers le bas qui remplace les colonnes torses jusque-là prédominantes. L’inventeur de l’estípite est l’Espagnol Jerónimo de Balbás, qui l’employa à profusion dans son célèbre retable de la chapelle des Rois (1719-1737), échappé (à l’inverse des stalles) à l’incendie de la cathédrale de Mexico en 1967. Le plus imposant portail de ce style est sans doute celui de la Santísima Trinidad (1755-1783). Les plus belles demeures du xviiie s. sont le palais d’Iturbide, la maison des Azulejos, la résidence du comte Santiago de Calimaya et celle du comte de San Mateo de Valparaíso (1769-1772), signée par Guerrero y Torres.

Le xixe s. s’ouvre sur le Palacio de Minería (palais des Mines, 1797-1813) du Valencien Manuel Tolsá (1757-1816), un des chefs-d’œuvre de l’art néo-classique dans le monde. Mais, comme ailleurs, l’académisme officiel s’installe ensuite pour un siècle, avec son style architectural hybride qui va du faux classique aux faux « colonial » en passant par tous les autres clichés pseudo-historiques.

Avec la révolution de 1910, tout va changer. Le ministre José Vasconcelos fait appel aux peintres pour décorer les murs des bâtiments publics de véritables manifestes à contenu revendicatif. Les « trois grands », dans cette entreprise, furent Rivera, Orozco et Siqueiros, suivis de Tamayo, plus « contemporain » (v. Mexique [art]). À partir de 1920, Mexico commence à s’affirmer comme une grande ville moderne que transforment des architectes, parmi lesquels Juan O’Gorman (né en 1905) et Mario Pani (né en 1911). Aujourd’hui, les plus importants sont Félix Candela (né en 1910), auteur de voûtes audacieuses en voile de béton ; Luis Barragán, créateur raffiné de l’admirable quartier du Pedregal de San Angel ; enfin Pedro Ramírez Vázquez (né en 1919), architecte du stade Aztèque et surtout d’un des plus remarquables bâtiments contemporains, le musée national d’Anthropologie et d’Ethnologie (1964), qui abrite dans un cadre fonctionnel et grandiose les collections précolombiennes les plus riches du continent.

D. B.

 M. Toussaint, Arte colonial en México (Mexico, 1948). / J. Fernández, Acte moderno y contemporáneo de México (Mexico, 1952). / P. Ramírez Vázquez, El Museo nacional de antropologia de México (Mexico, 1968 ; trad. fr. le Musée du peuple mexicain , Vilo, 1968).

C. B.