Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
M

Metternich (Klemens) (suite)

D’autre part, Metternich se montra respectueux des constitutions traditionnelles, car elles laissaient le pouvoir à la noblesse provinciale, en qui il avait confiance. Il était d’ailleurs convaincu de la nécessité des corps intermédiaires, car son système politique reposait sur les forces sociales traditionnelles, prépondérantes en Europe centrale : l’aristocratie terrienne, les corporations urbaines, l’Église catholique. C’est pourquoi les diètes provinciales étaient régulièrement convoquées, quitte à ce que le pouvoir central y pratiquât l’obstruction systématique lorsque celles-ci (telle la diète hongroise de 1832-1836) réclamaient des réformes profondes. Metternich voyait, en outre, dans le système fédéral et le respect du droit d’État des anciens royaumes la meilleure garantie contre les revendications de certaines nationalités, dans la mesure où l’on pouvait jouer les Tchèques contre les Hongrois, les Allemands contre les Italiens, en vertu du principe divide et impera, qui inspirait la politique des nationalités des Habsbourg depuis 1650.

Metternich ne chercha donc pas à unifier ou à germaniser l’Autriche. Il laissa le pouvoir aux nobles, qui l’exerçaient depuis toujours, et accessoirement à la bureaucratie, qui les contrôlait et qu’avait développée Joseph II. En réalité, Metternich, qui était un grand travailleur et un homme d’esprit, manquait de cœur ; il méprisait les différentes nationalités qui composaient l’Autriche, non par racisme, mais par orgueil aristocratique. Cet aveuglement ne lui permit pas de sentir la montée de forces nouvelles, dont l’explosion allait précisément ébranler l’Autriche en 1848 : le libéralisme bourgeois et les revendications des nationalités.

C’est la chute de Louis-Philippe à Paris qui provoqua celle du chancelier d’Autriche le 13 mars 1848, alors que la révolution éclatait à Vienne et à Budapest, et que les émeutiers viennois réclamaient le départ du vieux chancelier. Metternich s’enfuit dans une voiture de blanchisseuse et se réfugia à Londres. En 1851, il rentra en Autriche, où il devait mourir sans avoir repris d’activité officielle.

À force d’avoir eu raison dans sa jeunesse, Metternich s’était obstiné au point de précipiter la crise qu’il voulait éviter, ainsi que sa propre chute.

J. B.

➙ Allemagne / Autriche / Empire (premier) / Habsbourg / Napoléon Ier.

 H. von Srbik, Metternich, der Staatsmann und der Mensch (Munich, 1925-1954 ; 3 vol.). / K. Griewank, Der Wiener Kongress und die Neuordnung Europas (Leipzig, 1942). / H. Rieben, Prinzipiengrundlage und Diplomatie in Metternichs Europapolitik, 1815-1848 (Berne, 1942). / A. J. P. Taylor, The Habsburg Monarchy, 1815-1918 (Londres, 1942). / G. de Bertier de Sauvigny, Metternich et son temps (Hachette, 1959) ; Metternich et la France après le Congrès de Vienne (Hachette, 1968-1972 ; 3 vol.) ; la Sainte-Alliance (A. Colin, coll. « U 2 », 1972). / J. R. Derré, Metternich et Lamennais (P. U. F., 1963). / H. Vallotton, Metternich (Fayard, 1965).

Metz

Ch.-l. du départ. de la Moselle ; 117 199 hab. (Messins). L’agglomération compte environ 190 000 hab.



L’histoire de la ville

Capitale d’un peuple gaulois, les Médiomatrices, Metz, située sur un oppidum établi un peu au sud du confluent de la Seille et de la Moselle, devient une cité de la Gaule romaine qui tire son importance du carrefour de deux grandes voies romaines, celle de Reims à Strasbourg et celle de Lyon à Trèves. Au cours du iie s. apr. J.-C., la ville s’étend vers le sud. À l’époque des invasions germaniques (iiie-ive s.), elle connaît le traditionnel resserrement derrière un rempart. Ravagée par les Huns (451), elle devient la capitale du royaume d’Austrasie. Située au centre d’une région fertile dont elle est le principal marché, Metz connaît au Moyen Âge un développement et une histoire qui l’apparentent à de nombreuses cités allemandes : elle est un des principaux centres culturels de la renaissance carolingienne.

Dès le xe s., l’évêque de Metz reçoit les droits comtaux sur la ville elle-même et sur le pagus Mettensis ; Metz devient commune jurée sans doute en 1115, mais son patriciat urbain — bourgeois enrichis par le commerce — doit, pour consolider sa situation politique et l’autonomie municipale, lutter contre l’évêque. Au milieu du xiiie s., les organes du gouvernement municipal (maître échevin, vingt échevins, conseil des Treize) sont en place. La ville groupe alors 25 000 habitants. Ses faubourgs se sont peuplés à partir du xiie s., avant d’être incorporés dans l’enceinte agrandie : alors que la ville romaine couvrait 70 ha, la ville médiévale en couvre 159.

La prospérité messine repose sur un commerce actif ; s’y échangent les vins du pays et les céréales des plateaux et s’y vendent, à côté des produits des ateliers locaux, les objets de luxe (épices, draps fins, mercerie) importés par les marchands messins, qui exportent jusqu’à Cologne, Vienne, Francfort et l’Italie le vin, les céréales et le sel (du Saulnois). La richesse du patriciat urbain est à l’origine d’un important commerce d’argent (auquel participe une importante communauté juive) et aussi d’une domination économique et sociale du plat pays — « le pays de Metz » —, véritable État urbain englobant plus de deux cents villages.

À partir du xive s., la bourgeoisie messine non patricienne, le commun (gens de métier groupés en corporations), s’efforce de secouer la suprématie du patriciat (1 500 à 2 000 personnes).

Les révoltes de 1326 et 1406 sont particulièrement violentes ; en 1430, la bourgeoisie tente même de livrer la ville au duc de Lorraine. La royauté française essaie très tôt de tirer parti des rivalités intérieures des Trois-Évêchés (Metz, Toul, Verdun) pour les contrôler et ainsi s’assurer la couverture de sa frontière du nord-est au détriment des ducs de Lorraine ; mais si Metz réussit à se soustraire à l’établissement de la garde royale (1444-45), il n’en est pas de même à Toul et à Verdun, qui s’habituent à la présence française. Redoutant à la fois les ambitions du duc de Lorraine et de l’empereur, Metz finit par se tourner vers la France. En avril 1552, la caution des princes allemands de la ligue de Smalkalde permet à Henri II d’entrer à Metz (après Toul et avant Verdun) Charles Quint n’ayant pu s’emparer de Metz, défendue par François de Guise (déc. 1552 - janv. 1553), l’empereur renonce en fait aux Trois-Évêchés (traité du Cateau-Cambrésis, 1559), dont l’acquisition par la France est reconnue juridiquement lors de la signature des traités de Westphalie (1648).