Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Mésopotamie (suite)

Les ravages de l’invasion araméenne (xiie-viie s.)

Le mouvement migratoire des Sémites du désert de Syrie à destination des pays agricoles, qui n’avait jamais complètement cessé, reprend toute sa force avec un nouveau groupe linguistique, les Araméens. Affaiblis par leur interminable conflit, mal préparés à combattre ces pillards insaisissables, les royaumes de Babylonie et d’Assyrie déclinent sous l’effet du harcèlement des nomades. L’Assyrie, en particulier, qui portait encore la guerre sous Toukoulti-apil-ésharra Ier (Téglat-phalasar Ier) [1115-1077] jusqu’au lac de Van et en Phénicie, perd peu après tout l’ouest de la haute Mésopotamie. Bientôt, la situation est la même pour les deux États : les citadins sont bloqués dans les villes, les bandes araméennes courent les campagnes, dont ils massacrent les habitants terrorisés et transforment les riches zones de culture en steppes pastorales.

Puis, à la fin du xie s. ou au xe s., les groupes araméens se fixent, chacun formant la garnison d’une cité dont son chef devient le roi. En Babylonie, ce phénomène a été facilité par l’attitude des notables des villes, livrées à elles-mêmes par une royauté que dégradent des usurpations répétées : ceux-ci cèdent en échange de leur tranquillité une partie de leurs terres aux envahisseurs ; en certains districts de Sumer, l’afflux des Araméens, auxquels des Arabes se joignent au viiie s., ne cesse jamais et absorbe les populations plus anciennes ; mais, partout, les petits royaumes tribaux qui se forment reconnaissent pour souverain le roi de Babylone.


L’Empire assyrien du Ier millénaire (xe-viie s.)

Au xe s., les deux États mésopotamiens connaissent un renouveau économique et intellectuel. Mais les Assyriens ne s’en tiennent pas là et se consacrent à la conquête, montrant dès le règne d’Assour-dân II (934-912) plus de méthode qu’on ne leur en prête pour cette époque. Outre les opérations de police contre les Araméens qui infestaient les campagnes et la guerre de prestige contre Babylone, traitée avec mansuétude par respect pour ses dieux, l’armée assyrienne attaque les peuples guerriers et arriérés des montagnes ainsi que les riches cités araméennes. Pour ces dernières, elle opère progressivement, ne les annexant qu’après des années d’extorsion du tribut.

Cependant, la conquête assyrienne comporte des pauses et des reculs qui semblent liés à la faiblesse de tel roi, mais qui sont dus plus probablement à une crise interne, qui n’est résolue que provisoirement par l’arrivée au pouvoir d’un prince énergique. Au ixe s., Assour-nâtsir-apli II (Assour-Nasirpal II) [883-859] est le premier à franchir l’Euphrate et à aller rançonner les cités du couloir syrien, mais il faudra encore plus d’un demi-siècle pour que ses successeurs achèvent l’annexion des États araméens de la haute Mésopotamie occidentale. Depuis Assour-nâtsir-apli II, les rois résident à Kalhou (Nimroud, au sud-est de Ninive), ville neuve peuplée de déportés dont on n’avait pas à craindre qu’ils exigent des immunités. Cette fragilité du pouvoir royal, que la propagande dissimule aux yeux des étrangers, impressionnés par les reliefs des palais montrant la majesté du souverain, est mise en lumière par la guerre civile assyrienne (828-823), qui oppose deux groupes sociaux se disputant les profits de la guerre et divise la famille royale. Durablement affaiblie, l’Assyrie a beaucoup de mal à endiguer la poussée du royaume d’Ourarthou*, qui, par le bassin du Tigre supérieur, menace le cœur de l’Assyrie. Toukoulti-apil-ésharra III (746-727), le Téglat-phalasar de la Bible, qui restaure le pouvoir royal et réforme l’armée, reprend la conquête avec plus d’acharnement. Mais il est sans doute mal inspiré quand, inquiet de la faiblesse croissante de la monarchie babylonienne, qui pourrait tenter un Élam en plein renouveau, il s’empare de la Babylonie et se proclame roi dans sa capitale (729). Au lieu d’un État miné par l’anarchie, ses successeurs doivent affronter les révoltes des citadins et des Araméens, soutenus par les Élamites. Les rois assyriens essaient toutes sortes de solutions : tantôt le titre de roi de Babylone est porté par le souverain d’Assyrie, par un de ses fils ou par un Babylonien dont on escompte la docilité, tantôt on supprime ce titre et avec lui les dernières apparences d’indépendance. Les révoltes exaspèrent les Assyriens et, par deux fois (689 et 648), Babylone est dévastée.

L’Empire assyrien paraît alors à son apogée avec un domaine de plus d’un million de kilomètres carrés, qui va jusqu’à Suse et à Thèbes, avec ses palais ornés de reliefs et de fresques, où les rois entassent leurs collections d’ivoire et de tablettes. Une civilisation impériale où domine l’apport babylonien se répand dans toute l’Asie occidentale, effaçant les particularismes locaux. Mais le peuple assyrien, décimé par la guerre, ne fournit plus que l’encadrement de ces foules de prisonniers de guerre avec lesquels on remplit les rangs de l’armée ou des chantiers et de ces déportés qui constituent maintenant la majorité de la population dans chacune des régions de l’Empire.


L’Empire néo-babylonien (612-539)

En 626, Nabou-apla-outsour (Nabopolassar), membre de la grande tribu araméenne des Chaldéens, se révolte contre la domination assyrienne et devient roi de Babylone, fondant la dernière dynastie de la grande cité. Cependant, il faut l’intervention du roi mède Cyaxare pour que les capitales de l’Assyrie soient détruites (Assour en 614, Ninive en 612) et que son armée soit dispersée (609). Le peuple assyrien anéanti, son héritage va essentiellement à la dynastie chaldéenne de Babylone, qui reconstitue un empire en Asie occidentale, tandis que les Mèdes*, dominant l’Iran, se contentent de la moitié nord de la haute Mésopotamie, où ils campent au milieu des ruines.

C’est au contraire une grande époque pour la Babylonie : la capitale est couverte de monuments splendides par le roi Nabou-koudour-outsour II (605-562), le Nabuchodonosor de la Bible ; les scribes continuent à recopier les textes canoniques et font progresser l’astronomie.

Mais, par ailleurs, le babylonien, qui n’est plus qu’une langue de culture, recule devant l’araméen, qui est maintenant la seule langue parlée dans le pays.

Affaiblie par les usurpations qui suivent la mort de Nabuchodonosor et par la politique bizarre du roi Nabou-naïd (Nabonide) [556-539], la Babylonie, qui a récupéré le nord de la haute Mésopotamie à la chute de l’Empire mède, détruit par Cyrus II* (550), ne résiste guère au souverain perse qui se fait proclamer roi de Babylone (539).