Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Mérovingiens (suite)

Les temps des reines (584-613)

Momentanément contenue par l’habileté de Gontran, qui réussit à éliminer en mars 585 le dangereux Gondovald, qui prétend être le fils de Clotaire Ier, avec la connivence des Austrasiens, la guerre civile reprend avec plus de rudesse au lendemain de la signature du traité d’Andelot, qui consacre pourtant, le 28 novembre 587, le rôle prépondérant que jouent désormais les leudes dans chacun des trois royaumes francs. La mort tardive de Gontran (28 mars 592) et la mort prématurée de Childebert II (à la fin de décembre 595) laissent en effet aux prises Brunehaut et Frédégonde, qui éprouvent l’une envers l’autre une haine inexpiable.

Animant sans doute les forces de Clotaire II, qui bat en 595 les forces de Childebert II, qui tentent de confisquer son royaume, s’emparent de Paris et faisant briser près de Latofao (auj. Laffaux) l’offensive austrasienne des fils de Childebert II, Frédégonde disparaît la première en 597.

Resté seul, son fils Clotaire II est alors vaincu près de Dormelles en 599 ou en 600. Il ne contrôle plus dès lors que la fraction maritime de la Neustrie (entre la Seine, l’Oise et la Manche) et entre en conflit direct avec la reine Brunehaut. Celle-ci dirige successivement les royaumes d’Austrasie (595 - v. 600) et de Bourgogne (v. 600-613) au nom de ses petits-fils Thibert II (595-612) et Thierry II (595-613), aux côtés desquels elle vit tour à tour ; mais elle ne peut empêcher les deux frères d’entrer en conflit l’un avec l’autre. Vaincu près de Toul, puis au sud de Zülpich par son frère Thierry II, le roi d’Austrasie est même livré à sa grand-mère, qui le fait tondre ; peu après, il est assassiné, ainsi que son fils Mérovée. Mais, à la mort du jeune roi de Bourgogne, au cours d’une campagne contre Clotaire II, Brunehaut est trahie par les aristocraties austrasienne et bourguignonne, qui refusent de lui abandonner une troisième fois la régence du royaume au nom de ses arrières-petits-fils Sigebert II et Corbus. Clotaire II profite alors de la neutralité active du maire du palais de Bourgogne, Garnier, descend la vallée de la Saône, fait exécuter les enfants de Thierry II, sauf son filleul Mérovée, et s’empare à Orbe de Brunehaut, dont il fait mettre le corps en lambeaux à Renève par un cheval indompté.


Le temps de la réunification et du renouveau (613-638)

Clotaire II réunit à Paris, en octobre 614, une assemblée de soixante-dix-neuf évêques et de nombreux Grands ; il reconnaît devant eux et devant le peuple les torts de la dynastie mérovingienne et promulgue à cet effet l’édit du 18 octobre, qui condamne les abus passés. Il a, en outre, la sagesse de respecter les particularismes régionaux. C’est ainsi que, dès 613, il maintient à la tête de chacun des trois royaumes un maire du palais : l’Austrasien Radon, le Bourguignon Garnier, ainsi récompensé de sa félonie, enfin le Neustrien Gundoland, successeur du fidèle Landry. Il multiplie ensuite les concessions à l’égard des aristocraties bourguignonne et austrasienne. Après avoir exécuté quelques comploteurs, dont le patrice Aléthée, il confirme en effet les privilèges de la première par l’octroi de diplômes à l’issue de l’assemblée de Bonneuil de 616, puis il accorde à la seconde un souverain en la personne de son jeune fils Dagobert Ier, qu’il envoie régner en Austrasie en 623-24 sous la tutelle de Pépin de Landen et d’Arnoul, évêque de Metz. Ainsi, malgré quelques désordres provoqués en Austrasie par sa décision d’annexer les dépendances de ce royaume en Aquitaine et en Champagne — dépendances qu’il doit pour partie restituer à son fils Dagobert vers 626 —, malgré aussi les troubles sanglants qui marquent la convocation à Clichy, en 627, d’une assemblée des Grands de Neustrie et de Bourgogne, dont il a supprimé le maire avec leur accord à la mort de Garnier en 626/627, peut-il léguer en 629 à Dagobert un royaume renforcé et relativement pacifié. Dagobert Ier transforme dès 629 l’Aquitaine en une sorte d’apanage, sous l’autorité d’abord de son frère puîné Charibert (629-632), puis d’un duc franc ; il maintient par ailleurs l’indépendance de l’Austrasie, à laquelle il donne pour roi dès 634 Sigebert III, le fils qu’il a de Raintrude. Ainsi parvient-il à faire respecter son autorité monarchique tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du regnum Francorum, où seuls les Saxons parviennent à mettre en échec sa politique. Malheureusement, sa mort, le 19 janvier 638 (ou 639 selon Christian Courtois) ouvre une crise dynastique qui aboutit à l’élimination des Mérovingiens par les Carolingiens, dynastie issue de la lignée des maires du palais d’Austrasie.


La fin d’une dynastie (638-751)


Le temps de la division (638-657)

En 638/640 c’est l’avènement de deux souverains mineurs, Sigebert III (634-656), le fils de Raintrude, en Austrasie, et Clovis II (640-657), le fils de Nantilde (v. 610-642), en Neustrie et en Bourgogne. Il faut confier de ce fait la réalité du pouvoir à des maires du palais : Otton (638-643), puis Grimoald (643-662), le fils de Pépin de Landen (décédé en 640) en Austrasie, Aega (638-641), puis Erchinoald (641-657) en Neustrie. Enfin, en 642, l’assemblée d’Orléans restaure la mairie de Bourgogne au profit de Flaochad, neveu par alliance de la régente Nantilde. Tous ces faits facilitent la reprise et même l’accélération du processus de décomposition du regnum Francorum et de dessaisissement politique des souverains au profit des chefs de l’aristocratie franque : les maires du palais.


Le temps de la prépondérance neustrienne (657-680)

À la faveur du long règne de Clovis II (640-657), à la faveur ensuite du long gouvernement du maire du palais Ebroïn (657-673 et 675-683), qui prend la tutelle des jeunes fils de ce souverain — Clotaire III (657-675) et Thierry III (673-691) —, la Neustrie affirme sa prépondérance au sein de la Gaule mérovingienne, non sans difficulté d’ailleurs, car, supportant avec impatience l’autorité d’Ebroïn, les aristocraties neustrienne et bourguignonne font appel au roi d’Austrasie, Childéric II (662-675), neveu et successeur de Sigebert III. Écarté du pouvoir en 673, le maire du palais est enfermé dans le monastère de Luxeuil, où il est rejoint en avril-mai 575 par son ennemi l’évêque d’Autun, Leodegarius (Léger), qui a voulu imposer son autorité au souverain. Childéric II contraint Thierry III à se faire moine à Saint-Denis, et tente de régner sur l’ensemble du regnum Francorum (673-675). Mais il est assassiné en 675 par un Grand, Bodilon, victime de sa cruauté. Avec lui disparaît le dernier Mérovingien qui ait réellement essayé de gouverner ses sujets.