Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
M

Mérostomes (suite)

Les Mérostomes constituent donc une classe fort ancienne, et il n’est pas excessif de considérer les Limules comme des « fossiles vivants ». Leurs affinités sont discutées : certains insistent sur une parenté certaine entre les Euryptéridés et les Scorpions ; d’autres, considérant le début du développement de la Limule, les rapprochent des Trilobites ; cependant, ceux-ci ont des antennes, alors que les Mérostomes sont des Chélicérates.

M. D.

Mérovingiens

Dynastie qui régna sur la Gaule après les conquêtes de Clovis et qui fut évincée par les Carolingiens.


La dynastie des Mérovingiens doit son nom à un ancêtre plus ou moins mythique, Mérovée, dont l’existence n’est mentionnée que par des textes de la fin du viie ou du viiie s. et auquel le Liber historiae Francorum du viiie s. a donné pour ascendant un souverain qui n’a sans doute jamais existé : Pharamond (ou Faramund), fils de Marcomer. Cette dynastie, qui régna d’abord sur les Francs Saliens fédérés à l’Empire par l’empereur Julien* dès 358, se subordonna progressivement de très nombreuses populations germaniques et l’ensemble des populations gallo-romaines entre la fin du ve s. et 751, date de son élimination définitive par les Carolingiens.


La conquête mérovingienne


Les débuts

Issue de Chlodion († v. 460), qui conquiert la Belgique seconde jusqu’à la Somme après avoir occupé Cambrai vers 430/440, conquête bientôt reconnue par traité par Aetius († 454), la dynastie mérovingienne se divise dès l’origine en plusieurs branches : celle de Ragnacharius, roi de Cambrai ; celle des frères de ce dernier Chararicus et Rignomeris, qui règnent peut-être sur les Francs de Thérouanne et de Cologne, et qui ont sans doute pour ancêtre Chlodion ; enfin celle du père de Clovis, Childéric Ier, roi de Tournai, dont il n’est pas sûr qu’il soit le fils de Chlodion.

Childéric Ier surgit dans l’histoire vers 457 en tant que chef d’un corps auxiliaire combattant les Alains et les Wisigoths, aux côtés du magister militium Egidius ; il contribue à la défaite infligée à ces derniers près d’Orléans en 463, puis aide le comte Paul à vaincre en 469 les Saxons établis près d’Angers. Parallèlement, il entreprend, semble-t-il, de soumettre à son autorité les habitants des cités de la Belgique seconde en leur imposant par la force la signature d’alliances inégales qui lui permettent de lever à son propre profit l’impôt romain : aussi apparaît-il comme le véritable fondateur de la dynastie mérovingienne.


Clovis* et l’expansion franque

Mais c’est le fils et successeur de Childéric Ier, Clovis Ier (481 ou 482-511), qui jette les bases territoriales de la puissance mérovingienne. Allié notamment à son parent Ragnacharius de Cambrai, il défait Syagrius en 486 (?) sous les murs de Soissons, s’empare des territoires contrôlés par ce dernier entre Somme et Loire, et contraint les Wisigoths à lui livrer la personne du vaincu, qu’il fait aussitôt exécuter.

Favorisé par la présence de nombreux établissements de laeti (ou Lètes) et de colons, il entreprend la pacification des territoires conquis et sans doute déjà l’annexion des principautés saliennes encore indépendantes. Il pratique une habile politique matrimoniale qui lui procure l’alliance du roi des Burgondes, Gondebaud, dont il épouse la nièce Clotilde vers 493, puis celle du roi des Ostrogoths, Théodoric, auquel il donne en mariage sa propre sœur Audoflède ; il obtient par ailleurs l’appui agissant et efficace de l’Église à la suite de sa conversion au catholicisme à une date d’ailleurs très discutée (498, 499 ou 506). Ainsi peut-il reprendre sa politique d’expansion territoriale aux dépens d’abord des Alamans, vaincus vers 496 ou, plus vraisemblablement, en 506, puis aux dépens des Wisigoths d’Alaric II, battu et tué à Vouillé en 507.

Le roi des Francs étend alors sa domination jusqu’à la vallée du Rhin moyen à l’est, jusqu’aux Pyrénées au sud, où il incorpore la totalité des territoires wisigothiques, à l’exception de la Septimanie (actuel bas Languedoc), dont l’accès lui est interdit en 508 par Théodoric, qui occupe en même temps la Provence au sud de la Durance. Il dispose ainsi d’une puissance et d’un prestige suffisants pour contraindre les Francs de Cologne à reconnaître sa souveraineté vers 509 et pour inciter l’empereur Anastase à rechercher son alliance contre les Goths en lui faisant remettre des insignes, dont la nature, très discutée, aboutit à légitimer son autorité auprès des Gallo-Romains.


L’œuvre territoriale des fils de Clovis

Clovis, qui a transféré sa capitale de Tournai à Soissons, puis à Paris au lendemain de Vouillé, laisse à ses fils le soin d’achever à leur profit l’occupation de la Gaule romaine et d’en assurer la protection par la constitution de glacis stratégiques en Germanie et en Italie du Nord. Après une première offensive qui aboutit à la capture, puis à la mise à mort du roi Sigismond en 523, les fils de Clovis, vaincus à Vézeronce le 25 juin 524 par le frère du défunt Gondemar († 534), annexent définitivement le royaume des Burgondes en 534, avant de se faire céder la Provence en 537 par le roi des Ostrogoths Vitigès († 542), tandis que, à une date inconnue, ils s’efforcent d’imposer le versement d’un tribut aux Bretons établis en Armorique au ve s. Les rois mérovingiens échouent dans leur tentative d’occuper la Septimanie et d’établir une tête de pont transpyrénéenne entre Pampelune et Sarragosse (expéditions de Childebert Ier en 531 et en 541) ; ils réussissent, par contre, à établir leur domination sur la Germanie méridionale, principalement sous l’impulsion de Thierry Ier († 534) et de Thibert Ier (ou Théodebert), qui contraignent les Alamans établis entre le Danube et le Neckar à leur payer un tribut après 536, peu après l’incorporation au royaume franc (vers 531) de la Thuringe et peu avant l’instauration (vers 555) par Clotaire Ier de son protectorat sur la Bavière, placée sous l’autorité directe d’un duc national. La Germanie méridionale, qui constitue une importante avancée territoriale vers l’est, apparaît très tôt comme une base idéale pour mener des expéditions contre les peuples barbares qui la flanquent. Au nord, celles qui sont dirigées par Thierry Ier en 534, puis par Clotaire Ier après la révolte de 555 n’aboutissent qu’à l’instauration d’un protectorat purement nominal sur les Saxons. Au sud, celles des rois de Reims. Thibert Ier (534-548) et Théodebald (548-555) se font à partir de la vallée du Danube et de la Pannonie, où les Lombards sont sans doute soumis temporairement à l’autorité franque vers 540 et où la pénétration en Italie se fait en collusion plus ou moins officielle avec les Byzantins, qui sollicitent, concurremment avec les Ostrogoths, l’alliance franque. Aussi en 539, aux dépens des uns et des autres, et en 540, en essayant de vendre son alliance à Vitigès contre la cession de la moitié de l’Italie, Thibert Ier pénètre-t-il en Italie du Nord, où les forces franco-alamanes de son fils Théodebald, sous les ordres de Leuthari et de Buccelin, occupent la plaine du Pô en 553-54, rejetant au sud du fleuve les troupes byzantines de Narsès, puis ravageant la péninsule jusqu’à Otrante et jusqu’à Reggio, avant d’être détruites par une épidémie ou dispersées par le même Narsès près de Capoue.

En fait, malgré ces échecs, au lendemain de l’effondrement de la puissance ostrogothique en 555 et de la mort de Clotaire Ier en 561, le regnum Francorum apparaît comme la première puissance de l’Occident barbare et le seul partenaire possible de l’Empire romain, partiellement restauré dans son extension territoriale.