Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
M

Mémoires (suite)

De Chateaubriand à Musset et à J.-J. Rousseau* (pour le premier Confession d’un enfant du siècle et pour le second les Confessions et les Rêveries du promeneur solitaire), la notion même de « Mémoires » se déplace pour prendre une dimension plus personnelle, la dimension autobiographique d’une « confession ». Mémoires intimes, histoires du moi, de ses rapports au monde (il faut ici différencier le monde conçu comme espace intersubjectif et l’histoire comme développement des sociétés), ce sont aussi des justifications du fait même de l’écriture, de la publicisation. « Mémoires » cesse alors d’être un terme homogène ; ceci se produit dans le courant du xixe s. : d’une part, cette notion s’objective, connotant toute une catégorie de textes juridiques, historiques et scientifiques (cette préoccupation étant d’ailleurs en grande partie issue de la Révolution française) ; d’autre part, elle se fond dans l’idée d’une recherche personnelle, d’une confession, d’une autobiographie.


Les « Mémoires », témoins de l’histoire

L’analyse de la société, de l’état civil pour reprendre l’expression de Balzac, se trouve alors étroitement mêlée, intégrée à un projet romanesque. Ce processus se produit y compris dans des formes de romans qui adoptent la structure des « Mémoires » : pensons à À la recherche du temps perdu et à tout ce que contient cette œuvre tant du point de vue du travail sur le temps que du point de vue de l’analyse de la société et de l’expérience sociale. Pensons aux Mémoires d’une jeune fille rangée (1958) de Simone de Beauvoir et à tous les repérages historiques et socioculturels qui s’y font polémiquement.

À partir du xxe s., les « Mémoires » ne concurrencent plus directement l’histoire, devenue une science. Les « Mémoires » sont bien davantage une manière de remise au présent d’une actualité qu’ils font revivre, rejoignant peut-être par là certains aspects de ces premières chroniques dont nous avons parlé précédemment. Elles sont animées par des perspectives historiques, elles sont de l’histoire, mais elles ne sont pas l’histoire. Peut-être deviennent-elles en quelque sorte plus directement politiques ? La marque personnelle n’en est cependant pas absente pour autant, mais elle n’est pas individuelle, psychologique. Elle est bien plus la marque d’un grand destin politique, public et historique : tels sont les Mémoires de Clemenceau* ou ceux du général de Gaulle*. Il est une autre forme d’écriture d’actualité, mais plus que journalistique, ce sont les échanges célèbres de correspondances, ou les ensembles de lettres ouvertes destinées à la publication : les Lettres de prison de Gramsci* par exemple, qui sont aussi porteuses de tout un contenu de réflexions politiques et théoriques. C’est parce qu’ils sont marqués par les grands destins historiques que les « Mémoires » deviennent pour André Malraux* des Anti-Mémoires. C’est là l’histoire des empreintes des grands hommes qui font l’histoire dont, pense-t-il, le peuple ne peut pas être le seul et véritable acteur. Cette idée encore présente dans les premiers textes d’André Malraux s’efface devant la haute stature de ceux qui écrivent l’histoire (le général de Gaulle*, Mao Zedong [Mao Tsö-tong*]) et qu’aucune autre écriture, fût-elle celle d’un grand écrivain, ne peut égaler si ce n’est dans le geste négateur des Anti-Mémoires.

Des Mémoires politiques d’une part, un éclatement de l’histoire individuelle, de l’autobiographie (penser aux seuls titres des ouvrages de Michel Leiris : Brisées, Fibrilles, etc.) d’autre part. Car l’avènement de sciences sociales, de sciences de l’homme (la psychanalyse, les sciences du langage) font suspecter le regard sur soi-même qui éclate et ne peut plus offrir de sujet homogène capable d’une construction telle que celle qui est interne à la notion de « Mémoires ».

L’histoire, les aventures, les errances de cette notion de « Mémoires » comme mode d’écriture, comme genre littéraire ou historique se modulent sur l’histoire de toutes les idées, de tous les comportements, de toutes les représentations et pratiques de notre passé.

D. K.

Memphis

Cité de l’Égypte ancienne.


Située un peu au sud du Caire, sur la rive ouest du Nil, Memphis semble avoir joué un rôle important dès l’époque thinite (3200-2778 av. J.-C.). Le « mur blanc » (ineb hedj) fut peut-être une fondation des souverains du Sud ; les vastes mastabas, aux murs à redans en briques crues, de la nécropole archaïque de Saqqarah attestent l’importance du site.

Au début de la IIIe dynastie, Djoser fit édifier au sommet de la falaise désertique, à l’ouest immédiat de la ville, son complexe funéraire. Tandis que les constructions antérieures étaient en bois et briques crues, matériau fragile, Imhotep, le génial architecte de Djoser, construisit cet ensemble en belle pierre calcaire ; dominé par une pyramide à six degrés de 60 m de hauteur, le complexe atteint une surface voisine de 16 ha. Les divers édifices sont en quelque sorte factices : derrière leur façade, l’intérieur est en blocage ; les portes, ouvertes ou fermées, sont simplement simulées.

Sous la pyramide, au fond d’un vaste puits, le tombeau est construit en gros blocs de granit ; sous le mur sud de l’enceinte se trouve un second appartement funéraire. Les chambres sont décorées de panneaux de faïence d’un ton bleu-vert, d’une étonnante fraîcheur. On avait enfoui, dans certaines galeries, des dizaines de milliers de vases et récipients de schiste et d’albâtre, provenant du mobilier royal des dynasties antérieurs.

Sous les successeurs de Djoser, les pyramides* furent édifiées plus au sud, à Dahchour, puis, sous la IVe dynastie (Kheops, Khephren et Mykerinus), plus au nord, à Gizeh. Après que les premiers rois solaires de la Ve dynastie se furent fait inhumer à Abousir, on revint sur le plateau de Saqqarah, au sud d’abord avec Djedkarê-Isési, puis en divers points sous les rois suivants, qui firent graver dans leurs appartements funéraires les célèbres textes des pyramides : Ounas, puis les rois de la VIe dynastie (Teti, Pepi Ier, Mérenrê, Pepi II, v. 2400-2200 av. J.-C.). Autour de chacune des pyramides, des dignitaires du règne installent leurs sépultures, surmontées de mastabas alignés en véritables rues de ville des morts. Certains des cultes funéraires se perpétuent longtemps : c’est la pyramide de Pepi Ier, Mn-nfr, qui donnera son nom à la cité de Memphis. Mais, de celle-ci elle-même, il ne reste rien pour ces hautes époques.