Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
M

mélodrame (suite)

Et de fait il a écrit plus de cent mélodrames pour une période allant de 1797 à 1835, joués dans le théâtre dont il est le directeur, le théâtre de la Gaîté, ou sur le célèbre « Boulevard du Crime ». Croire que son succès (30 000 représentations en France durant la même période) ne touche que le peuple inculte serait une erreur : c’est au « Crime » que les romantiques Hugo, Dumas, Gautier éprouveront leurs premières émotions ; et, s’ils loueront les auteurs de mélodrame en les traitant de « Shakespeares méconnus », de « Goethes du Boulevard du Temple », sans doute est-ce parce qu’ils reconnaîtront en eux des précurseurs.


Technique du mélodrame et postérité

Théâtre à grand spectacle, le mélodrame fait appel à une mise en scène somptueuse destinée à créer une atmosphère pittoresque et troublante. Ce qui n’exclut pas le réalisme, ou du moins un certain réalisme que l’on tente d’atteindre en faisant de la « couleur locale ». Parallèlement à ce besoin de faire vibrer les fibres de la sensiblerie, le mélodrame satisfait au goût simpliste de son public : le dénouement voit toujours le triomphe du bon sur le méchant, même s’il faut faire appel aux plus invraisemblables trouvailles pour assurer le renversement final.

« Plaisir des yeux, goût de l’histoire et de la légende, souci d’exactitude, action mouvementée, appel aux nerfs et aux larmes, prédication morale : autant de traits par lesquels le mélodrame prépare et préfigure le drame romantique », souligne Michel Lioure dans son analyse des origines du drame hugolien. Cela est tout à fait exact et ne doit absolument pas surprendre : nés tous deux de drame bourgeois, le mélodrame et son successeur romantique se devaient d’avoir des points de contact très étroits. Seules une plus grande maîtrise artistique et une volonté évidente d’atteindre au « sublime » devaient assurer au drame romantique une place de choix au sein des lettres de notre pays. Le jugement du public devait se révéler quelque peu différent puisque, si le mélodrame continua une brillante carrière jusqu’à la fin du xixe s., le drame romantique dut se contenter de quinze petites années de succès.

D. C.

 P. Ginisty, le Mélodrame (Louis Michaud, 1910). / W. G. Hartog, Guilbert de Pixerécourt, sa vie, son mélodrame, sa technique et son influence (Champion, 1913). / F. Rahill, The World of Melodrama (Londres, 1967).

Melozzo da Forli

Peintre italien (Forli 1438 - id. 1494).


Authentique héritier, à côté de Bramante*, de la culture d’Urbino*, Melozzo a le mérite d’avoir porté à son aboutissement la démarche stylistique de Piero* della Francesca. Il semble, malgré la maigreur des témoignages sur ce point, qu’il ait fait de fréquents séjours à la cour des Montefeltro entre 1465 et 1475. Il est en contact à Urbino avec le jeune Bramante, avec Piero, Juste de Gand et Berruguete*. Il s’est aussi documenté à Rome vers 1469-70 ; il retournera dans cette ville pour d’assez longs séjours entre 1470 et 1480.

La fresque représentant la Nomination de Bartolomeo Platina à la bibliothèque Vaticane par Sixte IV (Rome, pinacothèque du Vatican), datée de 1477, est son premier travail certain. Tout y révèle l’enseignement de Piero della Francesca : autorité de la perspective, harmonie des proportions et de l’architecture inspirée d’Alberti*, objectivité dans la description des personnages. Cette influence se retrouvera de façon latente au fur et à mesure que prendra forme la manière de Melozzo. Il ne reste que peu de chose de son œuvre, mais ces témoignages sont les étapes cohérentes d’un itinéraire sans contradictions.

Après la chapelle du Trésor de la basilique de Lorette, il décore entre 1480 et 1484 l’abside des Saints-Apôtres à Rome. Quelques fragments subsistent de cette œuvre, dont l’Ascension et plusieurs Anges musiciens, déposés à la pinacothèque du Vatican. Melozzo ajoute à la leçon de Piero quelques réminiscences de Mantegna*, connu probablement à travers la « Camera degli Sposi » du palais ducal de Mantoue (1474) ; il emprunte au Padouan le raccourci des personnages, les mises en place illusionnistes, l’habitude de recourir à des solutions décoratives. Les célèbres Anges musiciens représentent un des meilleurs moments de l’artiste : ils sont lancés dans l’espace par un tour de force perspectif, audace que soutient la brillance de leur coloration.

Il exécute en 1493 les fresques de la chapelle Feo à San Biagio de Forli (détruites en 1944), avec l’importante participation de son élève Marco Palmezzano (v. 1455-1539). Melozzo y déploie une écriture souple, pliant figures et draperies puissamment géométrisées au parti illusionniste qu’il exalte.

S’il n’a pas donné naissance à une véritable école, cet artiste doit être considéré comme le créateur de l’encadrement perspectif d’une scène, ou quadraturismo. Son art brillant, démonstratif permet de le considérer comme un des prédécesseurs importants de la Renaissance classique.

N. B.

 R. Buscaroli, Melozzo da Forli (Rome, 1938) ; Melozzo e il Melozzismo (Bologne, 1955).
CATALOGUE D’EXPOSITION. Mostra di Melozzo et del quattrocento romagnolo (Forli, 1938).

Melun

Ch.-l. du départ. de Seine-et-Marne ; 38 996 hab. (Melunais).


Située sur la Seine, à 46 km au sud de Paris, dans la Brie méridionale, Melun est le centre d’une petite agglomération satellite de Paris, qui comprend, en outre, Dammarie-les-Lys, Livry-sur-Seine, Le Mée-sur-Seine, Vaux-le-Pénil, Réau (Villaroche), La Rochette, Saint-Fargeau-Ponthierry et totalise environ 80 000 habitants.

Melun appartient à la série des villes-ponts des environs de Paris. Elle est située sur la vieille route de Lyon par la rive droite, qui rejoint à Montereau celle de la rive gauche passant par Fontainebleau. Elle est aussi sur une vieille route nord-sud, par laquelle, de Basse-Bourgogne et de Beauce à travers la Brie, on gagne Meaux, les pays de l’Oise, la Picardie et la Flandre en contournant Paris.