Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Anvers (suite)

Le port est long de 20 km, pour une largeur de 10 km. Le premier port, sur la rive concave, sans écluse, est fréquenté par les navires moyens des lignes régulières. En 1914, le port s’étendait depuis le bassin Bonaparte jusqu’au bassin Albert (1913) et aux trois premières darses ; c’est aujourd’hui le port des grains, de la potasse, des bois, des fruits. Entre les deux guerres ont été creusés les bassins Léopold et de la Hanse, la quatrième darse et une quatrième écluse (Van Cauwelaert) ; la partie Est est réservée aux minerais et au charbon, la partie Ouest aux cales sèches et à des ports pétroliers.

De 1955 à 1964 ont été mises en service l’écluse Baudouin, les cinquième et sixième darses. En 1967, le port a fait un « bond » vers le nord en s’allongeant de 10 km avec l’ouverture du bassin canal et la mise en service de la grande écluse de Zandvliet. Ces 10 km ont été presque immédiatement occupés par l’industrie. Un nouveau bassin a été créé, le bassin Churchill, où 2 km de quais sont réservés aux terminais de conteneurs et au roll on-roll off (permettant l’accès direct des camions aux navires). Désormais, long de 20 km, le port bute contre la frontière ; il commence à passer sur la rive gauche ; sa superficie pourrait doubler.

La puissance du port tient : à sa taille (11 000 ha, 95 km de quais) ; à sa capacité d’entreposage (2 millions de mètres carrés couverts et plus de 5 millions de mètres carrés non couverts) ; à la force de ses engins pour pondéreux (Stocatra peut transborder 100 000 t de minerais par jour) ; à l’excellence de la manipulation des marchandises diverses, liée au matériel et à la spécialisation de la main-d’œuvre. Avec un trafic maritime de 76 Mt en 1974, Anvers est le quatrième port européen. Le trafic, en progrès rapides, a plus que doublé de 1960 à 1970. L’équilibre des entrées et des sorties est presque réalisé, si l’on exclut les hydrocarbures ; les navires trouvent du fret de retour.

Anvers est un port national pour les trois quarts de son trafic : il effectue 90 p. 100 du trafic maritime belge et le tiers du commerce extérieur belge. Mais le transit dépasse encore 15 Mt, et, comme il s’agit en grande partie de marchandises générales, c’est un apport important : avec l’Allemagne, plus de 5 Mt (Rotterdam est mieux placé, mais Anvers attire davantage les marchandises générales) ; avec la France, 5,7 Mt (ici, Anvers entre en concurrence avec Dunkerque).

Le trafic est original par la part relativement faible des hydrocarbures et le tonnage élevé des marchandises générales. Les hydrocarbures servent de « locomotive » pour l’agrandissement et pour le développement chimique, mais ils apportent relativement moins de travail et de droits, et la catégorie « marchandises sèches » fait remonter Anvers dans la hiérarchie (en 1969, Rotterdam : 75,3 Mt ; Anvers : 49 Mt ; Marseille : 8,2 Mt).

Les 60 p. 100 restants se partagent à peu près également entre les pondéreux et les marchandises générales. Celles-ci sont un atout majeur : dans ce domaine, Anvers est le premier port de l’Europe occidentale. Il effectue 50 p. 100 des sorties de fer et d’acier de la C. E. E. Sa supériorité tient à l’ampleur des entrepôts et à la qualité de la manutention (16 000 dockers qualifiés) : avec ses 6 terminals, ses portiques et ses 2 km de quais, c’est de très loin la plus forte installation d’Europe (600 000 t en 1968) ; sa supériorité tient aussi au nombre de lignes régulières (240).

Les pondéreux sont surtout importants à l’entrée : Anvers ravitaille un arrière-pays industriel. Il importe des minerais, en forte expansion (10 Mt), du charbon, du bois, des engrais, des céréales, des fruits.


L’industrie

L’industrie occupe 160 000 personnes (45,5 p. 100 des actifs, part élevée pour un port). Anvers est le deuxième centre industriel belge et occupe le dixième de la main-d’œuvre nationale. Toutes les industries sont nées du commerce portuaire.

Parmi les industries traditionnelles émergent l’alimentation (rizeries, huileries, biscuiteries), les industries du bois, celles des métaux non ferreux (Hoboken et à l’est de la ville), les chantiers navals, la célèbre industrie des diamantaires, l’industrie chimique, déjà installée avant 1939 (produits photographiques Gevaert [Mortsel], raffinage du pétrole, engrais).

Mais, récemment, le port a connu un énorme développement : les terrains industriels du port sont passés de 127 ha en 1950 à 600 ha en 1960 et 2 317 ha en 1968 ; 5 000 autres hectares peuvent être aménagés sur la rive gauche. Les quelque 10 km du bassin canal ont été alloués en deux ou trois ans. Trois types seulement occupent la zone portuaire : la réparation navale, le montage automobile et la chimie.

Le port dispose de 17 cales sèches ; les constructions navales sont installées au sud, à Hoboken et à Tamise. Le montage automobile se localise à l’est, près du bassin Albert et, plus récemment, près du bassin Churchill ; Ford Tractors monte 30 000 tracteurs par an, et la General Motors a deux usines d’une capacité de 260 000 véhicules par an.

La chimie et la pétrochimie sont les secteurs les plus dynamiques. Cinq raffineries ont une capacité totale de traitement de 30 Mt, la plus importante (14 Mt) appartenant à la Société industrielle belge des pétroles, filiale de la société belge Pétrofina et de British Petroleum. Nafta-B, entrepôt d’hydrocarbures soviétiques, pourrait édifier une raffinerie.

Dans le domaine de la pétrochimie, Pétrochim (filiale de Pétrofina et Phillips Petroleum), qui occupe 45 ha et s’est réservé 200 autres hectares, fabrique 500 000 t d’éthylène, 150 000 t de produits aromatiques, 55 000 t de caoutchouc, etc. Union Carbide, qui possède 45 ha et a 165 ha en réserve, fournit 100 000 t de polyéthylène ; Polyolefins (40 p. 100 Rhône-Poulenc, 30 p. 100 Phillips Petroleum, 30 p. 100 Pétrofina) fabrique des résines et caoutchoucs ; Polysar est une filiale de Polymer Corporation Canada.

En ce qui concerne l’industrie chimique, Bayer a 180 ha (caprolactame, fibres chimiques), Monsanto 100 ha (plastifiants), Solvay 100 ha (100 000 t de chlore), la Badische Anilin- und Soda-Fabrik (BASF) 450 ha (sur les 200 ha occupés en 1968, elle fabrique 600 000 t d’acide nitrique).