Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
M

médiques (guerres) (suite)

La première guerre médique

Au printemps 490, une armée perse (qui s’est assuré les services d’un expert en affaires grecques, Hippias, le fils de Pisistrate) s’embarque pour traverser l’Égée. Six cents trières doivent mener contre Athènes 50 000 hommes de troupe. Passant par les Cyclades, les Perses prennent Naxos, mais se montrent respectueux du dieu de Délos, dont ils épargnent les temples, puis atteignent l’Eubée pour débarquer enfin à Marathon.

Les Athéniens, pris de panique, hésitent. Pourtant, le stratège Miltiade, aventurier soutenu par le parti démocratique, réussit à organiser la résistance. La petite armée des 10 000 hoplites paysans-soldats fait mouvement vers Marathon pour prendre position face aux Perses ; viennent les y rejoindre les 1 000 soldats de Platées, l’alliée de toujours ; les Spartiates, appelés à la hâte, ne sont pas là (ils avaient refusé de partir — sous un prétexte religieux — avant la pleine lune) et n’arriveront en Attique qu’au lendemain des combats. Les stratèges hésitent à engager la lutte devant l’évidente disproportion des forces, mais, tandis que la flotte perse s’approche d’Athènes, où des traîtres (on a dit que les Alcméonides étaient compromis dans cette affaire) doivent lui ouvrir les portes, le 13 septembre s’engage dans la plaine la bataille. La lourde phalange des hoplites, menée par Miltiade, réussit à enfoncer la masse inorganisée de l’armée perse sans que sa charge soit ralentie par les multiples traits des archers orientaux ; les débris de l’armée vaincue n’ont plus qu’à se rembarquer.

Athènes tire de cette victoire inattendue un prestige immense ; les combattants de Marathon, soldats citoyens, seront pour des siècles l’exemple de la valeur et de la vertu guerrière que ne cesseront d’évoquer les orateurs. Miltiade, lui, veut tirer, en bon corsaire qu’il est, un profit plus immédiat de son succès : il se fait désigner comme chef d’une expédition (dont il pense qu’elle sera facile et fructueuse) contre Paros, qui a aidé les Perses. Mais il ne peut prendre la ville et est lui-même grièvement blessé. Il est traîné en justice par Athènes ; ses amis ne peuvent que lui éviter une condamnation à mort ; il est astreint à une amende de 50 talents, puis succombe à la gangrène. L’homme providentiel n’avait pas le droit d’essayer de profiter de la gloire qui s’attachait à sa victoire : elle devait revenir exclusivement à la cité.


La seconde guerre médique

L’échec de Marathon est grave pour Darios ; il risque de provoquer l’agitation dans les provinces européennes de son empire et de ranimer des troubles en Ionie. Aussi le roi veut-il, sur le champ, tirer de la Grèce une vengeance exemplaire. Mais, retardé par une révolte de l’Égypte (486-485), il ne peut le faire et laisse à sa mort cette tâche à son fils Xerxès Ier*, assisté de Mardonios, le vaincu de Marathon.

Le nouveau roi décide d’écraser les Grecs sous la puissance de l’empire tout entier. Il met en place un fabuleux dispositif, diplomatique d’abord (ambassades à Carthage, en Thessalie, à Thèbes, qui lui promet son appui en trahissant l’hellénisme) et guerrier : plus de 5 000 000 d’hommes sont recrutés dans toutes les satrapies (c’est ce que dit Hérodote, mais le chiffre de 500 000 soldats — une armée déjà fort importante — serait sans doute plus exact). La route que doit emprunter l’expédition est soigneusement préparée : un pont de bateau est construit sur l’Hellespont (Xerxès fait même, dit-on, fouetter la mer, qui a osé briser les premiers éléments de la chaussée flottante) ; l’isthme de l’Aktê (au mont Athos) est coupé d’un canal pour que la flotte qui escortera l’armée en soutien logistique n’ait pas à doubler un cap dangereux ; des dépôts de vivres sont installés sur les points stratégiques.

Les Grecs semblent prêts à recevoir les Perses : ils ont su se grouper en 481 en une ligue panhellénique de défense (dite « de Corinthe ») dans laquelle Athènes, soucieuse de ne pas gêner la si difficile entente des cités, a accepté de ne pas revendiquer (malgré sa victoire de Marathon) l’hégémonie, qu’assumera Sparte seule, les décisions politiques étant préparées par un conseil des stratèges représentant les États membres.

Pourtant, le rouleau compresseur perse, malgré les prodiges de valeur des Grecs aux Thermopyles (août 480), où tombent les 300 Spartiates de Léonidas (dont une stèle rappellera qu’ils gisaient là « par obéissance aux lois de Sparte »), écrase tout sur son passage. Bientôt, il semble que l’on ne puisse plus envisager que de défendre le Péloponnèse en fortifiant l’isthme. Athènes est sacrifiée dans cette stratégie — Sparte ne serait pas fâchée, d’ailleurs, que sa rivale meure au cours des opérations —, mais Thémistocle*, le nouvel homme fort d’Athènes, veille. Il a su construire une flotte importante en utilisant les ressources procurées par de nouveaux filons des mines d’argent du Laurion. Évacuant l’Attique, qui sera pillée par les Perses, quittant la ville elle-même, qui sera détruite, il replie tous les habitants dans l’île de Salamine. Dans la rade se rangent les trières, et, le 29 septembre 480, Xerxès assiste au désastre de sa flotte. La Grèce, de nouveau, est sauvée par les citoyens d’Athènes, toutes classes mêlées cette fois, puisque les rameurs, artisans de la victoire, sont les plus pauvres d’entre eux. L’armée perse, en effet, comme la saison est bien avancée, doit se replier. Seul demeure en Grèce le général Mardonios, dont les troupes sont détruites en août 479 à Platées malgré des prodiges de valeur, tandis que, sur les côtes d’Asie, la flotte grecque écrase une autre armée perse à Mycale.

Quoique inattendue, la victoire des Grecs n’était pas illogique : à la masse énorme des armées perses, mal équipées (les soldats n’avaient pas d’armement défensif ; ils étaient mal préparés au combat rapproché), manquant d’idéal et d’unité, s’opposait la technique sans faille des phalanges de soldats citoyens animés par l’amour de leur patrie, l’élan des rameurs, qui, fiers d’être appelés à leur tour à défendre la cité, y voyaient la possibilité d’assurer une véritable démocratie. Leur succès garantit pour longtemps la sécurité des mers dans l’Égée et le développement de la civilisation grecque de l’âge classique.