Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
M

Médicis (les) (suite)

Détenant effectivement plus de 50 p. 100 des parts de chaque entreprise, les Médicis et leurs alliés sont les associés majeurs (maggiori). Ils confient la gestion de chacune d’elles à un gouverneur choisi parmi les associés minoritaires (minori). Rétribués par une participation aux bénéfices supérieure en pourcentage à leur apport au capital social de la filiale, les gouverneurs doivent adresser chaque année aux « maggiori » florentins une copie de leur bilan, arrêté au 24 mars, et se rendre au siège de la firme tous les deux ou trois ans pour rendre compte de leurs activités au chef de la firme et à son directeur général. En fait, l’efficacité du système dépend de l’autorité, de la prudence et de l’intelligence économique de ces deux derniers.

Il en est ainsi au temps de Giovanni di Bicci, de Cosme l’Ancien et de Pierre le Goutteux, bien secondés entre 1402 et 1463 par Benedetto di Lippaccio de’ Bardi (1402-1420), par Ilarione di Lippaccio de’ Bardi (1420-1433), par Lippaccio di Benedetto di Lippaccio de’ Bardi (1433-1435), par Giovanni d’Amerigo Benci (1435-1455), puis par Giovanni di Cosimo de’ Medici (1455-1463). Il n’en est pas de même au temps de Laurent le Magnifique et de Francesco Sassetti (1463-1490), dont le temps est trop absorbé par leurs activités politiques et par leurs préoccupations intellectuelles.

Ainsi ces derniers laissent-ils trop de libertés aux trois frères Portinari, qui dirigent respectivement la filiale de Milan (Pigello [1453-1468] et Accerrito [1468-1478]) et celle de Bruges (Tommaso [1465-1480]). Plus étroitement solidaires les uns des autres que des associés maggiori de Florence (les Médicis), consentant à Francesco Sforza, à Édouard IV d’Angleterre et à Charles le Téméraire des prêts d’un montant très supérieur au capital social de leurs firmes respectives, les Portinari ne peuvent financer ces opérations qu’en mobilisant les autres sommes dont ils disposent : bénéfices accumulés ; sommes investies à gain ou à perte par les associés en dehors du capital social de la compagnie ; dépôts, enfin, rémunérés par un intérêt annuel fixe, mais remboursables à vue aux souscripteurs. Ne pouvant être remboursé (en 1468 les Sforza leur doivent 179 000 ducats ! ; en 1478, les Valois de Bourgogne 16 150 gros !), Laurent le Magnifique décide de liquider en 1478 la filiale de Milan afin d’arrêter l’hémorragie financière. Puis, du fait de la mort prématurée de Charles le Téméraire devant Nancy en 1477, il décide de se retirer en 1480 de celle de Bruges, en obligeant Tommaso Portinari à assumer sous sa propre responsabilité la charge de rembourser les 70 000 ducats engagés par sa firme pour l’essentiel aux Valois de Bourgogne et aux Habsbourg, et pour partie à Édouard IV d’Angleterre, dont l’insolvabilité avait déjà entraîné la dissolution, en 1472, de la filiale de Londres, réouverte en 1473 sous une nouvelle raison sociale dans la dépendance de la filiale de Bruges.

En négligeant également de contrôler avec minutie les bilans de la filiale de Lyon, dont les profits sont artificiellement gonflés par son gouverneur Lionetto de’ Rossi, Francesco Sassetti porte aussi sa part de responsabilité dans les difficultés de cette firme, qu’il sauve in extremis en se rendant en France en 1488. Bien entendu, celle-ci ne survit pas à la faillite générale du holding en 1494, faillite qui met un terme à l’habile tentative faite par les Médicis pour soustraire leur firme aux aléas de la conjoncture par le biais de structures juridiques nouvelles.

P. T.

➙ Florence / Italie / Toscane.

 E. Müntz, les Collections des Médicis au xve s. Le musée, la bibliothèque, le mobilier (J. Rouam, 1888). / F. T. Perrens, Histoire de Florence depuis la domination des Médicis jusqu’à la chute de la République, 1434-1531 (Quantin, 1888-1890 ; 3 vol.). / G. F. Young, The Medici (Londres, 1909 ; trad. fr. les Médicis, Laffont, 1969 ; 2 vol.). / A. Grunzweig, Correspondance de la filiale de Bruges des Médicis (Bruxelles, 1931). / A. Renaudet, Laurent le Magnifique (Desclée De Brouwer, 1937). / C. S. Gutkind, Cosimo de’ Medici, Pater patriae, 1389-1464 (Oxford, 1938) ; Cosimo de’ Medici il Vecchio (Florence, 1940 ; 2e éd., 1949). / A. Bailly, la Florence des Médicis (Hachette, 1942). / R. de Roover, The Medici Bank ; its Organisation, Management, Operations and Decline (New York, 1948) ; The Rise and Decline of the Medici Bank, 1397-1494 (Cambridge, Mass., 1963). / M. Andrieux, les Médicis (Plon, 1958). / J. Lucas-Dubreton, la Vie quotidienne à Florence au temps des Médicis (Hachette, 1959). / A. Chastel, Art et humanisme à Florence au temps de Laurent le Magnifique (P. U. F., 1959 ; 2e éd., 1961). / J. F. Bergier, Genève et l’économie européenne de la Renaissance (S. E. V. P. E. N., 1963). / M. Brion, Laurent le Magnifique (Club des amis du livre, 1963) ; le Siècle des Médicis (A. Michel, 1969). / A. Rochon, la Jeunesse de Laurent de Médicis, 1449-1478 (Les Belles Lettres, 1963). / A. Morassi, le Trésor des Médicis (Office du livre, Fribourg, 1964). / J. Favier, les Finances pontificales à l’époque du Grand Schisme d’Occident, 1378-1409 (De Boccard, 1966). / N. Rubinstein, The Government of Florence under the Medici, 1434 to 1494 (Oxford, 1966). / A. Jourcin, les Médicis (Rencontre, Lausanne, 1968). / A. Tenenti, Florence à l’époque des Médicis. De la cité à l’État (Flammarion, 1968).

médiques (guerres)

Premier grand affrontement entre les Grecs et les Perses (490-479 av. J.-C.).



La révolte de l’Ionie

Dans l’immense Empire perse réorganisé par Darios Ier*, les Grecs d’Asie se sentaient mal à l’aise : méprisés des Barbares, ils étaient en butte aux tracasseries d’une administration qui les traitait en sujets et surtout à la concurrence économique des Phéniciens, que favorisait le gouvernement.

En 499 av. J.-C., l’intrigant Aristagoras convoqua à Milet les représentants des « douze cités ioniennes », qui décidèrent de se révolter. Les tyrans qu’avaient installés les Perses furent chassés, tandis qu’une ambassade partait pour la Grèce demander des secours. Sparte fut assez raisonnable pour refuser d’entrer en guerre contre le Grand Roi, mais la toute neuve démocratie d’Athènes, métropole ionienne, n’hésita guère à fournir une aide (toute symbolique d’ailleurs) de vingt trières aux révoltés. En 498, Sardes tomba aux mains des insurgés, mais les villes ioniennes cessèrent de s’entendre et surtout ne voulurent plus accepter pour faire la guerre les sacrifices indispensables : en 494, ce fut la défaite de Ladê, puis la prise de Milet, et la Grèce d’Asie retomba sous le joug. Darios, fort habilement, instaura dans chaque cité la démocratie, ce qui lui assura pour quelque temps la reconnaissance des Grecs et la tranquillité. Néanmoins, il ne pouvait laisser impunie l’insolence d’Athènes, dont l’exemple risquait d’être suivi.