Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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médecine (suite)

Sur le plan scientifique, il faut souligner les progrès de l’immunologie* et leur importance dans la compréhension de certaines maladies immuno-allergiques. De même, le développement de la physiologie, de la génétique*, de la virologie*, de la statistique permet de jeter une lumière nouvelle sur les maladies héréditaires et les maladies dégénératives.

Les affections cardio-vasculaires se développent, alors que l’espérance de vie grandit du fait de l’amélioration du pronostic des maladies infectieuses, métaboliques ou endocriniennes.

Les maladies virales (v. virus) restent encore bien mystérieuses, mais un fléau redoutable, la poliomyélite, est vaincu depuis la mise au point des vaccins antipoliomyélitique (Sabin, Salk, Lépine).

Le cancer* n’a pas encore livré entièrement les secrets de sa cause, malgré les progrès des connaissances en pathologie cellulaire. Mais la radiothérapie, la cobaltothérapie, la chimiothérapie spécifique permettent d’améliorer sans cesse la durée et la qualité de la survie des cancéreux et des leucémiques (v. leucémie). Une autre application de la radio-activité est l’utilisation des isotopes* pour l’exploration par les traceurs de différents organes ou de leurs fonctions.

La médecine légale

C’est une activité où interfèrent deux disciplines fondamentales, la médecine et le droit. Elle est exercée par des médecins qui ont acquis une compétence théorique et pratique dans les connaissances médicales propres à éclairer certaines questions de droit, et à permettre au législateur et au magistrat d’assurer une meilleure pertinence des lois, une plus grande sécurité dans la procédure et les jugements. La médecine et les sciences biologiques annexes, considérées dans leurs rapports avec le droit administratif, définissent ainsi la médecine légale. En fait, celle-ci est pratiquement limitée à la constatation et à l’étude des faits criminels ou délictueux, à l’appréciation des dommages causés à un individu par une violence accidentelle ou criminelle, à la rédaction des rapports détaillés établis pour un magistrat selon les moyens de la procédure. Son activité caractéristique est donc l’expertise médicale et son rapport en justice. Même définie de la sorte, elle n’en couvre pas moins un domaine extrêmement vaste, puisque les violences et voies de fait ont pour conséquences la mort, les blessures, les séquelles physiques, l’avortement, l’empoisonnement et s’inscrivent dans les classes des crimes et délits contre les personnes, des attentats aux mœurs ou des crimes et délits sexuels.

L’expertise médico-légale

Les constatations médico-légales comprennent l’examen de la victime (examen clinique du blessé ou de la victime vivante, autopsie judiciaire du cadavre) et les examens annexes complémentaires (recherche des toxiques dans un empoisonnement, détection du groupe sanguin correspondant à une tache de sang, etc.). En outre, l’étude médico-légale porte sur les circonstances qui ont conduit à la violence, sur le comportement de l’agresseur ou du responsable, et d’autres expertises médicales pourront être nécessaires pour préciser, par exemple, l’existence de troubles mentaux chez un criminel.

Dans tous les cas, le médecin légiste — appelé maintenant « médecin expert près les tribunaux » — n’agit que sur réquisition ou après commission judiciaire et dans un domaine parfaitement défini par la mission qui lui est impartie. Il n’est alors qu’auxiliaire de la justice et doit fournir au magistrat toutes les informations qu’il juge utiles en précisant par des conclusions tranchées l’attitude médicale qui lui paraît devoir être soutenue. Ce point important est corrélatif de la compétence recherchée dans l’expert par le magistrat, mais celui-ci n’est pas lié par les conclusions de l’expert et, si le procès fait apparaître des faits nouveaux ou des arguments insuffisamment mis en valeur, des procédures de contre-expertise et de surexpertise sont possibles.

Malgré cette relative souplesse dans l’action judiciaire, le médecin expert n’en assure pas moins une écrasante responsabilité lorsqu’il doit démontrer par ses investigations l’innocence ou la culpabilité d’un accusé, décider d’une responsabilité entière ou d’une certaine incapacité mentale, engager l’honorabilité ou la simple dignité d’une famille ou d’un individu.

L’enseignement de la médecine légale

La complexité et le raffinement des disciplines médicales tendent à rendre très difficile un enseignement médico-légal complet. Par arrêté du 22 juin 1903 fut créé à Paris un institut de médecine légale et de psychiatrie ayant pour objet de donner une formation théorique et pratique aux étudiants qui se destinent aux fonctions d’expert près les tribunaux.

Actuellement, la charge de l’enseignement revient aux chaires et instituts de médecine légale des différentes facultés de médecine, et à l’unité d’enseignement et de recherche de médecine légale, déontologie et droit médical, qu’abritent les locaux de l’Institut médico-légal de Paris.

En médecine légale, les enseignements tendent à se diversifier selon les disciplines de médecine interne, de traumatologie, de toxicologie, de psychiatrie et de biologie, examinées sous l’angle de leurs rapports avec l’expertise médicale.

La médecine légale proprement dite recouvre en de nombreux points la médecine du travail — les accidents du travail étant des violences, et les maladies professionnelles chimiques des intoxications — et la médecine préventive de l’environnement.

Dans ces cas, les litiges font l’objet d’expertises judiciaires par des médecins, mais les techniques annexes doivent s’adapter aux faits reconnus comme causes probables et ont conduit à séparer ces études. De nombreuses expertises ne peuvent, cependant, être menées à bien que par la collaboration de plusieurs experts compétents dans des disciplines très différentes.