Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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médecine (suite)

La médecine moderne

Le xixe s. verra le développement de la physiologie, de la méthode anatomo-clinique, puis la naissance de la microbiologie.

• Avant 1870
François Magendie (1783-1855) fait de l’expérimentation sur le sujet vivant : il démontre la circulation du liquide céphalo-rachidien, le rôle moteur des racines antérieures de la moelle, le rôle des racines postérieures dans la sensibilité. Pierre Jean-Marie Flourens (1794-1867) et Johannes Peter Muller (1801-1858) étudient le système nerveux central, les organes des sens. Claude Bernard* laisse une œuvre majeure. Il crée la notion du « milieu intérieur », étudie les sécrétions glandulaires, démontre la fonction glycogénique du foie, le rôle du pancréas et édifie une conception philosophique de la vie, en lui conférant des bases scientifiques claires.

Rudolf Wirchow (1821-1902), envisageant les modifications intimes des tissus lors des maladies, fonde la pathologie cellulaire.

La médecine clinique française est divisée alors en deux grandes tendances, respectivement représentées par Broussais et Laennec*. François Joseph Broussais (1772-1838), polémiste autoritaire, pense que les maladies sont locales à l’origine et dépendent de l’inflammation digestive (gastro-entérite), et que la thérapeutique doit se fonder sur la lutte contre l’inflammation. Diète, saignées, sangsues sont seules efficaces. Cette théorie, combattue par Laennec, est responsable de nombreux échecs. Laennec, élève de Corvisart, publie en 1819 son Traité d’auscultation médiate. Il met en évidence chez le sujet vivant des symptômes traduisant les lésions anatomiques et s’intéresse tout particulièrement à l’affection donnant le maximum de lésions — donc de signes d’auscultation — pulmonaires : la phtisie, dont il mourra d’ailleurs. Il recrée la séméiologie et fait accomplir à la médecine un pas immense. Pierre Charles Alexandre Louis (1787-1872) introduit la statistique en médecine et isole la fièvre typhoïde, dont l’individualité avait été entrevue par Pierre Bretonneau (1778-1862). Armand Trousseau (1801-1867) décrit parfaitement la diphtérie. Mathieu Joseph Bonaventure Orfila (1787-1853) réorganise l’enseignement médical. L’Académie nationale de médecine est créée en 1820.

En Autriche, à Vienne, Josef Skoda (1805-1881) développe l’auscultation, Karl Rokitanský (1804-1878) l’anatomie pathologique. En Grande-Bretagne, Richard Bright (1789-1858) étudie les maladies des reins, Thomas Addison (1793-1860) l’insuffisance surrénale, Dominic Corrigan (1802-1880) l’insuffisance aortique, Thomas Hodgkin (1798-1866) individualise une lymphopathie maligne (v. lymphogranulomatose).

La chirurgie devient prudente, tant l’infection est fréquente. Guillaume Dupuytren (1777-1835), d’origine modeste, élève de Desault, est chirurgien de l’Hôtel-Dieu à quarante-trois ans. Enseignant et opérateur de grande classe, il confronte chirurgie et anatomopathologie, posant avec précision les indications opératoires. Joseph Claude Récamier (1774-1852) se spécialise en gynécologie, et Jacques Lisfranc de Saint-Martin (1790-1847) en orthopédie. Auguste Nelaton (1807-1873), Joseph François Malgaigne (1806-1865) sont également célèbres.

En Allemagne, il faut signaler Karl Ferdinand von Graefe (1787-1840), qui opère le bec-de-lièvre et utilise la transfusion sanguine, ainsi que Bernhard Rudolf Konrad von Langenbeck (1810-1887), qui crée la Société allemande de chirurgie. En Grande-Bretagne, John Bell (1763-1820), puis sir Astley Paston Cooper (1768-1841) sont les pionniers de la chirurgie vasculaire. Aux États-Unis, James Marion Sims (1813-1883) assure le progrès de la gynécologie — surtout chirurgicale —, mais c’est surtout à la découverte de l’anesthésie* que les noms d’Américains sont attachés : Crawford Williamsson, Horace Wells et William Thomas Green Morton. L’éthérisation, qui s’étend rapidement, se voit bientôt opposer, en une polémique durable, la chloroformisation.

La chirurgie, la douleur supprimée, devient alors plus lente et méticuleuse. La rapidité est moins nécessaire. Il est possible de chercher à mieux voir le champ opératoire, et des pinces vasculaires (Péan, Kocher) sont utilisées. D’autres progrès techniques sont réalisés dans le traitement des plaies opératoires, tel le drainage d’Edouard Chassaignac (1804-1879), qui évite la suppuration postopératoire (v. abcès). Mais l’absence de toute précaution d’asepsie (sauf chez sir Thomas Spencer Wells [1818-1897]) est la cause de très nombreuses et redoutables infections. Ignác Fülöp Semmelweiss (1818-1865), à la maternité de Vienne, comprendra le premier le rôle de la transmission de l’infection et l’importance de l’hygiène.

La pharmacologie fait de grands progrès. On utilise des alcaloïdes* extraits de plantes : digitaline*, strychnine, des dérivés de l’opium* (morphine), des extraits du quinquina (quinine, 1820 [Pelletier et Caventou]), de nombreux composés minéraux, arséniates, bromures, iodures, fer. La médecine devient internationale, en partie grâce à la publication de nombreuses revues. Les échanges sont facilités par l’association d’étrangers aux diverses sociétés médicales, qui, telle l’Académie, ont pour mission de surveiller l’état sanitaire, de diriger la recherche, de renseigner l’État sur la morbidité de telle ou telle affection. Les épidémies restent, en effet, redoutables. En 1851, une conférence internationale se réunit à Paris. Des règles de quarantaine sont édictées vis-à-vis de la peste, de la fièvre jaune, du choléra. Mais l’hygiène n’existe pas, et Semmelweiss se heurte à l’incompréhension de ses contemporains malgré ses brillantes démonstrations (la mortalité passe de 20 p. 100 à 3 p. 100). Cependant, Joseph Lister (1827-1912) présente en 1867 les règles de l’antisepsie à la British Medical Association. Ce génial chirurgien anglais a compris le rôle des « germes de l’air » dans la genèse de l’infection à la lecture des travaux de Pasteur sur les fermentations. L’utilisation de l’acide phénique réduit fantastiquement la mortalité chirurgicale (de plus de 50 p. 100 à 15 p. 100). Just Lucas-Championnière (1843-1913) prône la méthode en France, mais n’est malheureusement pas écouté avant la guerre de 1870, qui voit la plus effroyable mortalité chirurgicale.

• 1870-1914