Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Antonello da Messina (suite)

C’est de la même période que datent ou paraissent dater les meilleurs portraits d’Antonello : le célèbre Condottiere du Louvre, l’autoportrait présumé de la National Gallery de Londres, les personnages inconnus de la National Gallery de Washington et de la galerie Borghèse à Rome. On y trouve à la fois l’observation scrupuleuse des détails, une construction rigoureuse des volumes et une saisissante intensité d’expression. Le non moins remarquable portrait d’humaniste du Castello Sforzesco, à Milan, est un témoignage du bref séjour qu’Antonello fit dans cette ville en 1476, après avoir quitté Venise.

Le peintre passa ses dernières années à Messine, mais cette période reste assez obscure. Il n’eut en Sicile que des imitateurs sans personnalité frappante.

B. de M.

 S. Bottari, Antonello da Messina (Milan-Messine, 1953). / Catalogue : Antonello da Messina e la pittura del’ 400 in Sicilia (Venise-Messine, 1953).

Antonin le Pieux

(Lanuvium 86 - † 161), empereur romain de 138 à 161.



Un vieux Romain

Ayant perdu ses parents, il est élevé par ses deux grands-pères. Titus Aurelius Fulvius, son grand-père paternel, est d’origine nîmoise ; l’autre se nomme Arrius Antonius ; tous deux ont été deux fois consuls. Le jeune Antonin (Titus Aurelius Fulvius Boionius Antonius) est l’un des hommes les plus riches d’Italie ; il possède de vastes domaines, surtout en Étrurie ; il a coutume d’y résider et de les gérer. Outre des terres, il possède des briqueteries, dont l’estampille est familière aux archéologues.

Cette vie simple ne lui a pas fait négliger sa carrière politique. Consul en 120, il est consulaire probablement en Étrurie et en Ombrie, et proconsul d’Asie (130-135). Ses capacités et son sérieux lui valent d’entrer ensuite dans le Conseil impérial d’Hadrien. À la mort, en 138, de Lucius Ceionius Commodus, héritier présomptif de l’Empire, il est désigné comme successeur, mais à la condition d’adopter à son tour Marc Aurèle : ce dernier a les préférences d’Hadrien. Les historiens pensent qu’Antonin, homme de plus de cinquante ans, était destiné à assurer une sorte d’interrègne.

Successeur désigné en février 138, Antonin, qui a pris le nom de Titus Aelius Hadrianus Antonius, devient effectivement empereur à la mort d’Hadrien, quelques mois plus tard. Le sénat s’empresse de décerner de nombreux honneurs à Antonin : celui-ci accepte le titre de Pius, pieux, qui convient à la perfection de sa vie. Sa femme, Galeria Faustina, épousée en 112, reçoit le titre d’Augusta. Au contraire d’Hadrien, Antonin revient au gouvernement libéral et d’entente avec le sénat qui avait eu cours sous Trajan. Bientôt, les monnaies ne portent plus que la mention Antoninus Augustus Pius, qui supprime le cognomen et le souvenir d’Hadrien. Les sénateurs arrêtés sous Hadrien sont libérés ; les consulaires d’Italie, trop indépendants, sont supprimés.

Les Antonins

C’est le nom donné aux sept empereurs qui ont régné sur Rome de 96 à 192 : Nerva, Trajan, Hadrien, Antonin le Pieux, Marc Aurèle, Lucius Verus et Commode. La terminologie est moderne et ne correspond aucunement à une dynastie ; cependant, ces empereurs ont eu en commun une politique conservatrice, un vif attachement aux privilèges de la classe aisée, une réserve sans malveillance à l’égard des chrétiens, et enfin, comme dit J. Carcopino, ils ont « préféré d’indignes bâtards à leurs héritiers ». Le siècle des Antonins fut une période de paix et de prospérité. Ce fut aussi le moment de la plus grande extension territoriale de l’Empire.


Le « Père des hommes »

Antonin, tout en s’associant le sénat, ne renonce pas à son autorité personnelle. Son règne sera marqué par un souci d’équité et de minutie que Marc Aurèle relate et se donne pour modèle : « La mansuétude, jointe à une inflexibilité rigoureuse une fois le jugement formulé, l’empressement à écouter ceux qui peuvent fournir un conseil utile à tous [...], l’attention vigilante à conserver les ressources nécessaires à l’Empire [...], nulle recherche de popularité [...], le respect des traditions ancestrales sans ostentation. »

Il sait ménager les ressources des particuliers : restitution de l’or coronaire offert lors de son adoption, diminution d’impôts, remise d’arriérés, instructions aux agents du fisc pour qu’ils limitent scrupuleusement leurs levées aux sommes prescrites, chasse aux exactions et aux concussions. La prudence de sa gestion lui permettra de laisser à sa mort une réserve de 675 millions de deniers.

L’empereur évite les voyages, coûteux pour les provinciaux. Mais à sa sédentarité il y a d’autres raisons : très attaché à l’Italie, il aime s’entourer d’Italiens et se défie des Grecs et des Orientaux. Cependant, on lui reproche aujourd’hui d’avoir, faute d’inspections personnelles, laissé se scléroser l’administration.

Dans le domaine de la justice et de la législation, Antonin fait preuve de beaucoup d’activité. Lui-même est modéré dans la répression. L’esprit de la législation évolue : le juge doit corriger la lettre de la loi en fonction des impératifs de l’équité, et l’accusé ne doit plus être considéré comme coupable sans qu’on se soit assuré de preuves suffisantes. L’emploi de la torture et de la prison préventive est limité.

Au civil, Antonin favorise les esclaves : l’affranchissement est désormais irrévocable ; le propriétaire qui maltraite un esclave peut être contraint de le vendre, ou se le voir confisquer ; s’il le tue, son acte est assimilé à un homicide ordinaire. L’adopté est assuré d’avoir une part des biens de l’adoptant (quarte antonine).

Le sénat prend une part importante à ces décisions juridiques, qui touchent bien d’autres domaines encore. Le Gnomon de l’idiologue, mémento fiscal pour l’Égypte, conservé par un papyrus, donne une vue d’ensemble de la législation en vigueur à ce moment-là.

L’empereur accorde aux rhéteurs, grammairiens, philosophes des appointements réguliers, des exemptions d’impôt ou des fonctions prestigieuses (Hérode Atticus et Fronton sont consuls en 143). Des postes de médecins municipaux (archiatres) sont créés dans diverses villes.

Les institutions alimentaires sont étendues. Le peuple de Rome jouit de spectacles somptueux (jusqu’à cent lions à la fois !).