Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Maurras (Charles) (suite)

Entre 1914 et 1918, Maurras et l’Action française sont au premier rang de ceux qui soutiennent sans défaillance la politique de guerre, notamment celle de Clemenceau*, et qui luttent contre les défaitistes. Avec Jacques Bainville, en 1920, Maurras réclame — contre les stipulations du traité de Versailles — le démembrement de l’Allemagne. Dans les années qui suivent, l’audience de Maurras ne cesse de grandir dans les milieux conservateurs, malgré la remontée — timide — de la démocratie chrétienne. C’est l’époque de Pour en sortir (1924), mais aussi de la Musique intérieure et de Barbarie et poésie (tous deux de 1925)...

Bientôt éclate le coup de tonnerre dans ce ciel sans rides : en 1926, Pie XI condamne l’Action française, et plusieurs livres de Maurras sont mis à l’Index. Une crise dramatique déchire la conscience de nombreux catholiques, adhérents du mouvement et amis de Maurras. Celui-ci n’en poursuit pas moins son action : Méditation sur la politique de Jeanne d’Arc, 1931 ; Dictionnaire politique et critique (1931-1934) ; Nos raisons, 1933 ; Devant l’Allemagne éternelle, 1937. Son engagement politique s’intensifie même, au fur et à mesure que la IIIe République, malade, s’essouffle face à la crise économique mondiale, à la montée des fascismes, aux conflits idéologiques et sociaux.

Maurras se montre adversaire des sanctions contre l’Italie mussolinienne, sanctions qui, selon lui, déclencheront la guerre : il adresse alors à 140 parlementaires français, puis à Léon Blum, une lettre de menace de mort, qui lui vaut d’être emprisonné à la Santé d’octobre 1936 à juillet 1937. Triomphalement accueilli à sa sortie de prison par ses admirateurs, il poursuit sa lutte contre les démocrates-chrétiens de l’Aube, contre le Front populaire, contre Léon Blum notamment, ce qui fournit à l’antisémitisme nationaliste un nouvel aliment.

Mais déjà — pratiquement depuis l’échauffourée sanglante du 6 février 1934 — le vieux leader monarchiste est dépassé sur sa droite par un groupe actif de jeunes épigones de l’Action française (Robert Brasillach, Lucien Rebatet, etc.), animateurs de Je suis partout et admirateurs de Hitler et de Mussolini.

L’auteur des Quatre Poèmes d’Eurydice et des Vergers sur la mer (1937) n’en continue pas moins d’exercer une véritable fascination sur la droite française, d’autant plus que la papauté s’apprête à relever l’Action française de sa condamnation (1939). L’élection de Maurras à l’Académie française, le 2 juin 1938 a lieu au premier tour ; la réception, le 8 juin 1939, donne lieu, sous la Coupole, à une bruyante ovation. À ce moment, Maurras est engagé à fond contre ceux qui veulent la guerre. Néanmoins, en septembre 1939, il fait appel à l’union des Français.

L’arrivée du maréchal Pétain au pouvoir, en juillet 1940, constitue pour lui la « divine surprise ». Tout ce que Maurras a désiré prend forme sous ses yeux : un État (quasiment un royaume) fort, quoique décentralisé, leur place normale rendue aux corps intermédiaires et à l’Église, le triomphe d’une conception corporatiste du monde du travail... Dès lors, le maître de soixante-douze ans n’a qu’un but : « Ne pas faire chavirer la barque. » Ni européen, ni allemand, ni anglais, il veut être « Français du seul clan de la France » (la Seule France, 1941). Position en « ligne de crête » qui fait de lui — et de son journal, installé à Lyon — l’un des piliers idéologiques du régime de Vichy : il publie, en 1943, Avenir de l’intelligence française, la Contre-révolution spontanée, Pour un réveil français.

À la Libération, le vieux leader nationaliste, arrêté à Lyon le 8 septembre 1944, est inculpé d’« intelligences avec l’ennemi ». Condamné à la détention perpétuelle et à la dégradation civique en 1945, exclu de ce fait de l’Académie française, Maurras est détenu sept ans à Riom, puis à Clairvaux ; aidé d’amis fidèles, il ne cessera de réclamer la révision de son procès, multipliant les ouvrages de philosophie (l’Ordre et le désordre ; Antigone, vierge mère de l’ordre, 1948), de poésie (Au-devant de la nuit, 1946 ; À mes vieux oliviers, 1951 ; la Balance intérieure, 1952), de critique littéraire (Maurice Barrès, 1948) et surtout de politique (le Parapluie de Marianne, 1948 ; Inscriptions sur nos ruines, 1949 ; Au grand juge de France, 1949).

En avril 1952, Maurras bénéficie d’une grâce médicale et est placé en résidence surveillée dans la clinique de Saint-Symphorien près de Tours : c’est là qu’il meurt, ayant reçu les derniers sacrements, le 16 novembre.

P. P.

➙ Action française.

 S. Arbellot, Charles Maurras, homme d’action (Denoël, 1937). / G. London, le Procès Maurras (Bonnefon, Lyon, 1945). / P. Dresse, Charles Maurras, poète (l’Écran du monde, Bruxelles, 1949). / H. Massis, Mourras et notre temps (Plon, 1951, 2 vol. ; nouv. éd., 1961). / M. Mourre, Charles Mourras (Éd. universitaires, 1953). / A. Cormier, Mes entretiens de prêtre avec Charles Maurras (Plon, 1953) ; la Vie intérieure de Charles Maurras (Plon, 1956). / L. S. Roudiez, Mourras jusqu’à l’Action française (Bonne, 1957). / P. Vandromme, Mourras, l’Église de l’ordre (Éd. du Centurion, 1966). / B. de Vaulx, Charles Maurras. Esquisses pour un portrait (Éd. des Cahiers bourbonnais, Moulins, 1968). / J. Paugam, l’Âge d’or du maurrassisme (Denoël, 1971). / C. Capitan-Peter, Charles Maurras et l’idéologie d’Action française (Éd. du Seuil, 1972).

Mauss (Marcel)

Sociologue et anthropologue français (Épinal 1872 - Paris 1950).


Marcel Mauss est considéré comme le père de l’ethnologie française. Théoricien des sciences humaines, il n’a paradoxalement pas accompli d’œuvre théorique proprement dite, et pourtant les implications de son expérience scientifique ont marqué toute une génération de chercheurs en sciences sociales.

Né d’une famille des Vosges comme son oncle Émile Durkheim*, Marcel Mauss doit sans doute une large part de sa vocation et de son destin intellectuel aux affinités électives et aux liens de parenté qui l’unissent à Durkheim, le fondateur de l’école sociologique française. La brillante réussite universitaire de cet oncle, dont il va suivre l’enseignement à l’université de Bordeaux, lui ouvre la voie. Il participe activement aux travaux préparatoires du Suicide de Durkheim, et il est à ses côtés l’un des créateurs de l’Année sociologique, qui devient le périodique de l’école française (1898).

Le but commun va être d’établir une science sociale aussi « positive » quant à ses méthodes et ses résultats que les sciences de la nature, et de l’utiliser à des fins de transformation de la société.

La connaissance des travaux de Frazer va amener Durkheim et ses disciples à s’intéresser de plus en plus à l’ethnologie naissante, dont les objets d’étude se trouvent être les religions primitives et les organisations familiales.