Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
M

Maurice (île)

État de l’océan Indien.


Située dans le sud-ouest de l’océan Indien, entre 19° 51′ et 20° 32′ de lat. S., à 890 km à l’est de Madagascar et à 185 km au nord-est de la Réunion, l’île Maurice, l’une des Mascareignes, a une superficie de 1 865 km2 et mesure environ 60 km du nord au sud et 45 km d’est en ouest. Elle possède trois dépendances, les îles Rodrigues, Agalega et Cargados Carajos (ou Archipel Saint Brandon).


La géographie

Comme la Réunion, c’est une île entièrement volcanique, entourée par des profondeurs de l’ordre de 4 000 m. Mais les caractères de son relief sont fondamentalement différents : le point culminant, au piton de la Rivière-Noire, n’est qu’à 826 m ; d’autre part, les espaces en pente faible ou à relief modéré ont une extension beaucoup plus grande. Dans une première phase fut construit un grand cône volcanique, dont la partie centrale s’est effondrée en caldeira : les plus hauts reliefs de l’île, escarpés, sont les restes démantelés de ce grand édifice. Entre ces témoins du vieux volcan se sont épanchées de vastes coulées de laves basaltiques. C’est sur ces coulées de basalte, en pente faible, plus ou moins altérées, que s’étendent à perte de vue les plantations de cannes à sucre.

La pluviosité moyenne varie entre 900 mm, sur la côte nord, et 5 m au centre de l’île. Il y a une saison sèche, de mai à octobre, et une saison humide qui correspond à la saison chaude. Comme la Réunion, Maurice se trouve sur la route des cyclones, souvent dévastateurs, qui se manifestent durant la saison chaude.

L’île fut jadis presque entièrement recouverte de forêts : il n’en demeure plus actuellement que 26 000 ha. L’action humaine a entraîné aussi la disparition d’une partie de la faune.

Maurice présente une population résultant d’un extraordinaire mélange, dû à l’introduction, au cours de l’histoire, d’une main-d’œuvre d’esclaves en provenance des côtes d’Afrique et, pour la période comprise entre 1834 et 1925, à une immigration indienne massive. L’île compte environ 850 000 habitants, dont plus des deux tiers sont originaires de l’Inde. Le reste est constitué par des Africains, Européens ou créoles (30 p. 100) et par des Chinois (2 p. 100). Les divisions religieuses reflètent la diversité des races : hindouistes (49 p. 100), chrétiens (33 p. 100), musulmans (14 p. 100), bouddhistes (2 p. 100). Le taux annuel de croissance est de 2,7 p. 100. La pyramide des âges est très large à la base, les moins de 20 ans représentant 56 p. 100 de la population.

L’économie est dominée par la monoculture de la canne à sucre, qui assure au moins 90 p. 100 des exportations. La canne à sucre couvre plus des neuf dixièmes des terres cultivées. Elle est traitée dans une vingtaine d’usines qui produisent annuellement entre 600 000 et 700 000 t de sucre. La seconde culture d’exportation est celle du thé, qui s’accommode de pentes plus fortes dans l’intérieur de l’île (2 000 t). Les cultures vivrières (pomme de terre, arachide, patate douce, maïs) sont insuffisantes et on doit importer chaque année de grandes quantités de riz. Le cheptel est peu nombreux : 46 000 bovins, 66 000 caprins, 3 000 porcins, 3 000 ovins. De grandes quantités de viande doivent être importées, en particulier de Madagascar et d’Australie.

Une petite industrie a pour but de valoriser les produits agricoles locaux (sucre, thé, tabac, fibres d’aloès, jus de fruits) et de réduire les importations (bière, allumettes, chaussures, bougies, engrais). Une usine textile est en projet, ainsi qu’une minoterie.

La capitale, Port Louis (140 000 hab.), est le port de l’île et le principal centre industriel. Les autres villes notables sont Beau-Bassin (65 000 hab.), Vacoas-Phoenix (50 000 hab.), Curepipe (47 000 hab.) et Mahébourg.

Le réseau routier est dense et en majeure partie bitumé (1 360 km). Le réseau ferré (130 km) a cessé depuis 1958 d’être utilisé. L’aéroport de Plaisance reçoit les long-courriers d’une dizaine de compagnies aériennes et constitue une plaque tournante entre l’Afrique, l’Inde et l’Australie.

Les problèmes essentiels sont d’ordre démographique et économique. Avec une densité moyenne de 450 habitants au kilomètre carré, l’île est déjà surpeuplée. La monoculture de la canne rend son économie fragile. Une partie importante des produits alimentaires doit être importée. La balance commerciale (le commerce extérieur se fait pour près de 50 p. 100 avec la Grande-Bretagne, le reste surtout avec les États-Unis, l’Australie, le Canada et l’Afrique du Sud) est en général déficitaire et dépend presque entièrement de la récolte sucrière. Le plan 1966-1970 prévoyait une diversification de la production agricole, de nouvelles industries, un développement de la pêche ainsi qu’une extension du tourisme international, attiré par les magnifiques sites coralliens qui ceinturent l’île.

R. B.


L’histoire

Il est peu probable que les navigateurs arabes aient eu une connaissance quelconque des îles Mascareignes. C’est dans les premières années du xvie s. que les Portugais de la flotte d’Afonso de Albuquerque* reconnurent l’île Maurice, à laquelle ils donnèrent le nom d’« ilha do Cerné », qui était celui d’un de leurs navires. Par la suite, vers le milieu du siècle, d’autres Portugais attribuèrent à l’ensemble de l’archipel (Maurice, Réunion, Rodrigues) le vocable de « Mascareignes » en l’honneur de l’amiral Pedro Mascarenhas († 1535).

L’histoire de l’île débute véritablement le 17 septembre 1598, lors de sa prise de possession par l’amiral néerlandais Wijbrand von Waerwijck (v. 1569-1615), qui cherchait un point de relâche pour les vaisseaux de la Compagnie des Indes. L’île était alors totalement déserte, et les marins hollandais lui donnèrent le nom de « Maurice » en hommage au stathouder Maurice de Nassau.

L’île allait demeurer possession des Provinces-Unies pendant plus d’un siècle (jusqu’en 1710), mais l’œuvre coloniale des Néerlandais se résume à très peu de chose. Les Néerlandais n’occupèrent effectivement Maurice qu’à partir de 1638 et l’utilisèrent pendant un temps comme centre de déportation pour le compte de leurs établissements de Batavia (auj. Djakarta). Elle fut par la suite rattachée à la colonie du Cap dont les efforts de colonisation, quoique fort modestes, furent un peu plus sérieux, mais ne purent faire renoncer la Compagnie à abandonner définitivement l’île en 1710.

Après avoir servi quelque temps de refuge pour les pirates de la république de Libertalia, l’île tomba aux mains des Français en septembre 1715, quand le capitaine Dufresne d’Arcel en prit possession au nom de Louis XIV et la rebaptisa « île de France ».