Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
M

Matisse (Henri) (suite)

Malgré la guerre, la vieillesse, la maladie, le sens de l’invention plastique demeure intact chez Matisse, s’inspire des courbes d’un fauteuil rocaille, renoue dans les grands Intérieurs de 1946-1948 avec les paroxysmes colorés du fauvisme, cherche la symbiose de tous les arts dans l’ensemble décoratif de la chapelle du Rosaire des Dominicaines à Vence (1951). C’est toutefois à travers les grandes gouaches découpées follement évocatrices de la danse ou du repos, de la femme, de l’arbre ou de la fleur que Matisse atteint à la fin de sa vie à « encore plus d’abstraction, encore plus d’unité ».

Les mêmes préoccupations apparaissent dans ses sculptures, soixante-dix bronzes environ qui, eux, toutefois, s’attaquent de front aux problèmes de l’expression volumétrique (ainsi avec la série des bustes de Jeannette, 1910-1913). De même dans ses dessins et ses gravures (fort nombreux), ses illustrations de livres : dix-sept en tout, parmi lesquelles les Poésies de Mallarmé (1932), les Lettres de la religieuse portugaise (1946) et le texte intitulé Jazz, magistralement accompagné de papiers découpés (1947). Outre les réflexions incluses dans ce dernier album, Matisse a donné différents textes, repris dans le recueil Écrits et propos sur l’art édité en 1972.

Tout au long de sa carrière, les mêmes thèmes s’imposent : fenêtres ouvertes, femmes indolentes, univers de paresse totalement antithétique de son créateur et, avant tout, prétexte à la prospection du champ artistique. « Le travail guérit de tout » disait Matisse. L’œuvre du peintre, d’une apparente simplicité, « ce fruit de lumière éclatante » aimé d’Apollinaire, naît d’un labeur acharné, qui toujours cherche à témoigner de l’indicible sensation dont l’un de ses derniers tableaux porte le titre : le Silence habité des maisons.

S. M.

➙ Fauvisme.

 A. H. Barr, Matisse, his Art and his Public (New York, 1951 ; nouv. éd., 1966 et 1974). / G. Diehl, Henri Matisse (Tisné, 1954). / R. Escholier, Matisse, ce vivant (Fayard, 1956). / J. Lassaigne, Matisse (Skira, Genève, 1959). / G. Guichard-Meili, Matisse (Hazan, 1967). / G. Marchiori, Matisse (Milan, 1967 ; trad. fr., la Bibliothèque des arts, 1970). / R.-J. Moulin, Matisse, dessins (Cercle d’art, 1968). / L. Aragon, Henri Matisse, roman (Gallimard, 1971 ; 2 vol.). / J. Jacobies, Matisse (Cercle d’art, 1974).
CATALOGUE D’EXPOSITION. Henri Matisse, exposition du Centenaire, Grand Palais, Paris (Musées nationaux, 1970).

matriçage

Procédé de mise en forme de matériaux métalliques généralement à base de cuivre (laiton), ou d’aluminium, par déformation à l’état solide, à chaud ou à froid, au moyen d’un ensemble de deux blocs en acier, appelé matrice, qui comporte en creux la forme de la pièce à réaliser et qu’une machine spéciale, généralement une presse, vient fermer plus ou moins rapidement autour de l’ébauche à façonner.


L’effort développé par la presse doit être suffisant pour engendrer dans la masse métallique façonnée des contraintes supérieures à la limite élastique du métal considéré, afin de produire d’importantes déformations permanentes, encore appelées déformations plastiques. Pour les grandes pièces, cet effort peut atteindre plusieurs milliers de tonnes.

Au cours de la fermeture de la matrice, l’excédent de métal s’écoule, s’il y a lieu, entre les deux blocs sous forme d’une bavure que l’on découpe éventuellement sur une autre presse équipée d’une matrice d’ébavurage. La forme des cavités, appelées gravures, portées par les deux blocs de la matrice correspond à la forme de la pièce à obtenir ; la pièce est, sur son dessin, partagée en deux moitiés, ne présentant pas de parties en contre-dépouille, reproduites chacune dans un des deux blocs. Si la pièce doit nécessairement comporter des parties en contre-dépouille, il faut des matrices en trois parties ou même plus.


Réalisation

À l’origine, le vocable de matriçage était réservé au formage de pièces de forme géométrique telle qu’elles étaient réalisables en utilisant une gravure unique agissant sur un simple lopin en alliage cuivreux de forme cylindrique ou prismatique. Ce lopin est déposé sur la partie inférieure d’une matrice montée sur une presse généralement à vis, avec roues de friction, plus rarement sur une presse à bielle.

Le matriçage est réalisé à partir soit d’ébauches préalablement forgées, ou estampées, soit de lopins débités dans des barres, elles-mêmes préalablement obtenues par laminage et étirage de lingots, de blooms, de brames ou de billettes. Cependant, on part plus rarement de billettes. Ce matriçage s’effectue à froid lorsque le métal ou l’alliage travaillé est suffisamment malléable pour remplir correctement les gravures des matrices sous l’effet de l’effort de fermeture, produit par la presse utilisée. Dans le cas contraire, on chauffe préalablement les lopins à une température suffisante pour les rendre pâteux.

Compte tenu de leur grande malléabilité, les alliages cuivreux peuvent, généralement, être façonnés par ce procédé de matriçage.

Les aciers, moins malléables que les alliages cuivreux, nécessitent plusieurs opérations successives ou plusieurs frappes. Ainsi, pour les petites séries de pièces, les ébauches sont façonnées à chaud à partir de lopins, à l’aide de marteaux-pilons ébaucheurs, équipés d’outillages grossiers, ou encore de matrices d’ébauchage à gravures multiples. Ce procédé de mise en forme par frappes successives est plus spécialement appelé estampage, le vocable de matriçage étant réservé à l’opération de mise en forme par frappe unique à l’aide d’une matrice à gravure unique ou encore à l’opération de finition réalisée à l’aide d’une matrice comportant une seule gravure dite « finale ». Toutefois, cette distinction entre matriçage et estampage devient de moins en moins nette, et, pour bien des spécialistes, ces termes sont synonymes.


Avantages

• Contrairement aux procédés de mise en forme par usinage, le matriçage n’est pas seulement une opération de mise en forme ; il produit aussi le fibrage de la matière et l’anoblissement du métal par affinage de son grain. L’estampage et le matriçage répondent aux deux conditions d’un tel affinage : le formage à grande vitesse et l’importance des déplacements de matière pendant le formage. On peut ainsi obtenir rapidement et économiquement non seulement des pièces de formes compliquées, mais aussi des pièces ayant une structure désirée et des propriétés mécaniques élevées par suite de l’écrouissage de la matière ainsi mise en forme.