Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
M

massage (suite)

• Le massage cardiaque externe, d’exécution facile, fait partie des manœuvres de réanimation d’extrême urgence. Le sujet étant couché sur le dos, il consiste à exercer des pressions successives, au rythme de 50 à 70 par minute au niveau de l’extrémité inférieure du sternum, jusqu’à la reprise des battements. La respiration artificielle (bouche-à-bouche ou autre méthode) doit être pratiquée simultanément.

• Le massage cardiaque interne ou direct, au contraire, est une intervention chirurgicale profonde ne pouvant, pratiquement, être mise en œuvre qu’en salle d’opération, lorsqu’on constate un arrêt du cœur. Le massage cardiaque direct peut être pratiqué instantanément au cours des interventions sur le cœur, puisque celui-ci est mis au jour. Il nécessite au cours des autres opérations un abord rapide du cœur par des incisions appropriées permettant à la main du chirurgien de pénétrer dans le péricarde. Nombre de sujets ont été sauvés par ces méthodes.

Le massage abdominal

Le massage de l’abdomen agit favorablement de façon réflexe et aussi mécanique sur certaines affections de l’estomac et de l’intestin. Il ne faut l’employer qu’à bon escient et il faut se garder notamment d’intervenir dans toutes les affections inflammatoires ; c’est dire qu’il ne doit être pratiqué que sous contrôle médical strict. Sans omettre les « glissés » digito-pulpaires, les vibrations, les pressions et les pétrissages sont les manœuvres les plus usitées.

M.-A. G.

 M. Boigey, Manuel de massage (Masson, 1950). / J. L. Daigre, Technologie masso-kinésithérapique (Masson, 1971).

masse

Grande collection d’individus, réunis ou non en un même endroit.


Utilisée en sociologie, la notion de masse souffre des confusions que véhicule la langue courante, dans laquelle jugements de valeur et jugements de réalité se mêlent. Ainsi verra-t-on définir la masse comme un groupement anonyme dont tous les aspects et tous les effets sociaux découlent d’une seule de ses caractéristiques : le grand nombre d’individus qui la constitue. La masse, c’est, en quelque sorte, une traduction sociologique du calcul statistique. Selon la modalité du jugement de valeur qui accompagne une telle appréhension, on parlera alors d’une masse aveugle, constituée — comme l’écrit José Ortega y Gasset — « d’âmes médiocres qui se sachant médiocres ont la hardiesse d’affirmer les droits de la médiocrité et de les imposer partout », et on opposera la masse aux élites, c’est-à-dire aux personnes « compétentes », ou bien, au contraire, on identifiera la masse au peuple et l’on verra en elle l’incarnation de la « volonté générale », voire une réalité à vocation messianique (ainsi pourra-t-on « aller aux masses » comme on va à la lumière...).

Une double connotation mérite d’être relevée dans ces approches un peu simplistes et qui nous rappellent les origines du concept : la connotation économique et la connotation politique. Le concept de masse est lié à la réflexion sur les sociétés modernes, sociétés démocratiques, où la « majorité » est créditée d’une légitimité particulière, et sociétés industrielles, où les groupements tendent à se constituer à partir des statuts socio-économiques des individus.

La réalité sociale qui a imposé la notion de masse résulte de la transformation des sociétés préindustrielles en sociétés industrielles. Trois traits, du point de vue qui nous occupe, caractérisent cet avènement de la masse : la disparition de l’ancienne communauté et l’atomisation grandissante qui en découle ; en compensation à cette communauté absente, l’empressement à embrasser de nouvelles idéologies ; la tentation, enfin, du totalitarisme, c’est-à-dire de l’hégémonie absolue d’une pseudo-communauté. « Les individus atomisés deviennent immédiatement mobilisables ; et, du fait que le totalitarisme est un état de mobilisation totale, la société de masse est hautement vulnérable aux mouvements et aux régimes totalitaires. » Le sociologue, aujourd’hui, se gardant si possible de toute évaluation, étudiera la « masse » comme une des formes de sociabilité et distinguera les « masses concrètes », ou « masses rassemblées », et les « masses abstraites », ou « masses à distance ».

Par « masses concrètes », il faut entendre ces groupements instables que sont les foules. Cette inclusion de la notion de foule dans celle de masse est acceptée par nombre de sociologues. Ainsi Pitirim Alexandrovitch Sorokin (1889-1968) écrit-il dans Crowd and Mob : « Quand les individus se trouvent face à face en une proximité spatiale, mais sans présenter de nets caractères d’organisation, ils constituent une foule ou masse. » On peut, cependant, émettre des réserves et n’accepter d’utiliser la notion de masse qu’au sens de « masses à distance ».

La foule est le groupement hétérogène, en un lieu déterminé, d’un grand nombre d’individus sans but commun volontaire ou stable. Ainsi parlera-t-on de la foule du métropolitain à 18 heures, de la foule des lieux de spectacles ou de sports, etc. Inorganisée, la foule n’en a pas moins une unité relative, celle-là même que Gustave Lebon (1841-1931) mettait en relief quand il présupposait l’existence d’une âme de la foule, distincte de celle des individus, âme plus impulsive, plus suggestible et crédule. La masse n’a pas cette intensité que peut connaître la foule ; elle n’en a pas non plus le caractère extrêmement éphémère et contingent. Sa réalité sociale se veut plus consistante. Aussi paraît-il plus fondé de ne retenir comme masse que les « masses à distance ». Mais, même avec cette restriction, la masse ne peut être définie en elle-même (en dehors de son caractère de « grand nombre »). Elle reste tributaire de la question que pose le sociologue, du point de vue qu’il prend pour appréhender la réalité. Il est certain que, selon le critère que lui dicte la théorie, le sociologue définira la masse en termes économiques (la « masse prolétarienne »), en termes de statuts de prestige (la « masse populaire », la « bonne société »), parfois en termes liés à une analyse des conjonctures historiques (les masses n’existant que par la volonté commune qui les fait intervenir comme agents de l’histoire).