Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
M

Marx (Karl) (suite)

La plus-value peut être accrue de deux manières : en allongeant la journée de travail [plus-value absolue] ; en augmentant l’intensité et la productivité du travail (réduction du temps de travail nécessaire) [plus-value relative]. Marx montre comment l’État s’efforça de prolonger la durée de la journée de travail jusqu’au xixe s., où, devant le développement des luttes ouvrières, le second mécanisme fut de plus en plus privilégié.

Cette analyse de la plus-value — concept central du Capital — est faite par Marx indépendamment des formes particulières qu’elle revêt par la suite : profit, rente, intérêt, impôt, etc. Marx éclaircit ainsi une des plus importantes confusions de l’économie politique de Ricardo.

Pour reprendre les symboles utilisés par Marx, la valeur d’une marchandise sera, en fin de compte, représentée par l’addition
c + v + pl,
c est le capital constant (les moyens de production : machines et matières premières), v le capital variable (salaires) et pl la plus-value, ou travail non payé à l’ouvrier.


L’accumulation du capital

Une des caractéristiques les plus importantes du mode de production capitaliste réside dans le fait que les capitalistes transforment la plus grande partie de la plus-value en capital et l’emploient non pour satisfaire leurs besoins ou leurs caprices personnels, mais de nouveau pour la production. La plus-value se décompose à son tour en moyens de production nouveaux et en capital variable : c’est l’accumulation du capital.

Marx opère une distinction entre deux types d’accumulation : l’accumulation du capital sur la base du capitalisme et l’accumulation dite primitive (séparation par la violence du producteur d’avec ses moyens de production, expulsion des paysans de leur terre, dettes publiques, etc.). L’accumulation primitive crée, d’un côté, les prolétaires « libres » de toute attache et de toute restriction quant à la vente de leur force de travail et, d’un autre côté, des détenteurs de capitaux qui peuvent alors se livrer à l’accumulation du capital sur une base de production capitaliste.

L’accumulation du capital aboutit à une augmentation rapide de la part du capital constant (machines) dans l’ensemble du capital mis en jeu pour une production. Cet accroissement plus rapide du capital constant par rapport au capital variable (ou hausse de la composition organique du capital), qu’exprime le rapport a d’importantes conséquences. Il est un des mécanismes qui expliquent l’existence de crises périodiques de surproduction.

Dans le livre premier du Capital, Marx caractérise l’accumulation du capital par le schéma
expropriation — concentration — socialisation
« L’expropriation des producteurs immédiats s’exécute avec un vandalisme impitoyable [...]. La propriété privée, fondée sur le travail personnel (de l’artisan, du paysan), qui soude pour ainsi dire le travailleur autonome et isolé aux conditions extérieures du travail, va être supplantée par la propriété privée capitaliste, fondée sur l’exploitation du travail d’autrui, sur le salariat [...]. Ce qui est maintenant à exproprier, ce n’est plus le travailleur indépendant, mais le capitaliste, le chef d’une armée ou d’une escouade de salariés. Cette expropriation s’accomplit par le jeu des lois immanentes de la production capitaliste, lesquelles aboutissent à la concentration des capitaux. Corrélativement à cette centralisation, à l’expropriation du grand nombre des capitalistes par une poignée d’entre eux, la science et la technique sont appliquées à une échelle toujours plus grande [...]. Le monopole du capital devient une entrave pour le mode de production, qui a grandi et prospéré avec lui et sous ses auspices. La socialisation du travail et la centralisation de ses ressorts matériels arrivent à un point où elles ne peuvent plus tenir dans leur enveloppe capitaliste. Cette enveloppe se brise en éclats. L’heure de la propriété capitaliste a sonné. Les expropriateurs seront à leur tour expropriés. »


La reproduction du capital

Marx introduit le premier une distinction, entre deux grands secteurs de la production :
— la production des moyens de production ;
— la production des biens de consommation.

À partir de cette distinction, il étudie la circulation de l’ensemble du capital social, d’abord dans sa reproduction simple (cas où les capitalistes consomment improductivement la plus-value produite), puis dans sa reproduction élargie (accumulation capitaliste). Les livres II et III du Capital sont consacrés à cette étude.

Marx pose à cette occasion le problème du taux moyen de profit.

Le taux de profit est le quotient du profit réalisé par le capitaliste par la somme des capitaux engagés pour la production

Si la valeur de la marchandise égalait son prix, on aboutirait à une absurdité : les taux de profit seraient incomparablement différents d’une branche à l’autre, les capitaux à composition organique élevée donnant des taux de profit très inférieurs à ceux à composition organique basse. Or, on constate, en général, qu’il y a un taux moyen de profit similaire dans toutes les branches : les capitaux, circulant librement d’une branche à l’autre, ramènent les taux de profit à un taux moyen. Celui-ci se trouve ainsi représenter le quotient de la somme totale de plus-value réalisée dans l’ensemble des branches à l’ensemble du capital engagé.

La concurrence fait donc que les marchandises ne sont pas vendues à leur valeur, mais à un prix de production qui est égal au capital particulier dépensé augmenté du profit moyen (exprimé en pourcentage de ce capital).

Dans une société donnée, la somme des valeurs de toutes les marchandises coïncide avec la somme des prix des marchandises, mais, dans chaque entreprise ou branche, il n’en va pas de même. Toutefois, la réduction de la valeur (sociale) aux prix (individuels) s’opère d’une manière très compliquée (notamment dans le capitalisme moderne).