Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
M

Marx (Karl) (suite)

Les œuvres principales de Karl Marx

1843

« Manuscrits de 1843 » : Critique du droit politique hégélien (Kritik des hegelschen Staatsrechts), Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel (Zur Kritik der hegelschen Rechtsphilosophie).

1844

La Question juive (Zur Judenfrage) ; « Manuscrits de 1844 » (Économie politique et philosophie).

1845

La Sainte Famille (Die heilige Familie), avec Engels ; Thèses sur Feuerbach (Thesen über Feuerbach).

1846

L’Idéologie allemande (Die deutsche Ideologie), avec Engels.

1847

Misère de la philosophie (paru en français ; en allem. : das Elend der Philosophie).

1848

Manifeste du parti communiste, avec Engels.

1850

Les Luttes de classes en France (Die Klassenkämpfe in Frankreich 1848 bis 1850).

1852

Le 18-Brumaire de Louis Bonaparte (Der achzehnte Brumaire des Louis Bonaparte).

1857-58

Manuscrits édités en 1939 et en 1941 sous le titre Grundrisse der Kritik der politischen Ökonomie (Fondements de la critique de l’économie politique).

1859

Contribution à la critique de l’économie politique (Zur Kritik der politischen Ökonomie).

1865

Salaire, prix et profit (en angl. : Value, Price and Profit ; en allem. : Lohn, Preis und Profit).

1867

Le Capital, livre premier (Das Kapital).

1871

La Guerre civile en France, 1871 (Der Bürgerkrieg in Frankreich, 1871).

1875

Gloses marginales au programme du parti ouvrier allemand (Randglossen zum Programm der deutschen Arbeiterpartei) [« Critique du programme de Gotha »].
Les livres II, III et IV du Capital furent publiés après la mort de Marx, respectivement en 1885, en 1894 et 1905.


L’économie politique de Marx

L’économie politique de Marx est au centre de son œuvre. Présente dans ses premiers ouvrages, elle est pleinement développée dans son œuvre magistrale, le Capital, dont le livre premier paraît en 1867. Les livres II et III ne seront publiés qu’après la mort de Marx par les soins d’Engels (1885 et 1894) et le livre IV, Théories de la plus-value (Theorien über den Mehrwert, traduit en français sous le titre d’Histoire des doctrines économiques), par ceux de K. Kautsky en 1905.

Le Capital porte en sous-titre : Critique de l’économie politique. C’est en effet à travers une critique complète de l’économie politique des classiques que Marx élabore sa propre problématique théorique.

L’objet de l’économie classique, qui se définissait comme l’étude de faits économiques considérés comme donnés, combinait une orientation empiriste-positiviste à une anthropologie naïve (l’homo economicus). Marx remet en cause cet objet même de l’économie politique, définissant désormais celle-ci comme l’étude de modes de production déterminés. Ainsi étudie-t-il dans le Capital le mode de production capitaliste, afin, dit-il dans sa préface, de « découvrir la loi économique du mouvement de la société moderne ».

Trois concepts fondamentaux sont à la base de la doctrine de Marx : la valeur, la plus-value et l’accumulation de capital.


La valeur

La production capitaliste est une production de marchandise. Celle-ci revêt un double aspect. D’une part, c’est une chose qui satisfait un besoin quelconque de l’homme ; d’autre part, elle s’échange contre d’autres choses. L’utilité d’une chose en fait la valeur d’usage. La valeur d’échange (ou valeur tout court) apparaît comme la proportion dans laquelle des valeurs d’usage différentes s’échangent entre elles. Toutes ces choses, d’espèces différentes, qui s’échangent entre elles dans un système déterminé de rapports sociaux, ont une caractéristique commune : elles sont les produits du travail. Les divers producteurs créent des produits variés et les rendent équivalents au moment de l’échange. Ce qui est commun, ce n’est donc pas un travail humain d’un genre particulier, mais un travail abstrait, le travail humain en général.

La grandeur de la valeur d’échange est déterminée par la quantité de travail socialement nécessaire à la production d’une marchandise donnée. « En tant que valeurs, toutes les marchandises ne sont que du travail humain cristallisé », la valeur étant la forme spécifique sous laquelle apparaissent les rapports entre temps de travail de différents producteurs.

La forme de la valeur est étudiée par Marx à travers l’examen du processus historique du développement de l’échange. La forme la plus simple correspond à l’échange d’une quantité déterminée d’une marchandise contre une quantité déterminée d’une autre marchandise (une poule contre 2 kg de sel par exemple), la forme générale correspond à l’échange de plusieurs marchandises différentes contre une seule et même marchandise ; enfin, il y a forme monétaire, lorsque l’or apparaît comme cet équivalent général.

Il faut soigneusement distinguer la valeur de sa mesure. Marx note que la loi de la valeur s’impose à tout producteur comme une loi du marché, elle-même corrélative des lois de la production.


La plus-value

À un certain degré du développement de la production des marchandises, l’argent se transforme en capital. À la formule de circulation des marchandises
M (Marchandises) — A (Argent) — Marchandises
(on vendait une marchandise pour en acheter une autre) se substitue la formule A — M — A (on achète pour vendre avec profit). Cet accroissement de l’argent mis en circulation est appelé par Marx plus-value.

D’où provient cette plus-value ? Elle ne peut provenir de l’échange lui-même, puisque les échanges sont équivalents. Pour l’obtenir, « il faudrait que le possesseur de l’argent eût l’heureuse chance de découvrir [...] sur le marché même une marchandise dont la valeur d’usage possédât la vertu particulière d’être source de valeur » (valeur d’échange). Cette marchandise exceptionnelle existe : c’est la force de travail humaine. Sa consommation, c’est le travail, et le travail crée la valeur.

Le possesseur d’argent achète la force de travail à sa valeur déterminée, comme celle de toute autre marchandise, par le temps de travail socialement nécessaire à sa reproduction. Il est en droit de l’utiliser, de la mettre au travail pendant toute la journée, par exemple huit heures. Si quatre heures, par exemple, suffisent à créer une valeur qui couvre les frais de sa reproduction (entretien), le travailleur créera les quatre dernières heures un produit supplémentaire non payé, qui est la plus-value. Dans cet exemple, le taux de plus-value sera de 100 p. 100 (rapport entre la quantité de travail non payé et la quantité de travail payé).