Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Antioche (suite)

À Daphné s’élevait un faubourg de la ville, autour de sources cascadantes et du temple d’Apollon. Là, les fouilleurs ont pu dégager partiellement toute une série de maisons comportant, en grand nombre, de somptueuses mosaïques datées du ier au vie s. de notre ère (musée d’Antioche, Louvre et musées américains), dont l’étude a permis de suivre l’évolution du goût dans la métropole syrienne. Ces mosaïques appartiennent, certes, au mouvement général de l’art méditerranéen, et on peut les comparer aux pavements italiens ou africains. Mais elles possèdent leurs caractères propres dans la délicatesse de la facture, le style des compositions et aussi le choix des sujets, où abondent les figurations d’entités abstraites — fondation, renouveau, générosité, loisir —, qui se multiplient à l’époque chrétienne. Au ve s., on voit aussi apparaître des motifs — béliers ailés, animaux enrubannés, semis de fleurs — qui sont repris des tissus sassanides. Ainsi se prépare la synthèse que sera l’art omeyyade*.

Parmi les mosaïques conservées au musée du Louvre, il en est trois qui permettent de saisir en raccourci l’évolution du style : le panneau du Jugement de Pâris, du début du iie s. de notre ère, est une jolie et savante composition hellénistique, dont le schéma se retrouve à Pompéi ; la mosaïque des Saisons, d’époque constantinienne, est une vaste composition architecturale, avec de grandes figures féminines debout sur des rinceaux et des petits tableaux encore tout hellénistiques ; la mosaïque du Phénix, enfin, où un motif romain symbolique, oiseau nimbé majestueux, se détache sur un tapis de pétales de roses, avec une bordure de béliers ailés, date du début du ve s. et reflète l’influence iranienne.

Antioche a joué un grand rôle dans l’histoire primitive du christianisme, mais il ne reste rien de l’époque apostolique et de la grande église octogonale construite par Constantin. Par contre, on a dégagé dans la plaine au-delà de l’Oronte un monument cruciforme sans abside, que des inscriptions ont permis d’identifier : il s’agit d’un martyrium construit en 381 autour du tombeau de l’évêque martyr Babylas ; à l’histoire de ce saint et de cette église est lié notamment le nom de saint Jean* Chrysostome.

J. L.

➙ Chrétiennes (littératures) / Croisades / Rome / Séleucides.

 R. Devreesse, le Patriarcat d’Antioche depuis la paix de l’Église jusqu’à la conquête arabe (Gabalda, 1945). / D. Levi, Antioch Mosaic Pavements (Princeton, 1947). / P. Petit, Libanius et la vie municipale à Antioche au ive siècle apr. J.-C. (Geuthner, 1957). / A. J. Festugière, Antioche païenne et chrétienne (De Boccard, 1959). / G. Downey, A History of Antioch in Syria, from Seleucus to the Arab Conquest (Princeton, 1961) ; Ancient Antioch (Princeton, 1963).

antipyrétiques

Médicaments qui diminuent la fièvre.


La fièvre, ou hyperthermie, est provoquée par le dérèglement du centre thermorégulateur hypothalamique sous l’influence d’une attaque morbide, infectieuse le plus souvent. Les antipyrétiques agissent sur ce centre nerveux et tendent à en ramener la régulation thermique à un niveau moins élevé. À l’inverse d’agents hypothermisants, qui abaisseraient la température interne en toute circonstance, ils ne sont actifs qu’en cas de fièvre. En fait, sauf le phénicarbazide, ils sont en même temps des médicaments analgésiques. Certains même possèdent une action spécifique sur l’agent causal de la fièvre — ainsi les dérivés salicylés dans le rhumatisme articulaire aigu, la quinine et les antipaludéens dans le paludisme —, tout en se montrant antipyrétiques au cours d’autres maladies. Sauf la quinine*, qui est un alcaloïde, les antipyrétiques sont tous des médicaments synthétiques, et l’on peut considérer certains d’entre eux comme le fruit des premières recherches chimiothérapiques : acide salicylique (R. Piria, 1839), antipyrine (L. Knorr, 1883), amidopyrine (L. Knorr et F. Stolz, 1896). Ils se rattachent tous à la série cyclique et, sauf les salicylés, sont azotés, l’azote étant presque toujours fixé sur le noyau ; toutefois, l’industrie produit actuellement de nouveaux antipyrétiques qui n’appartiennent pas à ces séries. Les antipyrétiques sont administrés très généralement par les voies orale et rectale. Ils ne sont pas toxiques, mais leur abus (fréquent en raison de leurs propriétés analgésiques et de leur vente libre) peut conduire à des désordres graves : agranulocytose (dérivés pyrazoliques), méthéhémoglobinémie (anilides), ulcères gastriques (phénylbutazone, aspirine), troubles de la crase sanguine (aspirine).

R. D.

Antiquité classique (les grands courants littéraires de l’)

Ensemble des grandes tendances de la littérature gréco-latine.



Les origines grecques (x-vie s. av. J.-C.)

Les origines de la poésie grecque demeurent encore incertaines. Les noms que les Grecs eux-mêmes donnaient à leurs premiers poètes sont légendaires : Orphée, Linos, Musée. Ce dernier indique toutefois le rôle joué par le culte des Muses, divinités de Béotie ; à ce culte s’adjoignit celui d’Apollon, dieu d’origine asiatique, qui gagna la Grèce en passant par l’île de Délos et s’établit à Delphes, en Phocide. À ces deux cultes, bientôt liés, on rattache la découverte d’un instrument à cordes élémentaire, la cithare, et la formation de l’hexamètre dactylique, qui sera le vers épique.

Les conquérants doriens, venus du nord, refoulent les Achéens autochtones sur les côtes asiatiques ; ceux-ci emportent avec eux le souvenir des luttes de leurs ancêtres contre les Dardaniens de Troie. Ces combats entre Achéens de Grèce continentale et Dardaniens de Troade, déjà anciens et devenus flous, furent transfigurés par la poésie naissante en cette expédition idéale que l’on appelle la guerre de Troie. Il se greffa sur elle une autre légende, celle du retour des Grecs victorieux dans leurs petites patries respectives, avec les mille aventures qui s’y rattachent. Voilà la double matière des anciennes épopées...