Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
M

Marseille (suite)

Après ce bref intermède révolutionnaire, Marseille poursuit son expansion économique. Tête de ligne de nombreuses compagnies de navigation (les Messageries maritimes, Fraissinet, la Mixte, Paquet, Transports maritimes ou Cyprien-Fabre), la ville développe ses installations portuaires au nord du bassin de la Joliette, creusé dès 1845. Le port continue sa lente progression vers le nord et vers l’est, jusqu’au bassin Mirabeau, et fait sa jonction en 1927 grâce à l’ouverture du tunnel du Rove avec l’étang de Berre. Atteinte dans sa prospérité par la crise mondiale de 1929 et par l’occupation allemande de novembre 1942 à août 1944, qui entraîne la destruction du Vieux-Port en janvier 1943 et celle des installations portuaires en août 1944, Marseille supporte en outre les conséquences économiques de la perte de l’Indochine française en 1954, de la fermeture du canal de Suez par Nasser en 1956, enfin et surtout de l’indépendance de l’Algérie en 1962. Perdant ainsi ses débouchés indochinois et maghrébins traditionnels, Marseille est pourtant en passe de devenir aujourd’hui grâce au pétrole, demain grâce à la sidérurgie sur l’eau, le centre du plus grand complexe portuaire méditerranéen.

P. T.


La population


La croissance urbaine

Au milieu du xixe s., la ville n’atteint pas tout à fait les 200 000 habitants, mais en compte 360 000 en 1880 et 550 000 en 1911. On estime qu’entre les deux Guerres mondiales la population varie entre 600 000 et 650 000 habitants, les résultats des recensements de 1931 et 1936 se révélant très discutables. Depuis 1946, la progression est régulière, analysée de près en raison de recensements complémentaires effectués en 1959, 1964 et 1966, qui donnent les chiffres suivants :

Au niveau de l’agglomération (définition de 1968), la population dépasse maintenant le million d’habitants : 720 548 en 1954, 839 070 en 1962, 964 412 en 1968. Ce gain de population s’effectue selon des secteurs préférentiels. En valeur relative, la moyenne vallée de l’Huveaune est favorisée ; La Penne-sur-Huveaune et Aubagne, bien desservies par l’autoroute est, se sont accrues de plus de 20 p. 100. De même, la partie septentrionale du bassin de Marseille enregistre une progression de l’ordre d’un tiers : Les Pennes-Mirabeau, Cabriès, Septèmes-les-Vallons, en fonction de l’autoroute nord ; Roquevaire et Auriol, plus éloignées et plus mal desservies, révèlent une progression plus réduite ; le secteur nord-est reste encore essentiellement rural.


Les facteurs de la croissance

Ils varient de la commune à sa périphérie. En ville, les mouvements migratoires assurent à l’heure actuelle les trois quarts des gains, contre seulement un quart pour le solde naturel. Les communes périurbaines bénéficient d’apports migratoires encore plus importants, responsables ici de 90 p. 100 de la croissance enregistrée entre les deux derniers recensements. Les nouveaux venus (immigration étrangère, afflux de travailleurs des autres régions françaises, rapatriés d’Afrique du Nord) trouvent ici des facilités pour le logement.

Depuis 1954, les variations de densité révèlent un certain nombre de secteurs individualisés qui s’organisent en couronnes autour du centre. Celui-ci a perdu plus de 40 habitants à l’hectare depuis 1954 (phénomène de « city »). Une première auréole révèle une progression modeste qui s’accroît rapidement vers la périphérie de la ville : Saint-Just et Malpassé ont gagné plus de 60 habitants par hectare, Sainte-Marguerite, qui ne comptait que 4 000 habitants en 1954, a sextuplé en 1968. Au-delà, la progression de l’agglomération est plus lente, en raison de voies de communication encore insuffisantes.


La ville


Les quartiers

• Le centre. Il s’est organisé autour du Lacydon, unique port de Marseille encore vers 1840. Jusqu’au règne de Louis XIV, la ville s’étend entre la colline de l’église Saint-Laurent et la butte des Carmes. Cette partie ancienne se modifie : au xviie s., par le remblaiement du « faubourg » dans le fond du Vieux-Port ; sous le second Empire, par la percée « hausmanienne » de la rue Impériale, grande artère commerçante qui recoupe le mur de Crinas au milieu d’un quartier pauvre, l’actuelle rue de la République ; à la veille de la Première Guerre mondiale, par la démolition du faubourg derrière la Bourse ; en 1943, par la destruction de l’ancien quartier bordant le Vieux-Port au nord (entre le bassin et la rue Caisserie) par les Allemands.

À côté de ce vieux Marseille s’organise aux xviie et xviiie s. la ville moderne, entre les flancs de Notre-Dame-de-la-Garde, le plateau de « La Plaine » et la butte Saint-Charles ; l’enceinte de 1666 détermine un quadrilatère dans lequel les nouvelles rues créées se coupent à angle droit : rue de Rome, rue Saint-Ferréol, rue Paradis, recoupées par les rues Grignan et Montgrand. L’ensemble se prolonge au sud du Vieux-Port après la récupération en 1781 de l’arsenal des Galères et l’aménagement du quai de Rive-Neuve ; il se complète par la réalisation sous le second Empire de la Canebière. Ici se localisent les secteurs les plus animés de Marseille, le commerce de luxe au sud de la Canebière entre les rues de Rome et Paradis, les banques et l’administration vers la préfecture. Au nord de la Canebière, entre le boulevard d’Athènes et le cours Belsunce, au pied de la gare Saint-Charles, se situe un quartier très dégradé où s’entasse un prolétariat d’origine étrangère.

Alors que les densités se maintiennent sur la rive nord du Vieux-Port, autour de l’hôtel de ville et sur le cours Belsunce, le quartier autour de la préfecture et au sud de la Canebière enregistre une certaine baisse de population, ainsi que le secteur de Castellane. Dans les abords immédiats, la fonction résidentielle tend progressivement à se renforcer autour du Pharo et de la rive sud du Vieux-Port ; le même phénomène se produit dans les quartiers de Saint-Victor, du Roucas Blanc et de Périer, alors que les ensembles vétustes et sous-équipés du secteur nord sont peu à peu abandonnés, entre le bassin de la Grande Joliette et la gare Saint-Charles, par les quartiers de la Joliette, Saint-Lazare et Belle-de-Mai.