Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Maroc (suite)

Dans le Sud atlantique, l’humidité atmosphérique et l’épaisseur des sols hérités du Quaternaire permettent des cultures en sec jusqu’au voisinage du Rio de Oro, et l’arganier contribue à donner à une bonne partie de la région un aspect verdoyant assez inattendu. Tarfaya (près du cap Juby) et Sidi-Ifni (Sīdī Ifnī) sont les centres d’activités des territoires anciennement sous obédience espagnole.

Le triangle de la plaine du Sous (Sūs) est encore marqué par les traits de l’aridité (205 mm à Agadir), mais les ressources de ses nappes profondes permettent d’irriguer les vergers d’agrumes, vers Taroudannt (Tārūdānt) et les Ouled Taïma (Ulād Ṭayma), ainsi que les jardins maraîchers (tomates surtout), dont les produits bénéficient sur les marchés européens d’une prime de précocité. Le périmètre irrigué de l’oued Massa (wādī Māssa ou Māssat), en cours d’équipement, va permettre d’étendre ces cultures. Agadir (Arhādīr) [61 000 hab.] s’est relevé des ruines du tremblement de terre de 1960 et compte, pour se développer, sur le conditionnement et l’exploitation des fruits et des légumes de l’arrière-pays ou des produits de la pêche (Agadir est le premier port de pêche du Maroc avec 110 000 t en 1970), ainsi que sur la diversité de son équipement touristique et sur sa fonction de capitale de l’ensemble du Sud atlantique.

L’amphithéâtre de plaines et de plateaux qui s’étage entre la montagne et la mer est dédoublé par l’avancée du Plateau central, coin de reliefs tourmentés, où les groupements tribaux berbères, comme ceux des Zemmour (Azimmūr) ou des Zaïan (Zayān), sont stabilisés seulement depuis le début du siècle.

Dans le bassin du Sebou (Sabū), l’humidité suffisante (de 400 à 800 mm), la qualité des sols, la facilité des relations avaient appelé une forte implantation étrangère, dessinant une rue de colonisation de Kenitra aux abords de Taza (Tāzā). Dans le Rharb (Gharb), les merdjas (mardja) ont été asséchées ; agrumes et betteraves à sucre sont irrigués par pompage dans le Sebou ou à partir du barrage d’El-Kansera (Al-Qanṣira). Le grandiose projet du Sebou, en voie de réalisation, avec le concours de la FAO (Food and Agriculture Organization) et grâce à un prêt de 50 millions de dollars de la B. I. R. D. (Banque internationale pour la reconstruction et le développement), va étendre le bénéfice de l’irrigation à 200 000 ha. Le barrage d’Arabat (‘Arabāt), sur l’Innaouene (Innāwan), affluent du Sebou, a déjà été construit. Les centres de colonisation, Souk-el-Arba du Rharb (Sūq al-Arba‘ā’), Sidi-Kacem (Sīdī Qāsim, anc. Petitjean) et Sidi-Slimane (Sīdī Slīmān), sont devenus d’activés villes moyennes. Kenitra (al-Qanīṭra), l’ancien Port-Lyautey (140 000 hab.), à cause de sa position excentrique, ne joue qu’imparfaitement le rôle de capitale du Rharb ; son port, en rivière, voit son trafic annuel arrêté à 500 000 ou 600 000 t. Le plateau du Saïs (Sā’is) reste, malgré les arrachages, la première région viticole du Maroc (20 000 ha ; un tiers du total), et les diverses améliorations culturales liées à la « révolution verte » permettent d’atteindre régulièrement des rendements de plus de 20 quintaux à l’hectare en blé dur. Le binôme urbain Meknès-Fès (248 000 et 325 000 hab.) marque profondément la vie de la plaine.

Les plaines atlantiques moyennes (Chaouïa [al-Chāwiyya], Doukkala [Dukkāla], Abda [‘Abda], Chiadma [Chyādma], Haha [Ḥāḥa]) sont des terres de vieilles paysanneries (avec des densités de 60 à 70 hab. au km2), adaptant leurs cultures aux sols : maraîchage dans la frange littorale de l’oulja et les creux intermédiaires du sahel, assolement blé (ou orge) — maïs sur les tirs. Le périmètre des Doukkala, qui reçoit l’eau à partir du barrage d’Im-Fout (Imfūt), sur l’Oum-er-Rebia (wādī Um al-Rabī‘), se développe à un rythme lent.

Au-delà d’une centaine de kilomètres vers l’intérieur, l’avantage du voisinage de la mer et des précipitations occultes s’estompe, et la sole d’été disparaît en culture sèche. Mais vers Oued-Zem (Wādī Zim) et Khouribga (Khurībka) (74 000 hab.), et plus au sud vers Youssoufia (Yūsufiyya, ancienn. Louis-Gentil), le sous-sol offre une belle compensation avec des gisements phosphatiers parmi les plus riches du monde.

Les plaines intérieures du Tadla (Tādlā) et du Haouz (Ḥawz) ont en commun leur situation de piémont et l’aridité de leurs climats. Elles se distinguent par d’inégales potentialités hydrauliques et des formes d’urbanisation différentes. La plaine du Tadla bénéficie du voisinage du barrage de Bin el-Ouidane (Bin al-Widān), construit sur l’oued el-Abid (wādī al-‘Abīd), dont la réserve d’un milliard et demi de mètres cubes permet de produire 550 GWh, d’irriguer 130 000 ha, dont 90 000 sont déjà équipés, sur les territoires des Beni Amir (Banī ‘Āmir) et des Beni Moussa (Banī Mūsā). La région s’organise autour du trinôme urbain : Kasba-Tadla, ancienne forteresse impériale, Fqih-ben-Salah (al-Faqīh ibn-Ṣāliḥ), à la têste du périmètre d’irrigation, Beni Mellal (Banī Malāl) [54 000 hab.], vieille ville du dir devenue chef-lieu de province. Dans le Haouz, la primauté de Marrakech (332 000 hab.) est incontestée. Les ressources en eau de la montagne voisine sont plus modestes : les barrages de Lalla Takerkoust sur le Nfis et d’Aït Aadel (Aīt ‘Ādil) sur la Tessaout (Tassāwut) permettront d’irriguer environ 30 000 ha.

L’ouverture du Maroc sur le monde extérieur, depuis le début du siècle, s’est traduite par l’accumulation des populations sur la frange littorale. D’Essaouira à Kenitra est rassemblé un sixième de la population du pays. La primauté de Casablanca* (14 Mt) réduit les autres ports à des activités de complémentarité (Mohammedia [Muḥammadiyya], 1 200 000 t : port pétrolier, avec la raffinerie de la S. A. M. I. R., Société anonyme maroco-italienne de raffinage [1,5 Mt de capacité]), de spécialisation (Safi, 2,5 Mt, exporte les phosphates de Youssoufia), sous peine d’étouffement ; El-Jadida (al-Djadīda, anc. Mazagan) et Essaouira (Mogador) sont ainsi confinés dans leur rôle de centres touristiques en rapport avec leurs belles plages. Seul Safi (Aṣfī) [130 000 hab.], deuxième port de pêche (65 000 t) et centre de l’industrie chimique, depuis la création en 1964 du complexe Maroc-Chimie utilisant les phosphates de Youssoufia et les pyrrhotines de Kettara, a su se créer une réelle activité.