Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Marie-Thérèse (suite)

Dévote, Marie-Thérèse n’en connaît pas moins les maux dont souffrent l’Église et les institutions dont elle assume la charge, l’enseignement et l’assistance. Aussi s’emploie-t-elle à de nombreuses réformes : publication, en 1768, de la Constitutio criminalis Theresiana, réduction du nombre des tribunaux et délimitation stricte de leur compétence, restriction du droit d’asile des maisons religieuses, nombreuses dans les États des Habsbourg, diminution du nombre des jours fériés, encouragement des études et réformes de l’enseignement grâce à l’action d’hommes éclairés tels que Gerard Van Swieten (1700-1772), Paul Joseph von Riegger (1705-1775), Karl Martini (1726-1800), Josef von Sonnenfels (1732-1817), Johann Ignaz von Felbiger (1724-1788) et suppression de l’ordre des Jésuites (1773), après que la souveraine eut approuvé leur éviction des différentes commissions, où ils manifestaient leur esprit rétrograde. Sans doute, l’influence de l’archiduc Joseph et celle de Kaunitz sont-elles déterminantes, mais ces décisions émanent de la souveraine, de même que toutes celles qui prévoient la réorganisation de l’université de Vienne et de la bibliothèque — compte tenu de la censure rigoriste qui persiste à tous les échelons —, la mise en place d’un embryon d’enseignement technique et de différentes institutions scientifiques.

L’attention a été attirée, ces dernières années, sur l’œuvre économique. Mercantiliste, Marie-Thérèse joue dans ce domaine un rôle considérable. Elle établit en vue du développement économique de ses États un Staatsrat (1761) qui regroupe ses conseillers caméralistes, dont elle veut appliquer les théories qui doivent procurer la richesse à ses États. Aidé par François Ier de Habsbourg-Lorraine, qui, en tant que financier, s’intéresse à ces problèmes, elle suit avec attention les réalisations étrangères dans le domaine des manufactures. Les trois points essentiels d’application des théories caméralistes sont l’accroissement de la population des territoires, la création de nouveaux secteurs productifs et la prévision des subsistances à assurer à tous.

C’est dans ce domaine économique que se reflètent le mieux les préoccupations du siècle. Il faut peupler, recenser, coloniser. Une nouvelle organisation des régions frontières ou récemment reconquises est envisagée : sans doute, la densité reste encore faible, mais l’œuvre est immense. Il faut aussi développer les sources de production, d’abord par l’augmentation de la quantité et par l’amélioration de la qualité des produits de l’artisanat au sein de ce grand domaine rural qu’est alors l’empire des Habsbourg, ensuite par la création de manufactures favorisées par une politique douanière tempérée.

Des ouvriers spécialisés sont attirés de l’étranger — Angleterre, France, Saxe — quand la religion ne met pas obstacle à leur séjour prolongé. L’aide de l’État, celle de la haute aristocratie sont assurées à l’industrie minière, aux établissements métallurgiques, aux activités textiles : à la laine traditionnellement travaillée en Bohême et en Moravie s’ajoutent le coton en Basse-Autriche et en Bohême, la soie en Tyrol et en Bohême ; mais la perte de la Silésie, puissante économiquement, perte qui n’a pas été qu’affective pour Marie-Thérèse, prive l’Empire de ressources importantes, notamment en lin. Industries du papier, du sucre, de la porcelaine (mis à part celles de la Hongrie, qui garde dans ce domaine une économie semi-coloniale) sont autant d’éléments diversifiés où se succèdent échecs et réussites, en fonction des conditions régionales, des capitaux investis, des hommes, des débouchés.

Faire de l’Autriche une puissance maritime, tel est le rêve, repris de Charles VI (créateur de la Compagnie d’Ostende), que caresse Marie-Thérèse. Le commerce par mer passe par Trieste vers l’Espagne et les Pays-Bas autrichiens ; auparavant, il passait par Francfort et Hambourg. Le commerce vers le Levant progresse : on y trouve encore beaucoup de Grecs, d’Arméniens et de Juifs ; le Danube, reconquis et régularisé, ouvre la voie. Les difficultés financières retardent la création d’une flotte de guerre qui serait nécessaire contre les entreprises barbaresques. Vienne est le centre des routes et du grand commerce de l’Empire, producteur de grains et de bestiaux. La politique agraire, où se retrouvent difficilement les influences de la physiocratie, connaît un moindre essor, sauf sur quelques domaines privilégiés, où s’installent la culture du trèfle, de le pomme de terre, du safran, de l’indigotier. Soucieuse des prix à bon marché, Marie-Thérèse se préoccupe du sort du paysan, par l’assistance, la réduction du nombre des jours de corvée et de la fiscalité seigneuriale, mais, à la différence de son fils, elle n’a pas dans ce domaine une position systématique et refuse de heurter de front, outre les États provinciaux, une noblesse utile à l’État et à l’armée.


Les dernières épreuves et la mort

Tourmentée dans sa conscience par les questions ecclésiastiques, Marie-Thérèse l’est plus encore par les options nouvelles que prétendent lui imposer la politique dite « réaliste » du remuant archiduc Joseph, les intrigues de Frédéric II et les ambitions de Catherine II, impératrice de Russie. Trois questions restent en suspens : le partage de la Pologne ; l’intégrité de l’Empire turc, avec lequel l’impératrice a signé le 6 juillet 1771 un traité d’alliance, « véritable réplique au renversement des alliances de 1756 » (G. Zeller) ; l’héritage bavarois. La question polonaise est réglée par le traité du 25 juillet 1772 malgré les scrupules de la souveraine, inconsolable d’avoir dû s’y associer : Marie-Thérèse reçoit le plus gros morceau, la Galicie, avec deux millions d’habitants, qui deviendra un royaume autonome avec Lemberg (Lvov) comme capitale. Les ambitions russes menacent la Turquie, qui, au traité de Kutchuk-Kaïnardji (21 juill. 1774), doit céder à la tsarine la grande plaine entre le Boug et le Dniepr ; l’année suivante, les Turcs cèdent la Bucovine à l’Autriche.