Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Antilles (suite)

La plantation bananière ne présente pas le même caractère, car la banane n’exige pas de traitement industriel, son conditionnement se satisfaisant d’installations modestes. La taille des exploitations est beaucoup plus variée. Plus de 100 ha représentent un très gros domaine ; mais des milliers de petits planteurs vivent avec quelques hectares (en général de 1 à 3 ha). Le faire-valoir direct est beaucoup plus fréquent que dans le secteur sucrier. La propriété familiale prédomine, et le capital étranger est assez rare. Il en est de même pour les plantations d’ananas, de café, de cacao et de tabac.

À côté de ce secteur aux techniques de production le plus souvent modernes, l’agriculture vivrière fait figure de parente pauvre. Elle est pratiquée dans de petites exploitations souvent morcelées (de 1 à 3 ha partagés en dix parcelles ou plus), avec de faibles moyens techniques. Elle fait vivoter de nombreuses familles paysannes et est incapable de satisfaire les besoins des îles, qui doivent importer des produits alimentaires. Quand ils le peuvent, les agriculteurs vivriers plantent des bananiers afin d’avoir des ressources en argent frais.

L’élevage n’est pas dans une situation plus enviable. Il est d’abord pratiqué pour le trait. Seules Cuba et la république Dominicaine possèdent de gros troupeaux pour la viande ; utilisant les prairies naturelles de très vastes domaines, ceux-ci sont peu productifs. Partout ailleurs, la production de viande, de lait et dérivés est très inférieure aux besoins. La pêche, artisanale, ne peut pallier le déficit en protéines animales.

L’agriculture antillaise souffre donc d’un grave déséquilibre économique et social. La plantation et le domaine d’élevage se confondent trop souvent avec la grande propriété de type latifundiaire, exploitée par un salariat mal payé, alors que la petite exploitation paysanne, sans grands moyens, supporte une population trop nombreuse, qu’elle ne peut faire vivre. Le problème de la terre se pose avec acuité dans la plupart des Caraïbes.


Les industries

Elles ne constituent pas, loin de là, une activité importante, sauf à Porto Rico, à la Trinité, à Curaçao et à Aruba. Elles se sont développées à partir de la Seconde Guerre mondiale. La création de bases américaines, la coupure avec l’Europe occidentale, les besoins des marchés locaux, l’apport de capitaux étrangers (fonds publics et privés) ont été à l’origine de leur développement. Les bases d’industries lourdes sont uniquement consacrées au traitement des hydrocarbures et à la fabrication du ciment. Les raffineries caraïbes sont situées sur la route maritime qui va du Venezuela aux États-Unis, et leur développement doit beaucoup plus à leur situation géographique et à des données politiques qu’aux besoins locaux. Elles ont une capacité de raffinage voisine de 70 Mt. L’essor des cimenteries s’explique par le déficit de l’ensemble de la zone Amérique centrale - Caraïbe. Les industries extractives, surtout celle de la bauxite, ont connu un gros essor après 1940 ; mais les mines ne sont pas partout bien mises en valeur, en particulier à Haïti et à Cuba. Parmi les industries de transformation, on a d’abord installé des usines de traitement des produits agricoles locaux, puis, d’une façon générale, des industries alimentaires ; les industries du vêtement sont venues ensuite avec les petites industries mécaniques. Le développement industriel se heurte à de nombreuses difficultés. Le manque de capitaux est le premier handicap. Les capitaux locaux ne sont pas importants ; ils préfèrent s’investir dans le commerce et les spéculations immédiatement rentables. L’intervention étrangère privée n’est pas toujours suffisante, ni bénéfique pour le pays, car elle recherche un profit rapide. Pour pallier cela, les autorités locales ou de tutelle ont fait appel aux capitaux d’État (Fonds d’investissements des départements d’outre-mer [F. I. D. O. M.] pour les départements français, Commonwealth Development Corporation pour les pays anglophones, Banque internationale pour la reconstruction et le développement et Association internationale de développement pour la république Dominicaine, Budget fédéral américain pour Porto Rico). La dimension du marché local pose aussi un problème majeur. Au-dessous d’un million d’habitants, toute implantation industrielle de taille moyenne devient peu rentable, et il lui faut rechercher des marchés extérieurs, ce qui pose le problème du coût des transports et des débouchés. Sauf Cuba, chaque île a un marché de consommation trop peu important pour offrir des débouchés à la taille de grandes entreprises. Dans la plupart des Petites Antilles, en particulier, il ne saurait être question de créer des usines uniquement pour le marché local. L’énergie fait également défaut, de même que les cadres, une main-d’œuvre qualifiée et l’esprit industriel. Aussi, la plupart des implantations industrielles se font-elles en rapport étroit avec des marchés étrangers (États-Unis et Grande-Bretagne). Elles ne sauraient se concevoir dans le cadre insulaire. C’est l’ouverture sur les marchés américains qui est à l’origine de l’essor industriel de Porto Rico. La puissance démographique et la main-d’œuvre à bon marché semblent le seul facteur favorable qui ne peut être négligé.


Le commerce et le tourisme

Les échanges extérieurs et leurs moyens (ports, liaisons aériennes) sont essentiels à la vie des îles. L’activité portuaire est une des plus vieilles nécessités de la vie économique antillaise. Privées d’échanges, les îles seraient vite réduites à l’asphyxie et à la misère. Le commerce intracaraïbe est très faible et ne porte guère que sur le ciment et les hydrocarbures raffinés. Toutefois, il est un peu plus actif entre les îles anglophones qu’entre les autres. Chaque île est, en fait, tournée vers l’Europe occidentale (où la Grande-Bretagne et la France occupent la première place) et vers les États-Unis et le Canada. Mis à part Cuba, qui effectue 80 p. 100 de ses échanges avec les pays socialistes, les Antilles sont très fortement intégrées à l’économie de l’hémisphère occidental, le rôle des États-Unis étant devenu prédominant par rapport aux vieilles métropoles coloniales.