Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Marie-Madeleine (sainte) (suite)

Les origines de son culte en Occident sont mal connues ; on n’en trouve aucune trace durant le haut Moyen Âge. Au xe s., on voyait dans la Madeleine une pécheresse repentie. Au xie s., l’abbaye de Vézelay, fondée jadis par Girard de Roussillon, avait été réformée par les moines de Cluny ; dès 1050, sainte Marie-Madeleine était la patronne de l’abbaye, et l’on a des témoignages de la présence de ses reliques à Vézelay dès cette époque. Le pèlerinage qui se développa alors procura à l’abbaye une grande richesse. Pour défendre leurs prérogatives et leurs revenus face aux prétentions des pouvoirs ecclésiastiques et surtout de l’évêque d’Autun, les moines de Vézelay inventèrent l’histoire des reliques de la Madeleine, gage de leur prospérité et fondement moral de leur indépendance.

On distingue quatre versions successives de cette histoire. Pour résumer, sachons seulement que Girard de Roussillon, le fondateur du monastère, ayant appris que le corps de Marie-Madeleine était enterré près d’Aix, aidé par l’abbé de Cluny saint Odon, envoya le moine Badilon chercher les reliques en Provence. C’est grâce aux innombrables pèlerins de la Madeleine que l’abbaye de Vézelay fut rebâtie au xiie s. dans l’état magnifique où elle est demeurée jusqu’à nos jours.

Les papes Étienne IX (1057-58) et Pascal II (1099-1118) accordèrent des privilèges à la basilique et soutinrent les moines contre les évêques d’Autun. Saint Bernard* y prêcha en 1146 la deuxième croisade. En 1267, Saint Louis* s’y rendit en pèlerinage. Mais, dès le xive s., Vézelay fut éclipsée au profit des pèlerinages provençaux.

En effet, selon la légende accréditée par les moines, la Madeleine avait débarqué et vécu en Provence avant d’y être enterrée. Aussi, les Provençaux, à leur tour, vénérèrent plusieurs lieux sanctifiés par la sainte. On distingue trois pèlerinages provençaux en son honneur. Au début du xiiie s., on localisa à la Sainte-Baume la grotte où Marie-Madeleine aurait mené sa vie de pénitence. Joinville rapporte qu’en 1254 Saint Louis, en passant à Aix-en-Provence, s’y rendit en pèlerinage.

Le pèlerinage de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, où le corps de la Madeleine aurait été enterré, est encore plus célèbre et, à partir du xive s., il surpassa Vézelay. Ce sanctuaire reçut la visite des papes d’Avignon, et, en 1332, année faste, on put y voir cinq rois en même temps : Philippe VI de France, Alphonse IV d’Aragon, Hugues IV de Chypre, Robert Ier de Sicile et le roi de Bohême Jean de Luxembourg.

Le dernier est celui des Saintes-Marie-de-la-Mer, en Camargue. Ce n’était, au xiie s., qu’un sanctuaire dédié à sainte Marie de la Mer, mais, au xive s., on voulut y voir l’endroit où Marie-Madeleine et deux autres Marie, Marie Jacobé et Marie Salomé, auraient accosté en Provence. On crut que les corps de Marie Jacobé et de Marie Salomé y étaient enterrés avec celui de leur servante, Sara. C’est pour vénérer le tombeau de cette dernière que, chaque année, les Bohémiens y viennent en pèlerinage.

Sainte Marie-Madeleine est la patronne des parfumeurs, des gantiers, des mégissiers, des gainiers et, bien sûr, des filles repenties. Sa fête, qui se célèbre le 22 juillet, ne fut acceptée dans la liturgie romaine qu’au xiiie s.

P. P. et P. R.

 R. L. Bruckberger, Marie-Madeleine (la Jeune Parque, 1952). / V. Saxer, le Culte de Marie-Madeleine en Occident, des origines à la fin du Moyen Âge (Clavreuil, 1959 ; 2 vol.).

Marie de Médicis

(Florence 1573 - Cologne 1642), reine de France (1600-1642).


Fille du grand-duc de Toscane François II, et de l’archiduchesse Jeanne d’Autriche, elle naquit à Florence le 26 avril 1573. Elle fut élevée par sa tante Élisabeth de Lorraine, épouse du grand-duc Ferdinand Ier. Son mariage avec Henri IV* fut négocié par le pape Clément VIII et fut célébré d’abord par procuration à Florence le 5 octobre 1600. Voyageant avec la plus grande pompe et une suite nombreuse d’Italiens, Marie de Médicis débarqua en Provence, rencontra le roi à Lyon, et le mariage fut de nouveau célébré le 17 décembre 1600.

Quelques mois après, Henri IV, lassé de sa nouvelle épouse, revint à sa maîtresse du moment, Henriette d’Entragues, marquise de Verneuil, mais la naissance d’un dauphin en septembre 1601, le futur Louis XIII*, assura à Marie une solide position à la Cour. Elle devait avoir encore trois filles (Élisabeth, qui épousa Philippe IV d’Espagne ; Marie-Christine, future épouse de Victor-Amédée Ier de Savoie ; Henriette, qui devait devenir la femme de Charles Ier d’Angleterre) et deux fils (Philippe et Gaston d’Orléans).

Grasse et blonde, beauté plus flamande qu’italienne, ainsi est-elle peinte par Rubens dans la célèbre série de la galerie du Louvre qui retrace sa vie. Orgueilleuse, colérique, jalouse de sa puissance, paresseuse et dissimulée, protégeant les arts par tradition de famille (elle soutint Philippe de Champaigne, Rubens et Malherbe, fit bâtir le Luxembourg et tracer le Cours-la-Reine), sans piété profonde et d’intelligence bornée, elle devait être le jouet des favoris qui surent la flatter. Ses défauts allaient se révéler catastrophiques, lorsque le couteau de Ravaillac fit de la Florentine une régente de France.

Lorsqu’il fut frappé, Henri IV préparait une expédition en Allemagne et avait décidé de nommer son épouse régente (20 mars 1610) ; pour confirmer son autorité, il l’avait fait couronner à Saint-Denis la veille de l’attentat (13 mai 1610). Le soir même de l’assassinat, le parlement, à l’instigation du duc d’Épernon, confiait à Marie de Médicis la régence du royaume, Louis XIII n’ayant que neuf ans.

La régente ne poursuivit pas la politique d’Henri IV. Elle subit l’influence du nonce Roberto Ubaldini (1580-1635) et de l’ambassadeur d’Espagne, et renvoya les ministres du roi. Le rôle joué par les Espagnols, le renvoi de Sully (janv. 1611), le projet de mariage entre Louis XIII et l’infante Anne d’Autriche et entre Élisabeth de France et l’infant Philippe d’Espagne (1612) inquiétèrent les protestants. La reine se livra alors à l’emprise d’un couple d’obscurs Italiens, les Concini*, dont la femme, Leonora Galigaï, avait été sa sœur de lait.