Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
M

Mans (Le) (suite)

L’activité architecturale s’est perpétuée après la fin du Moyen Âge. De belles demeures ont été élevées à la Renaissance, comme l’hôtel du Grabatoire, la maison d’Adam et Ève, la maison dite « du Pèlerin », avec ses ornements de coquilles, l’hôtel de Vaux. Les xviie et xviiie s. furent ceux des couvents. Le couvent de la Visitation, maintenant palais de justice, date du xviie s., et son église a été construite vers 1730 par deux Manceaux, les Riballier, sur les plans de l’une des religieuses, Anne-Victoire Pillon. Le couvent des Oratoriens, devenu lycée, conserve sa chapelle du xviie s. Les bâtiments abbatiaux de Saint-Vincent, également transformés en lycée, présentent une belle aile Louis XV ; quant à ceux de Notre-Dame-de-la-Couture, rebâtis vers 1770, ils abritent désormais la préfecture. Le Mans a ainsi préservé et entretenu les créations du passé, qui donnent à la ville son caractère et sa personnalité.

A. P.

 G. Fleury, la Cathédrale du Mans (Laurens, 1910).

Mansart (François)

Architecte français (Paris 1598 - id. 1666).


Après le style sévère qui marqua le règne de Louis XIII, la mode italianisante risquait d’entraîner l’architecture dans la voie du baroquisme ; deux hommes ont su faire la synthèse des efforts antérieurs en les adaptant à l’évolution du goût et des besoins sous le ciel de l’Île-de-France, ce sont Le Vau* et plus encore François Mansart, au premier rang des créateurs du classicisme*, digne émule en architecture de Descartes et de Corneille.


Les années de formation

Fils d’un charpentier du roi et allié par sa mère aux Le Roy, architectes et ingénieurs (Philibert Le Roy est l’auteur du Versailles de Louis XIII), Mansart, orphelin à douze ans, entre chez son beau-frère Germain Gauthier (v. 1571-1635, architecte et sculpteur, neveu du sculpteur Germain Pilon). Celui-ci est en rapport avec Salomon de Brosse (v. Du Cerceau), et Mansart connaîtra auprès de ce dernier Charles Du Ry (qui deviendra son aide) ainsi que les chantiers du château de Coulommiers et de l’hôtel de Blérancourt (où il effectuera des travaux complémentaires en 1631 et 1644). En 1620, on le retrouve à la construction du pont de Toulouse avec Marcel Le Roy, achevant un apprentissage allant de la sculpture à l’art du trait et qui va lui permettre de concevoir des architectures parfaitement structurées. La savante stéréotomie de ses portails, de ses escaliers fera l’admiration de ses contemporains, comme le comble « à la Mansart », qu’il a au moins vulgarisé, avec le conduit de cheminée dévoyé pour assurer un gain de place et des étages plus nombreux. Technicien averti (ingénieur de l’aqueduc de Limours en 1638 et du canal de Chambord deux ans après), Mansart n’est pas allé à Rome ; il a connu l’Antiquité par les recueils de Serlio* et de Vignole*, et il reste par bien des points fidèle aux maîtres français, à Delorme*, à de Brosse, sans négliger ses proches aînés Jacques Lemercier (1585-1654) et Clément Métezeau (1581-1652). À ce dernier, il emprunte le thème du portail de l’église du couvent des Feuillants (1623-24 ; auj. détruit), première œuvre fort admirée en un temps où l’art le plus original réside dans l’habileté à traiter des motifs connus.

Or, Mansart est un virtuose pour la mise en valeur des éléments les uns par les autres, comme pour leur intégration dans un ensemble ; son sens aigu de la mesure lui permet des compositions qui restent parfaitement claires en plan comme en élévation, tout en étant variées et vivantes, contrastées sans faire appel aux moyens picturaux. Mais, dans cette voie de perfection, l’artiste n’est jamais satisfait ; plus avare pour lui-même (il amassera une fortune) qu’économe des deniers de ses clients, il n’hésite pas à démolir et à reprendre plusieurs fois son travail ; cela lui fera perdre en cours de travail le chantier du Val-de-Grâce, au profit de Lemercier, et refuser de participer à l’achèvement du Louvre. Aussi, bien qu’il soit architecte du roi depuis 1625 (avant de devenir architecte et ingénieur des Bâtiments), cet indépendant reçoit surtout des commandes privées, de grands seigneurs ou d’enrichis, voire des ordres religieux, qui prolifèrent alors.


Hôtels parisiens et châteaux

D’une douzaine de grandes demeures urbaines, il ne reste plus guère. L’hôtel de Châteauneuf (v. 1630), l’hôtel de La Vrillière (1635-1638 ; auj. occupé par la Banque de France), les trois grandes réalisations des années 50 (le futur hôtel de Conti pour Henri de Guénégaud, l’hôtel de Jars, l’hôtel Fieubert) et enfin les remaniements des hôtels de Condé et d’Aumont, tout cela est disparu ou complètement transformé ; même l’hôtel de Chimay, élevé vers 1640 pour Macé Bertrand de La Bazinière (auj. École des beaux-arts), ou celui de Chavigny (1642) ont perdu leur aspect primitif. Seuls subsistent la galerie Mazarine (1645 ; intégrée à la Bibliothèque nationale), où le décor d’architecture l’emporte sur la polychromie dans les encadrements des niches et de la voûte, l’hôtel Carnavalet, où l’artiste donne toute son ampleur à la façade tout en respectant (v. 1660) le portail de Lescot*, et l’hôtel de J.-F. Guénégaud des Brosses (v. 1652). La réhabilitation récente de ce dernier édifice, « type le plus classique de l’hôtel parisien au milieu du xviie s. » (J.-P. Babelon), permet d’apprécier le raffinement atteint dans la simplicité des façades, dans l’appareil savant de l’escalier.

Mansart, très jeune, fut appelé à édifier divers châteaux : à vingt-cinq ans, c’est déjà la caractéristique composition pyramidante, en plan comme dans l’articulé de ses volumes, de Berny, près de Fresnes (détruite, comme celle du parvis de la chapelle des Minimes de Paris, traitée de même en 1636). À trente-sept ans, c’est l’étude de la reconstruction du château de Blois* pour Gaston d’Orléans. L’arrêt du chantier en 1638, pour avoir sauvé les ailes François-Ier et Louis-XII, ne nous permet pas d’apprécier dans sa totalité une œuvre qui devait s’inscrire dans la lignée de celles de Du Cerceau et de S. de Brosse ; mais on y discerne déjà dans la cage de l’escalier, sinon dans le portail non réalisé, un souci de « perspective verticale », d’interpénétration des espaces internes.